featuredImage

Houseparty, l’appli d’appels vidéo qui cartonne et on ne comprend pas trop pourquoi

En plein désarroi, on a échafaudé quelques hypothèses sur le présent et sur l’avenir.

Ils seraient 20 millions de millenials - moyenne d’âge : 24 ans - à l’utiliser, selon Business Insider. Ils y passeraient, quotidiennement, 51 minutes, soit une minute de plus que sur Facebook et Instagram cumulés (guère étonnant, étant donné la désertion de la jeunesse sur le premier) et 21 de plus que sur Snapchat (plus étonnant, étant donné l’idylle durable). Et, plus décontenançant encore, ils se sentiraient "heureux" lorsqu’ils l’utilisent.

De quoi parle-t-on ? De HouseParty, une appli qui permet de passer des appels vidéo et rien d’autre. Les appels de groupe peuvent se faire à huit maximum. Il n’y a ni emojis, ni stickers, ni filtres, ni likes, ni rien. Minimalisme absolu. En moyenne, chaque utilisateur possède seulement 23 amis. Voilà.

Logo de l’appli Houseparty

Ceci paraît incompréhensible pour deux raisons. La première, c’est que le Messenger de Facebook (1,2 milliard d’utilisateurs) propose déjà des appels groupés de 12 personnes maximum, et il n’est pas indispensable d’avoir un compte Facebook pour utiliser Messenger. La seconde, c’est qu’au départ, une appli cartonne, même brièvement, lorsqu’elle propose un concept innovant, fût-il naze. On a téléchargé l’application : aspirés par le vide, nous l’avons désinstallée illico.

Malgré tout, il y a un contexte : l’appel vidéo groupé semble retenir toute l’attention des géants qui mettent le paquet. Dès septembre prochain, sur iOS 12, il sera probablement possible de faire des appels FaceTime à 32 (MAJ : ah non, pardon, on vient d’apprendre que c’est repoussé à plus tard, fichtre !). Et, depuis récemment sur WhatsApp, il est possible de passer des appels vidéo à 4.

Alors on s’interroge. Plusieurs hypothèses nous viennent à l'esprit :

  • Il y aurait un vrai ras-le-bol des applis aux fonctionnalités innombrables. Retour aux sources, donc, en se recentrant sur les appels vocaux, les appels vidéos et les SMS. La connexion entre les gens, la vraie.
  • HouseParty est disponible sur Mac. WhatsApp l’est aussi, Messenger ne l’est pas. Ce cross-platform permet de gagner des utilisateurs.
  • Les parents ne sont pas encore là. Ils ont envahi Facebook, colonisé WhatsApp, ils rôdent parfois, plus rarement, sur Instagram et Snapchat, mais aucun d’entre eux ne connaît encore HouseParty.
  • Hypothèse plus osée : les millenials, plus gauchistes sensibilisés que leurs aînés, boycottent lentement mais sûrement les géants du Web, terrifiés du sort réservé à leurs données personnelles.
  • Les éléments de langage et l’ambiance vaguement cool de HouseParty ont en fait un lieu incontournable :

Message qui s’affiche quand un ami se connecte

Et une citation inspirante à l’ouverture de l’appli

Deuxième série d’hypothèses sur ce qui pourrait arriver à HouseParty :

  • La déconfiture : similairement à de nombreuses tentatives de réseaux sociaux avant elle, HouseParty pourrait, comme une étoile filante, briller de mille feux avant d’aller mourir dans les confins de la galaxie (coucou Vero, coucou Saraha). D’ailleurs, l’entreprise Life On Air, qui a conçu HouseParty, souffre d’un mauvais karma : Business Insider nous rappelle que son premier réseau social, Meerkat, lancé en 2015, avait fini aux oubliettes.
  • HouseParty pourrait continuer de croître, au détriment des applis traditionnelles. Rien à rajouter, si ce n’est que notre incompréhension deviendrait dévorante.
  • Enfin, comme le souligne un utilisateur de Twitter, qu’elle soit perdante, stagnante ou gagnante, HouseParty pourrait se faire racheter. Au hasard, par Facebook, qui a su engloutir à temps WhatsApp et Instagram.

En revanche, nul mot, ni ici, ni ailleurs, sur le modèle économique de HouseParty, ce qui, en vrai, n’est pas si surprenant que ça pour une start-up californienne. Pour mémoire, et pour comparer avec ce qui est comparable, WhatsApp, neuf ans après sa création, envisage seulement maintenant (sans compter cette brève période de rentabilité, aux débuts de l’aventure, où l’appli fut payante) de gagner un peu de sous avec des services pour les professionnels.

Par Pierre Schneidermann, publié le 14/08/2018