Laura Hospes, internée en hôpital psychiatrique : "Une fille, moi, au bord de la mort"

Laura Hospes est une jeune femme de 21 ans. Après une tentative de suicide en avril 2015, elle a été internée à l'unité psychiatrique de l'hôpital de Groningen, aux Pays-Bas. Sa thérapie : son appareil photo et ses autoportraits. Pour accompagner ses clichés, elle nous a écrit un texte pour nous raconter son histoire.

Brutes, les photos en noir et blanc laissent apparaître un visage fermé habité d'un regard meurtri. Une forte solitude et une détresse indescriptible s'en dégagent. Ces autoportraits de Laura Hospes, jeune photographe de 21 ans hospitalisée depuis avril dernier à l'unité psychiatrique de l'hôpital de Groningen aux Pays-Bas, laissent sans voix.

Comme cette photo par exemple, sur laquelle elle pousse un cri si fort qu'on peut l'entendre.

C'est suite à une éprouvante dépression et une tentative de suicide que la jeune Hollandaise s'est retrouvée entre quatre murs. Et si elle survit à cette rude épreuve, c'est grâce à sa passion pour la photographie qu'elle a réussi à ne jamais lâcher.

Son appareil photo, qu'elle n'a pas laissé tomber, est le seul échappatoire qui l'aide à combler le vide de journées d'inactivité. Ses autoportraits, une fois publiés sur son site, lui permettent d'exposer sa situation au regard du monde, et de faire part de sa souffrance aux yeux de tous.

Le nom de Laura, "Hospes", signifie "espoirs" à un "s" près ; une lettre qu'il faudrait retirer : celle de solitude. Contactée par Konbini, Laura Hospes a bien voulu se livrer et faire part de son histoire à travers cette lettre ouverte qu'elle nous a écrite.

"Survivre à ce moment horrible"

Je suis Laura Hospes, j'ai 21 ans et je vis à Groningen, aux Pays-Bas.

J'étudie la photographie à l'académie de photo d'Amsterdam, aux Pays-Bas. Il y a quelque mois, j'avais le rêve de monter des expositions et de publier des livres de mes autoportraits. Ce rêve m'a cruellement été arraché après m'être retrouvée à l'hôpital à cause de ma tentative de suicide. Non, je n'en suis pas fière, mais ceci fait partie de mon histoire personnelle et je veux me montrer sous mon vrai visage.

Hospitalisée, je me suis forcée à poursuivre mes autoportraits. Je ressentais juste le besoin de "survivre" à ce moment horrible. Tout en prenant ces photos, j'ai découvert que c'était un soulagement. Je pouvais pleurer, être en colère, être terrifiée et tous ces autres sentiments semblables que je n'étais pas capable de montrer dans la vraie vie. Bien sûr, c'était très difficile de me voir souffrir, mais, au moins, ils savaient ce que je ressentais. Je pouvais être moi-même et je me suis sentie moins seule grâce à ça.

"Je ne sais pas quand je pourrai sortir d'ici"

Le département où j'étais s'appelle Acute Opname 2 et Acute Opname 1, ce qui signifie en français "hospitalisés graves soins 2 et 1". C'est un département de crise pour les personnes qui ont besoin d'aide immédiatement et ne peuvent pas rentrer chez eux pour en attendre. Les conditions étaient assez bonnes ; c'était propre, silencieux et avec de nombreuses infirmières. Mais j'étais aussi très seule et c'est encore pire quand tu es entourée par d'autres personnes.

Dans une journée, je devais me lever à 8 heures du matin et prendre mon petit-déjeuner. Après ça, on pouvait aller à l'ergothérapie ou faire de la gym. Je parlais à des docteurs toutes les semaines et à une infirmière presque tous les jours. Les heures de visite se déroulaient dans la soirée et mon petit-ami venait me voir tous les jours. Pour le reste, il n'y avait pas grand-chose à faire mais quand on souffre de dépression, on n'a pas besoin de grand-chose. Tu n'as aucune motivation à faire une quelconque activité.

En ce moment, je suis toujours à l'hôpital. Je ne sais pas quand je pourrai sortir d'ici. Cependant, j'ai bougé dans un autre département de l'hôpital psychiatrique, qui est plus ouvert et où les patients peuvent sortir quand ils le veulent. C'est un bon pas vers mon retour permanent à la maison. Outre tout cela, je dors chez moi pour la plupart des jours de la semaine, donc je sens que j'ai fait un grand pas en avant.

J'ai beau dormir dans mon propre lit, je dois encore m'y présenter quotidiennement. J'ai besoin d'un certain rythme pour commencer ma journée car je ne parviens toujours pas à sortir de mon lit si elle n'est pas assez chargée.

"Une fille, moi, se trouvant au bord de la mort"

Cette série est intitulée UCP-UMCG d'après l'unité psychiatrique qui m'accueille. Mon projet se finalise en une large sélection de photos d'une fille, moi, se trouvant au bord de la mort. Les émotions dont j'ai fait l'expérience durant mon hospitalisation étaient bouleversantes et intenses. J'espère que vous pouvez les voir et les ressentir dans mes photos.

Au départ, j'ai conçu ce projet seulement pour moi et mon besoin de m'exprimer. Mais après avoir partagé les photos, j'ai ressenti un sentiment de rébellion face au fait que beaucoup ne montrent que le côté parfait de leur vie sur Facebook et les autres réseaux sociaux. Je veux montrer que ces histoires difficiles sont aussi "permises" et j'espère inspirer les autres pour en faire de même, qu'ils y gagnent de l'amour, de l'aide et qu'ils se sentent moins seuls à nouveau.

"Je ne suis pas folle"

La dernière chose que je veux dire, c'est que je ne suis pas folle. Personne dans cet hôpital n'est fou. Ça peut abattre n'importe qui, et c'est un sentiment terrible que de se voir perdre lentement le contrôle de ses propres actes.

Pensez à ça et pensez à ceux autour de vous qui ne sont pas capables d'entrer en contact avec vous à cause de leurs problèmes mentaux. Ils n'ont pas choisi de se retrouver dans cette situation, ni d'être incapables d'être en contact fréquent avec ceux qui les entourent. Envoyez-leur de l'amour et faites-leur savoir que vous pensez à eux. C'est le message le plus reconnaissant qu'une personne hospitalisée puisse recevoir.

Best,
Laura Hospes

"Nous sommes tous fous d'une façon ou d'une autre" ; dit Paulo Coelho. Nous sommes tous fous, ou nous ne le sommes tous pas ; comme Laura Hospes et bien d'autres.

Par Rachid Majdoub, publié le 02/09/2015