Révolte des parapluies : un Hongkongais raconte la situation tendue dans sa ville natale

Rencontre avec un jeune hongkongais installé à Londres qui suit de très près la "révolte des parapluies" malgré la distance.

Des manifestants pro-démocratie bloquent la route principale qui mène au siège du gouvernement le 10 octobre. (Crédit Image : REUTERS/Bobby Yip)

Des manifestants pro-démocratie bloquent la route principale qui mène au siège du gouvernement le 10 octobre. (Crédit Image : REUTERS/Bobby Yip)

Depuis le week-end des 27 et 28 septembre, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Hong Kong pour montrer leur mécontentement quant au nouveau scrutin censé désigner le chef de l'exécutif local et, surtout, pour réclamer davantage de démocratie et de transparence. Le mouvement, aujourd'hui connu comme "la révolte des parapluies", a connu une forte répression policière, surtout ces derniers jours, dans l'ancienne colonie anglaise sous tutelle chinoise depuis 1997.

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Andrew Mahon a grandi à Hong Kong et malgré la distance, il considère faire partie des milliers de voix qui s'élèvent pour demander plus de démocratie. Konbini UK l'a rencontré afin de discuter avec lui au sujet de ce qu'il se passe actuellement dans sa ville natale.

Konbini | Le Mouvement "Occupy Central" a commencé en 2011 et n'avait pas eu beaucoup de succès à l'époque. Pourquoi Hong Kong a relancé un mouvement similaire maintenant et qu'est-ce que les manifestants espèrent accomplir ? 

Andrew Mahon | Pour moi, ce mouvement en 2011 était un moyen de surfer sur la vague des autres mouvements "Occupy" qui ont eu lieu dans le monde entier, et c'était une chance pour les Hongkongais d'exprimer leurs insatisfactions quant à la situation de Hong Kong. La différence maintenant c'est qu'il a obtenu un soutien beaucoup plus populaire, ce qu'il n'y avait pas eu avant.

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Les personnes ne les considèrent plus comme des manifestants radicaux, au contraire, ils peuvent sympathiser avec eux et beaucoup y voient un reflet de leurs problèmes. Je pense qu'ils espèrent bouleverser le système actuel, amener les gens à remettre en cause comment la richesse et la protection sociale sont distribuées, comment les contrats et le business sont de plus en plus attribués à des entreprises chinoises.

Les parapluies comme symbole de la révolte hongkongaise. (Crédit Image : Reuters)

Les parapluies comme symbole de la révolte hongkongaise. (Crédit Image : Reuters)

K | Qu'est-ce que vous entendez par un Hong Kong plus démocratique ? 

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Un Hong Kong plus démocratique signifie que les Hongkongais doivent être moins sujets à un capitalisme de copinage, qu'ils peuvent avoir un rôle dans les directives prises pour le développement de Hong Kong dans le futur, que les politiciens soient tenus responsables de leurs actions.

La démocratie va de pair avec une plus grande transparence et beaucoup de personnes craignent qu'avec l'influence de la Chine toujours plus importante, les gens soient exclus des grandes décisions qui affectent leurs vies. Nous le notons déjà et c'est une problématique qui est au coeur de la lutte actuelle.

"L'un des facteurs majeurs a été l'usage des forces de police, dont le niveau de brutalité a atteint un stade qui ne paraissait pas nécessaire"

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K | Est-ce que les étudiants hongkongais trouvent qu'ils ont plus de choses en commun avec les étudiants chinois qu'avec les occidentaux ? 

Cela dépend des personnes, je dirais que généralement les étudiants d'Hong Kong se retrouvent dans les deux groupes. Ils sont intéressés par la culture occidentale mais se reconnaissent également dans les valeurs traditionnelles chinoises qui leur sont communes.

K | Il paraît également que beaucoup de jeunes vivent encore chez leur parents à 30 ans faute de moyens, quelles sont les conséquences sur la société en général ?

Les prix de l'immobilier n'ont jamais été aussi élevés et les prévisions ne s'améliorent pas. Cela a pour effet une réduction de l'indépendance des jeunes, qui voient ainsi d'un mauvais oeil leur futur. Cela accentue la pression pour les familles jeunes et affecte la démographie urbaine.

Beaucoup de personnes pensent qu'elles n'auront jamais la chance de posséder leur propre bien immobilier, et devront se contenter d'être locataires à perpétuité. Par ailleurs, les parents doivent de plus en plus aider leurs enfants tard, même après qu'ils sont devenus adultes.

K | Comment le gouvernement de Hong Kong répond aux jeunes gens qui osent protester ?

Le 28 septembre ont été prises des mesures sévères à l'encontre des protestants, ce qui a eu pour effet d'embraser Hong Kong. L'un des facteurs majeurs a été l'usage des forces de police, dont le niveau de brutalité a atteint un stade qui ne paraissait pas nécessaire. Les protestations étaient tout à fait pacifiques, c'était donc complètement démesuré.

La répression policière lors des manifestations à Hong Kong.

La répression policière lors des manifestations à Hong Kong.

Les groupes anti-protestants qui ont attaqué les protestants pro-démocratie ont aussi pu agir sans que les forces de l'ordre, d'un coup bien moins efficaces, ne consentent à les arrêter. Pourquoi cette différence de traitement entre les deux groupes de protestants ? Les groupes pro-Chine doivent et ont le droit de manifester leur opinion, et cela a d'ailleurs été encouragé. Ce qui n'est pas encouragé, c'est la violence. Ces problèmes auraient pu être résolus par des dialogues parfaitement pacifiques.

"La connexion de Hong Kong avec l'Occident offre une certaine protection"

K | Des millions de personnes avaient participé aux manifestations de 1989 en Chine et notamment sur la place de Tiananmen, mais la répression sanglante, la peur et les incitations économiques avaient entraîné un détachement par rapport à la politique. As-tu peur que la même chose se reproduise ?

Si c'était en Chine continentale, absolument. Les mesures de répression à travers les réseaux sociaux pour parler des manifestations à Hong Kong le montrent clairement. Cependant, ce n'est pas Hong Kong. Alors que l'emprise de la Chine se resserre, elle n'a pas non plus tout le contrôle encore.

Et puis, le monde regarde en ce moment Hong Kong et si la Chine agit de la même manière que pour la Place Tiananmen, il y aura de graves répercussions. Hong Kong bénéficie d'un statut un peu spécial à cet égard. En ce sens, la connexion avec l'Occident et l'adoption de nombreuses valeurs occidentales offrent une certaine protection.

K | Selon toi, le Royaume-Uni et/ou les USA devraient-ils appuyer le mouvement pour la démocratie à Hong Kong face à Pékin ?

Je pense que la communauté internationale, dont le Royaume-Uni et les USA, devraient effectivement appuyer la démocratie à Ho​ng Kong, tout comme ils devraient appuyer tout mouvement prônant la démocratie dans le monde.

Article rédigé par Jordan Gold et traduit de l'anglais par Anaïs Chatellier.

Par Konbini, publié le 20/10/2014

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