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Les homosexuels pourront (enfin) donner leur sang à partir de 2016

Publié le

par Fanny Hubert

La ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé que les homosexuels pourront enfin donner leur sang. Sous certaines conditions... 

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"Si vous êtes un homme et que vous avez (ou avez eu) des relations sexuelles avec un autre homme, vous ne pouvez pas donnez votre sang." En 2015, voilà ce qu'on peut encore lire sur le site de l'Établissement français du sang. Mais cette phrase – absurde – devrait bientôt être supprimée. Marisol Touraine, actuelle ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, a annoncé au Monde que les homosexuels pourront enfin donner leur sang à partir de 2016.

Dès le printemps 2016, on ne pourra plus être exclu du don du sang en raison de son orientation sexuelle.

Il était temps ! Si cette nouvelle est une grande avancée dans le combat contre la discrimination, les conditions que la ministre a évoquées nous empêchent de nous réjouir totalement. En effet, les homosexuels qui souhaiteront donner leur sang devront s'abstenir d'avoir des relations sexuelles avec un autre homme 12 mois avant leur don. Actuellement, les hétérosexuels doivent justifier d'une abstinence de seulement quatre mois s'ils changent de partenaire et en cas de prises de risque. Pour le don de plasma, le temps d'attente est le même pour tous.

Une discrimination remplacée par une autre

Ce délai s'applique à cause de la "période silencieuse", autrement dit le temps qui s'écoule entre l'infection et l'apparition d'anticorps qui indiquent que le virus s'est déclaré. Mais pourquoi la période d'abstinence n'est-elle pas la même pour les homosexuels ? Marisol Touraine le justifie ainsi :

Les premiers dons nous permettront de réaliser des études et, s’il n’y a pas de risques, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront rapprochées des règles générales l’année qui suit.

Dans cette optique, nous allons réécrire les questionnaires à remplir lors d’un don de sang pour préciser les conditions pour les homosexuels, mais également pour les hétérosexuels ayant des pratiques à risques, par exemple avec des prostituées.

On ne sait pas en quoi consisteront ces études mais la justification ne convainc pas vraiment. L'association SOS Homophobie n'a pas tardé à réagir dans un communiqué de presse. Si elle salue "la fin de l’exclusion systématique et à vie des homosexuels et bisexuels masculins des dons de sang", elle regrette "le maintien des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle."

Sur Twitter, les réactions ont également afflué :

Une discrimination s'efface pour mieux laisser place à une autre. Cette évolution par étapes est symptomatique d'une société qui ne veut pas trop brusquer ses esprits les plus conservateurs et qui avance toujours à tâtons. Espérons maintenant que ces étapes conduisent réellement à une égalité totale qui aurait dû se faire il y a bien longtemps déjà.

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