Ah bon ? (© Mars Distribution)

Homo sapiens est apparu 100 000 ans avant ce que l’on imaginait

La découverte au Maroc de restes humains vieux d’environ 300 000 ans, divulguée le 8 juin, bouleverse profondément notre définition d’Homo sapiens.

Ah bon ? (© Mars Distribution)

Ah bon ? (© Mars Distribution)

L’origine de la vie humaine continue d’échapper à toute certitude. La parution, le 8 juin dans la revue Nature, d’une étude qui relate les découvertes d’une équipe internationale d’archéologues remet totalement en cause notre conception d’Homo sapiens, dont l’émergence était jusque-là estimée à environ 200 000 ans en Afrique de l’Est. Avec l’exhumation de 16 nouveaux fossiles humains, datés de 315 000 ans (avec une marge d’erreur de plus ou moins 34 000 ans), entre 2004 et 2016 sur le site de Djebel Irhoud (Maroc), c’est une nouvelle frise chronologique de l’humanité qui se dessine, dont le point de départ se déplace de l’Éthiopie à l’Afrique de l’Ouest.

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Ces trois adultes et deux enfants, les plus anciennes traces de notre espèce jamais étudiées, ont stupéfait les chercheurs de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig et du Collège de France qui ont chapeauté les recherches. Pour les dater précisément, ceux-ci ont utilisé deux méthodes : l’analyse des restes de silex brûlés trouvés autour des ossements et l’étude d’une dent humaine, présente sur une mandibule d’enfant. Les résultats des deux analyses étant similaires, la datation est donc considérée comme crédible.

Un homme qui nous ressemble

En analysant les restes trouvés à Djebel Irhoud, les chercheurs ont pu déterminer les caractéristiques physiques de cet être humain vieux de 315 000 ans. Et il ressemble beaucoup à celui de 2017. Comme le détaille Jean-Jacques Hublin, le paléoanthropologue qui a codirigé l’équipe de recherche, à France Info, "la boîte crânienne reste assez allongée, assez basse, c’est un cerveau assez grand mais qui a encore des parties qui sont différentes de celles que l’on trouve chez l’homme actuel. C’est un cerveau qui est beaucoup moins globulaire dans sa forme. La grande histoire de l’évolution de notre espèce, c’est une restructuration de notre cerveau, une augmentation de son efficacité au cours des derniers 300 000 ans".

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Vivant dans la savane, notre ancêtre chassait principalement la gazelle et était suffisamment évolué pour fabriquer des outils en pierre taillée, comme en témoignent les nombreux instruments retrouvés à ses côtés. Rappelons qu’à cette époque, selon les cartes projetées par le Collège de France, l’Afrique était entièrement verte et le Sahara inexistant. Avec la découverte de ces nouveaux restes, le site de Djebel Irhoud est désormais le plus riche du monde pour cette période temporelle avec 22 fossiles exhumés, tous datés entre quelques dizaines et quelques centaines de milliers d’années. La première découverte remonte à 1961, alors que le site était exploité par l’industrie minière. Un succès qui pourrait désormais générer une "ruée vers l’os", ainsi que l’écrit Le Monde dans un passionnant article sur le sujet, et bouleverser encore un peu plus nos certitudes sur l’apparition de notre plus proche ancêtre.

Par Thibault Prévost, publié le 08/06/2017

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