Une histoire de Cuba à travers les unes du Time Magazine

Retour sur plusieurs décennies de l'Histoire de Cuba à travers les unes emblématiques que le magazine TIME a consacrées au pays.

C'est historique. Mercredi 17 décembre, pour la première fois depuis quasiment la moitié d'un siècle, les États-Unis et Cuba annonçaient conjointement le dégel de leurs relations, le rétablissement des relations diplomatiques et l'allègement significatif des sanctions économiques imposées au régime communiste depuis 1962.

Conséquence du travail de dix-huit mois de négociations secrètes entre les deux voisins, les deux chefs d'États Barack Obama et Raul Castro se sont entretenus au bout du fil mardi 16 décembre pour régler les derniers détails. Il n'y a aucun doute que ce premier pas vers une levée de l'embargo qui pèse lourdement sur Cuba depuis 1962 fera date. Mais que savez-vous de l'Histoire du pays exactement ?

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Depuis la junte militaire de Batista et la transformation de l'île en terrain de la chasse gardée des États-Unis, jusqu'à la révolution castriste de 1959 et l'établissement du régime comme avant-poste communiste juste sous le nez des USA, avec des épisodes comme celui de la Baie des Cochons ou encore de la crise des missiles qui a failli précipiter la Troisième Guerre mondiale option armes atomiques, le chemin parcouru par Cuba est passionnant.

Le TIME magazine propose de parcourir quelques moments décisifs de l'Histoire de Cuba par le prisme de ses couvertures dédiées à cette île petite par la taille, mais grande par son influence sur les événements du XXème siècle.

L'avènement de Fulgencio Batista

"Cuba's Boss Batista".

"Cuba's Boss Batista"

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Dans son édition du 26 avril 1937, TIME montrait à l'Amérique de Roosevelt le visage de celui qui règnerait en maître sur Cuba pendant des années. Même s'il ne le savait pas encore. Trois ans plus tôt, Fulgencio Batista menait un putsch militaire qui conduisit à l'établissement d'un régime pro-USA. Malgré l'établissement des présidents successifs Carlos Mendieta et Miguel Mariano Gomez, en coulisses, c'est lui qui tire les ficelles.

Il affrontera à plusieurs reprises dans les urnes Ramón Grau San Martín, son vieil adversaire du Parti révolutionnaire cubain mais finira par devenir le tout-puissant dictateur de l'île en 1952.

Un révolutionnaire nommé Castro

26 janvier 1959 : Fidel Castro devient le révolutionnaire le plus célèbre du monde entier

26 janvier 1959 : Fidel Castro devient le révolutionnaire le plus célèbre du monde entier

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Fidel Castro revient de loin. Cet avocat convaincu de chasser l'infâme Batista par le fracas des armes fait partie des dizaines de révolutionnaires arrêtés lors de l'attaque ratée de la caserne de Moncada en 1953. Alors que les militaires légitimistes exécutent sommairement près de 70 rebelles, il est gracié grâce à une intervention de l'archevêque de Santiago.

Une erreur qui précipitera la chute de Batista. En exil, Castro n'abandonne rien de ses idéaux et finira par renverser la dictature du colonel pro-américain le 1er décembre 1959, devenant le premier ministre de l'île désormais communiste. Le "Líder Máximo" ne lâchera le pouvoir qu'en 2006 pour raisons de santé, cédant son fauteuil à son frère Raul.

Le Che

A l'époque, le visage d'Ernesto "Che" Guevara n'ornait ni les t-shirts, ni les paquets de clopes

A l'époque, ce visage n'ornait ni les t-shirts, ni les posters des chambres des ados occidentaux, ni les paquets de clopes

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Le 8 août 1960, c'est le visage d'un autre artisan de la révolution qui orne la une de l'hebdomadaire américain. Ernesto "Che" Guevara, lettré et combattant, homme charismatique du soulèvement, est alors président de la banque centrale de Cuba lorsqu'il engage son pays dans un bras de fer avec les États-Unis. L'enjeu est alors le suivant : les États-Unis veulent l'empêcher de raffiner du pétrole soviétique.

En échange, il annonce que l'île ne payera pas sa dette aux Américains s'ils font monter la presion et menace de nationaliser les raffineries. Guevara met sa menace à exécution en juillet 1960 quand les nationalisations sont immédiatement suivies d'une annulation des accords commerciaux sur les achats du sucre cubain par les États-Unis.

Également diplomate, il négocie en même temps un accord avec l'Union Soviétique, ce qui explique la présence de Nikita Khrouchtchev et de Mao Zedong sur la couverture de TIME. Pour la petite histoire, la même année, il rencontrera Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, qui écrira plus tard que le Che était "l'être humain le plus complet de notre époque".

Le "désastre" de la Baie des Cochons

En bandeau : "le désastre cubain" proclame TIME 10 jours après la catastrophe de la Baie des Cochons

En bandeau : "le désastre cubain" proclame TIME 10 jours après la catastrophe de la Baie des Cochons

Le débarquement de la Baie des Cochons par la CIA en avril 1961 fut un échec retentissant pour les États-Unis et un fait marquant de la présidence Kennedy. Pourtant, cette opération militaire fut préparée en amont minutieusement, et ce depuis le mandat de Dwight Eisenhower. Pour préparer l'invasion, l'agence de renseignements américaine travaillait avec José Miró Cardona, ancien soutien de la révolution puis éphémère premier ministre avant Fidel Castro.

En 1960, il finit par prendre ses distances avec le régime et exilé aux Etats-Unis, il devient l'un des principaux porte-paroles des anti-castristes. Dans son édition du 28 avril 1961, 10 jours après le fiasco total de l'invasion de Cuba, TIME consacre sa couverture au rebelle de l'administration Castro, désormais traître au régime.

Tenir tête aux Soviétiques

La une du TIME du 2 novembre 1962 fait de George W. Anderson l'homme fort de la crise des missiles

La une du TIME du 2 novembre 1962 fait de George W. Anderson l'homme fort de la crise des missiles

La crise des missiles de Cuba est pour de nombreux experts le climax de la Guerre froide. L'état de tension dans lequel les deux camps se trouvaient exigeait alors doigté et détermination. En jeu : un hiver nucléaire total sur la planète à cause de l'escalade atomique.

Alors en charge des opérations navales américaines, l'amiral George W. Anderson Jr. a organisé la mise en quarantaine de l'île et a tenu tête aux Soviétiques et aux Cubains. Il passe alors pour l'un des militaires les plus pugnaces auprès du public et TIME lui dédie une couverture. Le journal écrira à son propos qu'il est "un marin des sept mers agressif d'une compétence sans faille et au flair hors du commun".

L'humanité se souviendra de cet épisode comme du paroxysme de ce conflit. C'est d'ailleurs suite à cette immense frayeur que le "téléphone rouge", reliant le bureau ovale au Kremlin, a été installé.

Pour découvrir les autres unes du TIME consacrées à Cuba, rendez-vous par ici.

Par Théo Chapuis, publié le 18/12/2014

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