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À Sciences Po, un #HijabDay apaisé malgré la polémique

Publié le

par Théo Chapuis

Twitter résonne encore des déclarations scandalisées accueillant un évènement qui se voulait paisible et ouvert en faveur du hijab, un voile islamique, à Sciences Po Paris. Or, sur place, le "Hijab Day" semble avoir davantage été perturbé par la nuée de journalistes que par les quelques curieuses venues tester la coiffe musulmane.

Laëtitia Demaya, coorganisatrice du Hijab Day, est la cible de nombreuses critiques depuis mardi 19 avril à cause de l'écho médiatique qu'a suscité l'évènement. (© BFMTV/Capture Twitter)

Ce qui arrive à Sciences Po ne reste pas nécessairement à Sciences Po. Mardi 19 avril, un groupe d'étudiants de l'Institut d'études politiques de Paris organisait le "Hijab Day", une journée visant à donner une image moins négative du voile islamique, afin de "démystifier le tissu", comme l'annonce en préambule l'évènement Facebook, mais aussi "dans une démarche féministe de libre choix vestimentaire".

En préparant cet évènement, ces jeunes gens, qui se réclament "humanistes, féministes, antiracistes, antipaternalistes", réagissent aux propos embarrassants de Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, qui avait mis au même niveau  les femmes voilées et les "nègres américains" pro-esclavage – mais aussi à ceux de Manuel Valls, qui s'interrogeait il y a une semaine sur l'éventuelle interdiction du voile islamique à l'université.

L'administration en mode du "ni-ni"

Très vite, les jeunes gens reçoivent de très nombreux commentaires "islamophobes, racistes", les conduisant à créer un nouvel évènement Facebook sur lequel il est impossible de poster, uniquement destiné à informer sur la tenue de l'événement. De leur côté, d'autres étudiants manifestement opposés au Hijab Day organisent un évènement Facebook intitulé "bikini/jupe/robe/whatever day" pour prendre cette journée à contrepied, invitant les "sciences-pistes" à s'habiller comme ils le souhaitent – mais pas particulièrement à voiler leurs cheveux.

Dans un communiqué publié le 19 avril, Sciences Po réagissait sur le mode du "ni-ni" : ni interdiction, ni soutien. Reconnaissant qu'il s'agit d'un "débat d'actualité" et qu'il est "légitime de porter ce débat" au sein de l'école, l'administration de l'IEP se garde de toute prise de position : "La tenue de cet évènement dans les murs de Sciences Po ne saurait être interprétée comme un quelconque soutien de l’école à cette initiative."

Atmosphère "bon enfant" à l'école

Mercredi matin, selon les nombreux médias présents sur place, il y avait "beaucoup de journalistes, peu de hijabs" devant l'entrée de l'IEP rue Saint-Guillaume (7e arrondissement). Un journaliste de BuzzFeed décrit une ambiance "bon enfant", pendant qu'une des organisatrices du Hijab day aidait les participantes ("une vingtaine dans la matinée") à nouer leur voile.

Les organisatrices tenaient un stand et ont distribué des foulards à celles/ceux qui souhaitent s'essayer au voile traditionnel, dans une atmosphère apaisée. Auprès du Journal du dimanche, Oum, étudiante en cinquième année à Sciences Po, explique : "Nous sommes là pour dire que les femmes peuvent disposer de leur corps et peuvent s’habiller comme elles veulent."

L'hebdo Marianne est allé à la rencontre des organisations universitaires : si l'Uni (Union nationale inter-universitaire, classée à droite) condamne ce qu'elle nomme du "prosélytisme envers la religion", l'Unef (Union nationale des étudiants de France, plutôt à gauche) témoigne de sa "bienveillance" à l'égard de cette initiative qui "participe au dialogue" mais dit se refuser à prendre position.

Ambiance électrique sur Twitter

Comme on pouvait s'y attendre, l'évènement n'avait pas encore eu lieu que des centaines d'internautes manifestaient leur soutien ou leur hostilité au Hijab Day dans des tweets, pour certains très véhéments. #HijabDay était le hashtag le plus discuté en France sur Twitter mardi 19 avril.

Et si de nombreux quidams ont tenu à partager leur opinion sur la question de cet évènement, de nombreux hommes et femmes politiques de droite à d'extrême droite ont sauté en marche dans le train de l'actualité pour y aller de leur petite analyse maison – usant parfois de comparatifs douteux.

Ce n'est donc pas entre les murs de Sciences Po, mais sur Twitter et les chaînes d'info en continu que le débat a viré au pugilat. Et devant ce tonnerre de déclarations envenimées, on ne peut s'empêcher de songer à cette phrase, prononcée par une étudiante australienne en échange universitaire en France, citée par Marianne et BuzzFeed :

"Dans mon pays, ce Hijab Day ne poserait pas de problèmes."

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