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Grève au ministère du Travail, affaire Business France : rien ne va plus pour Muriel Pénicaud

Publié le

par Astrid Van Laer

Mardi 20 juin, les syndicats du ministère du Travail ont appelé à la grève. Dans la même journée, des perquisitions ont eu lieu chez Business France, une agence que la ministre Muriel Pénicaud a dirigé jusqu’en mai 2017. D’après le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, elle devrait cependant faire partie du nouveau gouvernement qui sera annoncé ce soir.

Mardi 20 juin, les syndicats du ministère du Travail ont appelé à protester contre la "baisse drastique" des effectifs qui le composent. D’après Le Monde, ces derniers auraient diminué de 19 % en dix ans. Luc Durand, représentant de la CFDT, avertit sur les dangers que cela fait peser sur la productivité des salariés : "Nous sommes à un tournant. Nous n’allons plus être en capacité de remplir nos missions." Pour Martine Corneloup de la CGT, il faut s’attendre à "des pertes sèches, qui se traduiront par la disparition de sections d’inspection du travail".

Les salariés ont pâti de nombreuses réformes qui ont débouché sur une réduction des moyens et des effectifs, mais leur mécontentement grandissant aurait également d’autres causes. Début juin, Libération avait révélé des documents de la Direction du travail donnant des informations sur la réforme du Code du travail, ce qui avait motivé une plainte de la part de Mme Pénicaud à l’encontre des agents de la DGT. La plainte de la ministre aurait également ulcéré les fonctionnaires de la rue de Grenelle, comme le souligne cette membre de la FSU (Fédération syndicale unitaire) :

"Quel symbole terrible que de s’en prendre pénalement à ses agents. C’est un vrai climat de chasse aux sorcières qui est installé avec un geste pareil."

Quelques centaines de salariés se sont donc rassemblés mardi 20 juin devant la gare Montparnasse à Paris et ont défilé jusqu’à l’hôtel du Châtelet, situé rue de Grenelle dans le 7e arrondissement de la capitale, en scandant : "Il faut que la ministre, qui a été DRH, entende ce que ses effectifs ont à dire."

L’affaire embarrassante de Business France

Dans la même journée, des perquisitions ont été menées par des policiers de l’office anticorruption dans les agences Havas et Business France. Or, il se trouve que de 2015 à mai 2017, Muriel Pénicaud a dirigé l’entreprise Business France, un établissement public sous tutelle du ministère de l’Économie. Une enquête a été ouverte en mars dernier pour favoritisme, complicité et recel de favoritisme au sujet d’un déplacement d’Emmanuel Macron, alors en poste à Bercy, à Las Vegas en janvier 2016. L’organisation de ce voyage avait été confiée à l’agence Havas par Business France. Un contrat lucratif puisqu’une soirée aurait coûté à elle seule 381 759 euros.

Le ministère de l’Économie n’est pas mis en cause dans cette enquête, contrairement à Business France et donc Muriel Pénicaud. Cette grève et ces perquisitions, combinées à la très sensible réforme du Code du Travail, mettent la ministre dans une position délicate. Néanmoins, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a tenu à préciser que le départ de Muriel Pénicaud n’était selon lui "absolument pas une option" :

"Je pense que c’est une grande ministre du Travail et je pense que ça a été une directrice de Business France exceptionnelle, qui a elle-même déclenché tous les voyants quand il y a eu une anomalie."

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