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Les jeunes français commencent à boire et fumer plus tard qu'il y a dix ans

Publié le

par Thibault Prévost

Pour l'Observatoire français des drogues, l'augmentation du temps passé devant les écrans explique en partie que les jeunes fument et boivent plus tard qu'avant.

© Pathé Distribution

Il y a une éternité, en 2005, l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) compilait déjà des données sur les habitudes de consommation des jeunes français. Avec la publication de son dernier rapport "Jeunes et addictions", l'OFDT dessine la courbe d'évolution du rapport entre les adolescents hexagonaux et les stupéfiants. Stupéfaction: les adolescents d'aujourd'hui découvrent les joies de la picole, des clopes et du pilon plus tard que leurs prédécesseurs. "Par rapport à 2005, les jeunes démarrent leur consommation de tabac à 14 ans (8 mois plus tard) et celle de cannabis à 15,3 ans (4 mois plus tard) en moyenne", écrit l'OFDT, première surprise d'un "écart considérable statistiquement". Le premier verre apparaît en moyenne à 15,2 ans.

Les jeunes de la "génération Z" auraient donc une conception des drogues moins hédoniste que leurs aînés, à grands renforts de soirées cocktails sans alcool ? Peut-être, mais pas uniquement. Selon l'OFDT, cette évolution est à mettre en perspective d'un autre phénomène, bien plus important, qui a pris une importance considérable dans la décennie passée : le temps dépensé devant un écran.

Internet, l'opium du jeune

En 2003, rappelle le rapport, un jeune sur quatre (23 %) allait quotidiennement sur Internet – ils sont 83 % en 2015. Et un adolescent qui joue en ligne ou se balade sur les réseaux sociaux, c'est un adolescent qui s'éloigne des drogues. Autre facteur de recul, explique le directeur de l'OFDT François Beck à Libération, le profil des parents contemporains, "davantage sensibilisés aux risques et qui ont eux-mêmes adapté leurs modes de consommation" ( et de facto moins portés sur la bouteille ou la clope que leurs prédécesseurs), qui proposent un nouveau modèle à leurs rejetons.

Et les résultats se font sentir : entre 2006 et 2014, la consommation d'alcool mensuelle chez les jeunes de 15 ans a chuté de 58 à 42 %, tout comme le tabagisme quotidien (de 18 à 15 %). La consommation de cannabis, en revanche, reste stable, avec 28 % des adolescents de 15 ans reconnaissant expérimenter l'herbe. Et au vu du débat mondial sur la dépénalisation de la substance, il est peu probable que la consommation baisse.

Si les adolescents d'aujourd'hui fument et boivent non seulement plus tard mais moins qu'avant et que l'ensemble de la population française a réduit sa consommation d'alcool et de tabac, un chiffre du rapport interpelle néanmoins : entre 2005 et 2014, la polyconsommation régulière de substances a progressé chez les 18-25 ans, passant de 10,2 à 12 %  de la population. Une sorte d'âge d'or de l'expérimentation et de l'excès qui ne durera qu'un temps avant que la précarité, le vieillissement biologique et la pression sociale ne reprennent le dessus.

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