Gossip, l'application qui rend possible le harcèlement anonyme

Une application permettant de colporter anonymement des ragots fait un véritable carton chez les ados. Un succès qui fait des dégâts : plusieurs personnes ont été victimes de cette nouvelle forme de harcèlement et de délation. 

Goosip

(Capture d'écran de l'application Gossip)

"Thérèse est une grosse p*** ", "Jennifer se tape le prof de maths" , ou "Raphaël est le mec le plus moche du lycée" : voilà le genre de propos que l'on peut retrouver sur l'application Gossip lancée en mai dernier. Depuis, c'est un véritable déferlement de haine qui touche ses utilisateurs.

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L'application est directement inspirée de la série américaine Gossip Girl et ne s'en cache pas. Dans le communiqué de presse de sa créatrice Cindy Mouly, "une jeune parisienne dotée d'une langue bien pendue", on apprend qu'elle a voulu créer "une application qui démocratise les potins". Une élégante manière de qualifier une plate-forme permettant de colporter des rumeurs et d'insulter anonymement le contact de votre choix.

Le principe de Gossip est simple : une fois l'appli téléchargée, vous créez un compte en vous connectant via Facebook ou en vous mettant en relation avec vos contacts. Il ne vous reste plus qu’à partager n'importe quelle abomination sur telle ou telle personne, au gré de vos envies. Votre post sera publié en anonyme sous deux formes distinctes que l'application propose : les rumeurs ou les "preuves".

Gossip 2

(Capture d'écran de l'application Gossip)

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Gossip 3

(Capture d'écran de l'application Gossip)

Les rumeurs se font à l'écrit et les preuves sous formes de photos et vidéos qui ne restent en ligne que dix secondes. Voilà qui relance le débat sur le harcèlement scolaire dont est victime un élève sur dix en France, d'après le ministère de la Santé.

L'application a tout de suite connu un immense succès avec parfois pas moins de 10 000 téléchargements par jour. Elle a pour l'instant été bloquée sur l'Android Market, mais est toujours disponible (nous y sommes parvenus) sur l'Apple Store.

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Un immense succès chez les moins de 18 ans

À cette occasion, nous sommes allés demander à des élèves d'un lycée du XVIIème arrondissement de Paris ce qu'ils en pensaient. Et les témoignages sur le phénomène sont parfois surprenants.

Laura, 17 ans, élève de première, voit plutôt la plate-forme à ragots d'un bon oeil :

Tout le monde connaît Gossip. Je ne l'ai pas téléchargée mais ça me plairait de lire des rumeurs sur les gens. Du moment qu'on ne s'attaque pas à moi... Je ne viendrais pas pour poster mais juste pour m'informer.

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Quant à Maya, 15 ans, élève de terminale, elle ne semble pas trop saisir la dangerosité de la chose :

Si t’as rien à te reprocher, je ne vois pas le souci. C’est même marrant comme concept. Après j’ai entendu qu’il y avait des dérives mais ça reste que dans un seul lycée : il n'y a pas de raison de paniquer.

D'autres comme Cassandra, 17 ans et élève en Terminale, sont plutôt intransigeants :

Pour moi, les gens qui téléchargent ça, je ne les plains pas, c’est bien fait pour leur gueule. Tu t’attends à quoi en téléchargeant une horreur pareille ?

Même constat pour William, 16 ans :

C’est honteux comme application. Un jour, un mec se jettera par la fenêtre à cause de ça. On se rendra compte à ce moment-là seulement que ça allait trop loin.

Une justification difficile de la part des développeurs

Dans un article de Madame Figaro, sa créatrice se défend :

Je voulais que ma cible soit des 20-35 ans actifs, je ne m'attendais pas à ce que des collégiens se ruent sur Gossip. J'ai été un peu naïve. Il y a eu une erreur sur iTunes qui a permis aux internautes de s'inscrire dès l'âge de 12 ans.

Une défense qui couine. On imagine mal une personne de 35 ans télécharger l'application pour ruiner la réputation d'un autre de ses contacts. Mais Gossip n'a de nouveau que le nom, car de nombreuses applications permettant de poster anonymement existent déjà. En Grande-Bretagne, le réseau social Ask.fm, très populaire chez les jeunes pour pouvoir écrire anonymement jusqu'au harcelement moral, a causé des suicides.

En attendant, plusieurs plaintes ont déjà été déposées contre Gossip, notamment dans un collège strasbourgeois. Les attaques ont tellement perturbé certains élèves qu'ils ne voulaient plus remettre un pied dans leur établissement.

Pourtant, la créatrice de Gossip ne s'arrête pas là. Elle veut maintenant créer un service premium qui permettrait aux utilisateurs d'avoir accès plus facilement aux rumeurs sur leurs proches et de pouvoir localiser n'importe quel contact à tout moment.

Par , publié le 01/06/2015

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