Une IA de Google sait quand quelqu’un regarde votre portable dans votre dos

Un dispositif prototype utilise l’IA de votre téléphone pour reconnaître lorsqu’un étranger regarde par-dessus votre épaule. Efficace.

Y a-t-il quelque chose de plus agaçant, de plus dérangeant, de plus malpoli et de plus susceptible de déclencher des pulsions meurtrières que de sentir la présence maléfique d’un étranger se glissant subrepticement derrière votre épaule dans l’intimité de l’espace public pour venir lorgner sur votre écran de téléphone alors que vous êtes tranquillement en train de mener vos affaires et que vous tenez en haute estime le concept de vie privée numérique ? Probablement pas. (Exagère-t-on ? Probablement un peu.) Mais rassurez-vous, jeunes digital natives scotchés à vos téléphones toute la journée, bientôt, ces intrusions intempestives dans votre intimité appartiendront au passé. Et encore une fois, merci Google, qui sait décidément se rendre indispensable comme personne.

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Le 27 novembre, le site américain Quartz repérait ainsi, lors d’une conférence en Californie, la présentation d’un "protecteur d’écran électronique" par Hee Jung Ryu et Florian Schroff, tous deux chercheurs chez Google, accompagnée d’une vidéo publiée sur YouTube mais non référencée. Le système, il faut bien le dire, est assez ingénieux : une IA embarquée sur un Pixel Phone utilise l’appareil photo frontal du téléphone (celui qui vous fait face) pour scanner votre environnement et reconnaître automatiquement lorsqu’un inconnu regarde votre écran. Une fois l’intrus identifié, le logiciel interrompt votre tâche en cours, affiche la vue "miroir" sur votre écran et affuble l’indésirable d’un filtre Snapchat à base de vomi arc-en-ciel pour ajouter l’humiliation à la dénonciation. Immature, mais efficace.

Lutter pour l’intimité… en la faisant disparaître ?

Selon les chercheurs, détaille Quartz, le système fonctionne dans différents types d’éclairage et est capable d’identifier le regard d’un inconnu en 2 millisecondes. Un temps de réaction microscopique dû à la présence de l’algorithme directement sur le téléphone, ce qui facilite grandement les temps de calcul et de transfert d’informations. Impossible de savoir pour le moment si Google projette d’inclure l’outil dans les futures versions d’Android, mais le projet reste néanmoins un bel exemple de ce que l’entreprise permet aux développeurs de faire avec son IA TensorFlow Lite embarquée sur mobile et mise à disposition des codeurs du monde entier (le même jour, l’entreprise de Mountain View publiait justement une nouvelle interface de programmation mobile résolument centrée sur l’IA embarquée).

C’est super, tout ça, mais il reste quand même un léger souci : lutter contre les invasions de la vie privée, c’est bien, mais le faire via un logiciel qui utilise en permanence votre appareil photo pour scanner et reconnaître votre environnement immédiat pose quand même un sacré paradoxe - et une cohorte d’implications éthiques et légales sur la façon dont les données récoltées sont utilisées par l’entreprise. À choisir, je préfère encore voir un type espionner mes activités que d’offrir à Google l’opportunité de voir en permanence tout ce qui se passe derrière moi. Mais tel est le dogme des grands de la Silicon Valley : pour protéger votre intimité, faites-la entièrement disparaître.

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Par Thibault Prévost, publié le 29/11/2017

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