Google : "Au XXIe siècle, qui contrôle l’intelligence artificielle contrôle le reste"

Considéré comme un gentil moteur de recherche, Google est aujourd'hui en tête pour développer l'intelligence artificielle la plus développée au monde. Une IA plus performante encore que les capacités de l'être humain. Entretien avec Laurent Alexandre, expert en technologies du futur.

Premier chef d'État invité par Barack Obama depuis sa réélection, François Hollande passera dès ce lundi trois jours au pays de l'Oncle Sam. Au menu, rencontres avec des hommes politiques, des acteurs de la société civile... mais aussi des chefs d'entreprise, dont certains de la Silicon Valley. C'est tout sauf un luxe : la France, tout comme d'autres pays, se doute de la nouvelle portée pré-dominante que de telles entreprises auront dans un futur proche, très proche. Et c'est bien pire que ce que vous imaginez.

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Hier, les lecteurs du Journal du Dimanche pouvaient découvrir l'interview impressionnante de Laurent Alexandre, présenté comme "expert en technologies du futur" par l'hebdomadaire. Co-fondateur du site Doctissimo, ce docteur est aujourd'hui directeur de DNA Vision, une société de séquençage ADN basée en Belgique. Cela ne l'empêche pas de se tenir au courant des objectifs de Google, qui cherche à développer, à terme, une intelligence artificielle supérieure.

Ce matin, il confirme ses dires à Konbini. À la manière de la conquête de l'espace lors de la Guerre froide, la conquête de l'intelligence artificielle est l'enjeu le plus important pour de nombreuses entreprises aujourd'hui. Plus encore : selon lui, ce système de pensée ultra-perfectionné est "source de toute création économique dans le XXIème siècle, car qui contrôle l'intelligence artificielle, contrôle le reste".

Quand Larry Page monte au créneau

Depuis quelques années, l'entreprise fondée en 1998 use de moyens qui dépassent de loin le strict cadre informatique. De nombreux rachats sont effectués en ce sens dans des domaines scientifiques : séquençage ADN, biotechnologies... Fin janvier, Larry Page (directeur général) aurait lui-même mené l'opération de rachat de DeepMind, une société experte en intelligence artificielle. Une transaction de 400 millions de dollars selon Re/Code.

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Les projets de Google sont multiples mais revêtent un même point commun : ils touchent tous de près ou de loin à des algorithmes d'intelligence artificielle. Bientôt, la société de Menlo Park produira la Google Car, son projet de voiture autonome (sans chauffeur, donc) dans les cartons depuis quatre ans déjà.

Mais dès aujourd'hui, l'intelligence artificielle appliquée à Google est une réalité : son moteur de recherche capable d'apporter des réponses personnalisées est l'exemple le plus parlant et vous l'utilisez au quotidien. "Bientôt, il sera autonome et n'aura plus besoin de présence humaine. Nous assisterons à ce phénomène dans 10, 15, 20 ans peut-être", prédit même Laurent Alexandre. "C'est la bataille du XXième siècle", nous assure Laurent Alexandre. "Si vous avez l'intelligence artificielle, vous avez tout le reste", martèle-t-il.

Facebook et IBM dans les pas de Google

On comprend mieux pourquoi Apple, IBM, mais aussi Amazon et même Facebook s'intéressent aux "IA". En avance face à ses concurrents, Google caracole pour l'instant en tête des innovations. Mais la "suprématie capitaliste américaine", comme l'appelle le docteur Alexandre, entraîne les autres géants des technologies et de l'informatique dans sa course folle.

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Début décembre 2013, on apprenait qu'un spécialiste français, travaillant à la New York University (NYU), avait été embauché par le réseau social de Mark Zuckerberg afin de tenter d’étudier les milliards de données produites chaque jour sur la plateforme.

De son côté, IBM a surpris son monde en créant Watson, un robot ultra-perfectionné dont Numérama prétendait il y a un an exactement qu'il pouvait : "détecter les anomalies sur un IRM, que le médecin n'aurait pas vu lui-même de ses propres yeux", mais aussi "arbitrer entre différents traitements, selon les symptômes du patient". Le magazine expliquait qu'en somme "il ne prend pas de décision à la place du médecin, mais lui apporte une analyse digne d'un Dr House survitaminé". Bigre.

L'ordinateur Watson d'IBM (Crédits image : Clockready/Wiki)

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Ces outils d'intelligence artificielle sont révolutionnaires. Reste que leur maniement est entre les mains d'une poignée de dirigeants. Et que ceux de Google, selon Laurent Alexandre, sont tous acquis à la même idéologie : le transhumanisme. Ce mouvement culturel et intellectuel prône l'usage des sciences et des technologies dans le but d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Une façon de repousser au maximum le pouvoir de la maladie, du handicap et simplement du temps grâce aux biotechnologies.

L'expert explique que le récent débauchage par Google de Raymond Kurzweil, véritable "pape" de ce courant de pensée, n'en est qu'un symptôme supplémentaire. Et si dans sa bouche, ces faits semblent graves, c'est parce que selon lui, nous pourrions arriver très vite à ce stade où les robots, pourraient s'avérer hostiles à la race humaine. "Notre société a tendance à aller vers plus de connectivité, soit plus de dépendance aux machines. On peut tout à fait envisager un futur où les robots hackent et débranchent les pacemakers et font tomber les avions."

La science-fiction, c'est maintenant

Lorsqu'on rétorque au docteur Alexandre que tout cela sonne un peu comme des films ou bien des romans de science-fiction - faisant en fait curieusement écho aux lois de la robotique énoncées par Isaac Asimov -  il répond d'aplomb : "Nous sommes au XXIème siècle, le siècle où la science-fiction devient réalité". Selon lui, c'est plié : ces progrès qui verront un jour la machine dépasser l'être humain ne sont plus qu'une question de temps. "Que ces machines émergent est inéluctable. Désormais, il faut un contrôle, nécessaire pour éviter des Tchernobyl génétiques, entre autres".

Les États du monde entier commencent à peine à se rendre compte du potentiel des intelligences artificielles made in Google appliquées à la médecine, à la domotique, à l'informatique, etc. "Dans l'hypothèse où Google réussit ses diversifications [et devient leader dans tous ces domaines], il sera trop puissant. Il faudra bien un jour nationaliser Google". Sans que cela ne résolve finalement grand-chose : même si ce scénario se réalise, l'intelligence artificielle la plus perfectionnée du monde sera aux mains d'un État, en l'occurrence celles des États-Unis.

Par Théo Chapuis, publié le 10/02/2014

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