La gentrification du Burning Man a commencé

Dans un article, le New York Times souligne l'évolution du festival Burning Man. En cause, l'arrivée massive d'entrepreneurs de la Silicon Valley.

Burning Man n'est plus un festival confidentiel. C'est même le fantasme de tas de gens qui décident de tout plaquer pendant quelques jours pour s'adonner à des festivités païennes riches en découvertes sensorielles. Articles web, groupes Facebook, émissions de télévision à succès... l'Homme qui Brûle est désormais connu de tous.

Le New York Times consacre un article sur la gentrification galopante de ce festival et affirme que depuis deux ans, l'événement alternatif héberge de plus en plus de millionnaires et de milliardaires rendus riches grâce à leurs activités dans le secteur high-tech à la Silicon Valley.

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Selon cet article, certains entrepreneurs-stars de ce secteur sont pourtant des habitués de Burning Man. Il cite Larry Page et Sergey Brin, fondateurs de Google et Jeff Bezos, PDG d'Amazon.

Mais il pointe du doigt d'autres firmes :

Maintenant, un paquet de nerds nouveaux riches se dirigent là-bas, avec parmi eux Mark Zuckerberg de Facebook, des employés de Twitter, Zynga, Uber et toute une cour de d'entrepreneurs capitalistes en short kaki.

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"Ta nourriture, tes drogues, tes costumes"

Pour un festival où les transactions financières sont interdites (à part pour le café et la glace), ces magnats des entreprises high-tech développent des signes extérieurs de richesse qui dénotent. Le journaliste explique qu'ils ne dorment pas dans des tentes comme les autres burners, mais dans des camping-cars... ou mieux encore, dans de véritables constructions bâties pour l'éphémère événement.

Le journaliste cite une source qui participe à cette édition du Burning Man avec "un groupe d'entrepreneurs de la silicon Valley" :

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"Avant, on avait des camping-cars et des plats cuisinés. Maintenant, on a les plus grands chefs cuisiniers du monde et des ouvriers qui nous construisent des yourtes avec lits et air conditionnés". Avec une pointe d'excitation, il ajoute : "Oui, l'air conditionné au milieu du désert !"

Le quotidien américain a aussi interrogé un certain Tyler Hanson, dont le job consiste a encadrer cette nouvelle demande de luxe :

Ta nourriture, tes drogues, tes costumes, tout est géré pour toi. Dans le camp dans lequel je travaillais, il y avait à peu près 30 Sherpas pour 12 invités. Les start-up tech vont maintenant à Burning Man et prennent des drogues à la recherche de la prochaine idée géniale d'appli.

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Le groupe de cette source est constitué d'une centaine de personnes travaillant dans des start-ups de la Silicon Valley et d'Hollywood. Tous frais pris en compte, le voyage de tout ce petit monde coûtera la somme de 2 millions de dollars. Soit 25 000 dollars par personne. "C'est tout à fait différent de la façon dont la plupart des autres festivaliers vivront l'événement", se donne la peine de préciser le journaliste du NYT.

En 30 ans, l'explosion du Burning Man

Depuis sa création en 1986, le Burning Man est devenu une machine. De sa petite douzaine de premiers participants aux désormais 70.000 personnes qui sont venues en 2013, le festival a vu son audience exploser. À partir de 2011, face à la demande, l'organisation a mis en place une loterie. Plus de 120.000 demandes s'y font mais seulement 40.000 sont acceptées.

Nombre de participants du Burning Man de 1986 à aujourd'hui

Nombre de participants du Burning Man de 1986 à aujourd'hui

En parallèle, les prix ont augmenté progressivement, de 35 dollars en 1995 à (au minimum) 210 dollars en 2008 jusqu'aux 380 dollars demandés en 2013. Inflation du nombre de festivaliers comme des prix : le Burning Man fait sa gentrification et l'article du New York Times vient le confirmer. Le Burning Man, est-il encore un rendez-vous de la contre-culture ? La question se pose.

-> À voir : Le voyage halluciné d’Antoine de Maximy au Burning Man

Par Théo Chapuis, publié le 25/08/2014