Gap le démontre une énième fois : le port du voile ne passe pas

Fin juillet, Gap déchaînait la twittosphère avec sa nouvelle campagne pour enfant qui mettait en scène une fillette voilée. Retour sur cette polémique qui ne cesse de diviser.

Le 31 juillet dernier, Gap dévoilait sur son site anglophone Gap Kids, une image de sa nouvelle collection pour enfant "Gap to school", dédiée à la rentrée scolaire. Celle-ci a été réalisée avec l’aide de plusieurs enfants d’une école primaire de Harlem, dans le rôle de mannequins.

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Plusieurs enfants âgés d’une dizaine d’années et d’horizons variés y figurent. Parmi eux, il y a notamment une fillette qui porte le voile, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas passée inaperçue.

Gap précise sur son site que cette saison "Gap Kids encourage les enfants à renouer avec l’école en célébrant les différences et en leur offrant de nouvelles sources d’inspiration !". Seulement, la volonté de l’emblématique marque américaine de célébrer la diversité s’est heurtée à l’indignation de nombreux twittos, dont des personnes politiques.

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Plusieurs députés s’offusquent sur Twitter

Samedi 11 août, l’image apparaissait sur le site français. Très vite, cette nouvelle campagne a pris une tout autre ampleur. Effectivement, plusieurs députés appellent au boycott de la marque avec le hashtag #boycottgap, qui, depuis samedi, ne cesse d’être alimenté. C’est notamment le cas d’Aurore Bergé, la députée de la République en marche qui twittait :

"Commencer l’année du bon pied consiste à ne plus en mettre un chez Gap. Rien n’autorise ni ne justifie qu’on voile des petites filles : où est leur liberté ? Où est leur libre arbitre ? Où est leur choix ? Que ce soit un argument commercial m’écœure. "

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Valérie Boyer, la députée du groupe Les Républicains (LR) des Bouches-du-Rhône, quant à elle, affirmait que ce type de marketing "promeut la soumission à l’islamisme".

Enfin, Lydia Guirous, la porte-parole du groupe LR, s’offusquait en twittant "J’ai dénoncé à plusieurs reprises cette montée en puissance du voile imposée aux petites filles qui est une maltraitance et un piétinement de nos valeurs d’égalité, de liberté et de laïcité !".

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Une pétition contre la campagne récolte plus de 7 000 signatures

Jeudi dernier, la pétition "Le voile n’est pas un jeu d’enfant !" a été lancée. Celle-ci vise à ce que Gap Europe "se désolidarise de la campagne Gap Kids, #GapToSchool qui ose placer au milieu d’enfants ciblés selon les critères multiculturels une fillette en hijab". Depuis son lancement, elle a déjà récolté plus de 7 200 signatures.

Parallèlement à cette pétition, Rokhaya Diallo, journaliste, réalisatrice et écrivaine questionne un certain racisme d’état, tel que le rapporte Fashion United. C’est également le cas de Nicolas Cadène, l’auteur de La Laïcité pour les nuls, qui exprime son désaccord face aux députés en indiquant que cette campagne n’est aucunement contraire à la loi.

Une publicité totalement légale

Dans une Interview du Parisien, Nicolas Cadène – également rapporteur de l’Observatoire de la laïcité, créé en 2007 et qui vise "à aider le gouvernement à faire respecter le principe de laïcité en France" – affirme que cette campagne est complètement légale.

En effet, il explique que si dans une école publique française, "les élèves n’ont pas le droit de porter des signes religieux ostensibles, le principe de neutralité ne s’applique qu’à l’État et aux agents publics. Une entreprise privée peut, elle, communiquer comme elle l’entend."

Le voile, une polémique qui ne cesse de diviser

Ce n’est pas la première fois que Gap est confronté à une telle polémique. L’année dernière, la marque américaine provoquait déjà de nombreux débats en affichant une femme voilée sur ses vitrines. C’est également le cas de Nike qui divisait avec sa nouvelle collection de sport incluant un voile sportif pour les athlètes musulmanes. Sans compter le burkini, qui avait divisé la France en 2016 tandis que plusieurs municipalités décidaient d’interdire le port de ces tenues – considérées comme non-laïques – à la plage, avant d'être contredites par le Conseil d'État.

Une fillette de 10 ans peut-elle avoir des convictions religieuses ? La question peut se poser. En attendant, Gap ne semble pas se la poser et tente un certain acte politique et de revendication culturelle en clamant haut et fort vouloir vêtir tout le monde. Réel engagement ou simple stratégie marketing ? Le débat est loin d’être clos. Une chose est sûre : le port du voile semble déranger une partie des Français…

Par Manon Baeza, publié le 14/08/2018

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