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Vidéo : ils se filment main dans la main en Russie pour capturer l'homophobie

Publié le

par Louis Lepron

Dans une vidéo où ils se tiennent la main, deux jeunes illustrent les comportements violents à l'égard des homosexuels en Russie.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle vidéo paraît sur la Toile. La première se déroulait dans les rues de New York. Il s'agissait d'une femme qui voyait sa marche être interrompue par de nombreuses formes d'harcèlements. Neuf mois plus tard, deux jeunes russes ont utilisé le même format pour faire passer un message via la chaîne YouTube ChebuRussiaTV : voilà comment les homosexuels sont considérés en Russie lorsqu'ils se donnent la main en public.

Se faisant passer pour un couple gay, ils se sont filmés, via un complice qui était devant eux, dans les rues de Moscou. Les réactions ? Si on active les sous-titres anglais, voilà sur quoi on peut tomber : "espèce de pédés", "des salopes qui se tiennent la main", "vous êtes trop nombreux ici""qu'est-ce qu'est devenue la Russie...", "cassez-vous de Russie !". Et c'est sans compter deux réactions physiques violentes au cours de la vidéo, dont un homme qui les bouscule jusqu'à les séparer et menacer l'un d'eux.

Comme le souligne Libération, le caméraman, interrogé par le site américain BuzzFeed, a précisé qu'après avoir appris qu'il étaient filmés, les passants étaient loin de regretter leurs réactions : "Ils estimaient que leurs réactions étaient justes et ils en étaient fiers". Tout simplement.

La Russie, toujours hostile

Avant-dernière du classement de l’ILGA, la Russie démontre une fois de plus sa réticence au sujet de l’acceptation des populations LGBT. Avec seulement 8% de droits acquis en la matière, elle se place loin derrière le Royaume-Uni et ses 86%. Une situation qui n’a de cesse de se dégrader depuis l’adoption d’une loi clairement répressive envers les LGBT en 2013.

Contactée par Konbini en mai 2015, une avocate lesbienne russe nous relatait son quotidien dans un pays qui ne cache plus son hostilité. Si l’homosexualité n’est pas ouvertement réprimée par le régime, ce dernier se cachant derrière des appellations de "propagande homosexuelle" ou "d’offenses aux sentiments religieux", rien n’est cependant fait pour parer la haine qu’elle suscite :

L’homophobie n’est pas criminalisée en Russie, elle ne l’a jamais été, affirme Olga [le prénom a été modifié, ndlr]. On peut parler de criminalisation des discours haineux, mais cela n’a jamais été vraiment effectif. Selon le Code Pénal russe, toute stimulation de la haine, hostilité ou humiliation d’un groupe social est illégale. Cependant, les LGBT n’ont été reconnus en tant que groupe social qu’en 2014 et je ne connais pas de décision basée sur cette reconnaissance. Les discours haineux ne font pas l’objet d’enquête.

L'insécurité grandissante se ressent dans la vie des communautés LGBT. Agressivité, violence mais aussi absence de sécurité familiale sont le lot quotidien des populations concernées. Olga confiait à ce sujet que tous les pans de sa vie en étaient affectés :

Je me sens humiliée par ces lois. Mais ce n’est pas le pire. Le principal problème à mes yeux est que les autorités ne protégeraient même pas mes enfants. J’ai des enfants et j’ai peur qu’un beau jour, ils décident que ma famille elle-même est une propagande homosexuelle constituant un motif de retrait de mes enfants.

[...] Je ne peux pas lutter contre mes peurs. Quand je sors dans la rue avec ma copine, je dois toujours me dire que je peux à tout moment être confrontée à la violence ou à l’hostilité. Je n’y pensais pas avant l’adoption de ces lois et cette espèce d’hystérie anti-LGBT.

Article co-écrit avec Aline Cantos

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