@https://en.wikipedia.org/wiki/File:We_Can_Do_It!.jpg

Féminisme : l’ouvrière américaine qui a inspiré "Rosie the Riveter" est morte à l’âge de 96 ans

Naomi Parker Fraley n’avait été identifiée qu’en 2015, après 70 ans dans l’ombre.

© Wikimedia Commons

L’Américaine ayant inspiré la célèbre icône féministe "Rosie the Riveter" est morte samedi 20 janvier à l’âge de 96 ans, a rapporté The New York Times ce lundi. Naomi Parker Fraley était restée dans l’ombre pendant plus de 70 ans, alors qu’une autre femme avait été définie comme étant celle qui a inspiré le célèbre poster. C’est un universitaire, James J. Kimble, qui l’a retrouvée en 2015 après plus de cinq ans d’enquête.

Publicité

Naomi Parker Fraley avait encore la photo (reproduite dans l’article du New York Times) ayant vraisemblablement servi de modèle à la célèbre illustration, prouvant aux yeux du spécialiste qu’il avait bien trouvé la vraie Rosie. Sur ce cliché pris en 1942, la jeune femme, les cheveux recouverts d’un bandana foncé à pois et habillée d’une combinaison de travail plus claire, est penchée sur une machine dont elle tourne une manivelle.

Née à Tulsa (Oklahoma) en 1921, Naomi Parker Fraley travaillait avec Ada, sa sœur de 18 ans, comme ouvrière dans une usine de la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale à Alameda (Californie). C’est là qu’un photographe de l’agence Acme Newspictures a photographié la jeune femme en plein travail. La photo est parue dans le journal local, et Naomi Parker Fraley l’a découpée pour la garder en souvenir.

C’est l’année d’après, en 1943, qu’est née l’affiche de l’artiste J. Howard Miller avec Rosie la riveteuse, en chemise de travail et bandana rouge à pois, et son "We can do it !" ("nous pouvons le faire"). The New York Times explique qu’elle n’était destinée qu’à être affichée à la Westinghouse Electric Corporation, alors spécialisée dans l’aéronautique et le militaire, pour combattre l’absentéisme et les grèves des employé·e·s.

Publicité

Rosie the Riveter a ensuite plongé dans l’oubli, avant de ressortir au début des années 1980, probablement via les archives nationales de Washington. Elle est vite devenue une icône féministe.

Après la guerre, Naomi Parker Fraley est devenue serveuse en Californie, s’est mariée, a eu des enfants. Et a vu la célèbre affiche, sans faire le lien… Jusqu’à une réunion d’anciennes travailleuses de guerre en 2011, où elle voit la fameuse photo d’elle affichée au mur, avec en légende le nom de Geraldine Doyle, identifiée comme l’ouvrière ayant inspiré la célèbre affiche.

Elle s’est donc fait connaître, permettant à James J. Kimble de la retrouver en 2015. L’universitaire a également mis la main sur une copie du cliché original chez un marchand de photos vintage, avec la légende d’origine identifiant Naomi Parker Fraley, ainsi que la date et le lieu : le 24 mars 1942 à Alameda.

Publicité

Et s’il est impossible de certifier que c’est bien la photo qui a inspiré J. Howard Miller pour son affiche, le photographe étant décédé, tout porte à le croire. D’autant plus que le journal où la photo a été publiée, The Pittsburgh Press, était diffusé dans la ville d’origine de l’artiste. Pour James J. Kimble, c’est bien Naomi Parker Fraley la "Rosie the Riveter" la plus légitime.

Interviewée par le magazine People en 2016, l’Américaine avait expliqué être soulagée qu’on la crédite enfin : "Je voulais juste mon identité personnelle. Je ne voulais pas être célèbre ou riche, mais je voulais mon identité personnelle." Et du haut de ses 95 ans, elle considérait encore qu’il y a sacrément besoin de modèles féminins :

Publicité

"De nos jours, les femmes de ce pays ont besoin d’icônes. Si elles pensent que j’en suis une, j’en suis heureuse."

Par Mélissa Perraudeau, publié le 23/01/2018

Pour vous :