Sur Twitter, le FBI déchiffre vos abréviations

En début de semaine, les enquêteurs du gouvernement des États-Unis ont établi une liste de 83 pages sur les abréviations de Twitter, y compris certains acronymes dont vous n'avez certainement jamais entendu parler. Le but : aider ses agents du FBI à mieux cerner le langage très subtil des internautes.

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Capture d’écran d'une page du rapport.

Avec l'avènement de Twitter et autres réseaux sociaux sur Internet, l'utilisation d'abréviations et d'acronymes a explosé. L'Intelligence Research Support Unit (IRSU) du DI (Directorate of Intelligence) a rassemblé une liste extensive – mais loin d'être exhaustive – d'abréviations et d'acronymes utilisés sur Twitter et d'autres réseaux sociaux, sur les messages instantanés, Facebook et MySpace.

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Voilà ce que l'on peut lire au début du document rendu public lundi 17 juin sur le site Internet MuckRock, où pas moins de 2800 abréviations ont été répertoriées et traduites en langage "normal" par et pour les agents du Bureau Fédéral d'Investigation américain. Selon le Washington Post, le FBI justifie sa démarche auprès de ses agents parce que cela peut s'avérer "être utile dans votre travail ou pour surveiller vos enfants et/ou petits-enfants".

QWERTYUIOP NIFOC ?

Dans ce glossaire interne, on retrouve bien évidemment les éternels LOL, <3, YOLO, et les classiques BTW (by the way) et SRSLY (seriously) mais aussi beaucoup d'acronymes dont la majorité des internautes n'avaient certainement jamais ouï-dire. C'est comme si on n'y voyait pas le bout (ni le sens). On trouve alors des trucs du genre : BTDTGTTSAWIO, qui signifie "Been there, done that, got the T-shirt and wore it out" dont la traduction serait à peu près "Être là, faire ceci, avoir un T-shirt et le porter"... il y a quelque chose de louche là-dessous.

Sinon, il y a des messages un peu plus clairs et optimistes comme ALOTBSOL pour "Always look on the bright side of life" soit "Toujours voir la vie du bon côté". Les best friends forever sont tournés à toutes les sauces et le plus long répertorié semble être BBFLTDDUP pour "Best friend for live till death do us part", "meilleur ami pour la vie jusqu'à ce que la mort nous sépare". Alors pour souhaiter une bonne nuit à votre meilleur pote de la mort qui tue, vous pouvez écrire de manière très simple GNSTDLTBBB, "good night, sleep tight, don't let the bed bugs bite" soit "bonne nuit, dors bien et ne laisse pas les punaises de ton lit te piquer", pourquoi pas.

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Et si vous n'arrivez pas à dormir et que vous en avez trop marre ou que vous vous ennuyez, faites glisser vos doigts sur la première ligne de votre clavier tel un maestro sur un piano pour écrire AZERTYUIOP ou QWERTYUIOP selon votre ordi. Et si à ce moment-là vous êtes nus devant votre écran, utilisez NIFOC (Naked in front of the computer) pour le signaler à quiconque pourrait être intéressé.

Sandra Bullock dans le film Les Flingueuses, où elle interprète "une enquêtrice rigoureuse et méthodique dont la réputation la précède tant pour son excellence que son arrogance démesurée"

Sandra Bullock dans le film Les Flingueuses, où elle interprète "une enquêtrice rigoureuse et méthodique dont la réputation la précède tant pour son excellence que son arrogance démesurée"

Bref, pas sûr que les agents du FBI aient besoin de savoir ce genre d'informations pour détecter hackers ou autres terroristes. Et comme le souligne très bien le Washington Post, si vous n'avez jamais vu de tels acronymes aussi barbares, c'est bien parce que peu de gens les utilisent. Par exemple, BTDTGTTSAWIO n'aurait été employé que dans 47 tweets.

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Alors, perte de temps pour le FBI ? Au moins, les agents savent désormais ce qu'est un troll, "un commentateur délibérément provocant" et ce que veut dire SWAG, "stupid wild-ass guess". Mais attendez, ça ne voulait pas dire "secretly we are gay", avant d'être réutilisé à tout bout de champ pour désigner quelqu'un qui avait trop de style ? Je suis perdue et le FBI aussi apparemment. Il devrait peut être réviser ses classiques avant de torturer l'esprit de ses agents avec le langage pas toujours subtil des internautes.

Par Anaïs Chatellier, publié le 19/06/2014