AccueilÉDITO

Fausse histoire du jour : le détecteur de fausses histoires de Facebook

Publié le

par Thibault Prévost

Contrairement à ce qu'affirmaient plusieurs sites reconnus de la presse technologique américaine, l'outil B.S. Detector ne venait pas de Facebook. Ironie.

Vient-on une nouvelle fois de repousser la barre de l'ironie sur Internet ? Probablement. Rappelez-vous : les semaines passées, dans un climat post-élection de Trump, on a vu la grand famille journalistique s'indigner collectivement de la prolifération des fausses histoires sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Facebook. Cette désinformation, qui diffuse des mensonges viraux en masse, serait majoritairement responsable de l'élection du milliardaire américain et de l'incapacité des journalistes, analystes et sondeurs de tout poil à voir venir l'impossible. Une fois le businessman élu, le responsable était tout trouvé : Mark Zuckerberg, dont la passivité à modérer les contenus de son réseau social ferait presque de lui un complice du nouveau président. Mi-novembre, cependant, une extension de Chrome offrait enfin au peuple d'Internet ce qui lui manquait tant : un détecteur à conneries.

Le principe de l'application, appelée "B.S Detector" ("détecteur à conneries", littéralement), est limpide : en se basant sur une base de données collective de sources non fiables, l'extension affichait un message d'avertissement rouge – et un emoji caca – pour vous prévenir que vous étiez probablement en train de lire de totales billevesées. Génial, non ? Tellement génial, en fait, que TechCrunch, l'un des sites de référence de la presse tech américaine, s'empare du sujet. Et écrit, le 1er décembre, que l'application a été développée par... Facebook, ce qui est totalement faux.

Trop tard pour se rendre compte de l'erreur, la chaîne de montage de l'information en ligne est en marche : repris par d'autres médias, partagé sur les réseaux sociaux, l'article traverse le système digestif d'Internet. Et voilà comment une histoire sur un détecteur de fausses histoires devient, à son tour, une fausse histoire. Mieux : confronté à l'article en question, B.S. Detector ne le reconnaît pas comme une fausse histoire. Vous reprendrez bien une bonne lampée d'ironie?

Facebook bloque l'application, puis la débloque

Invité par le Guardian à donner son avis sur cette situation abracadabrantesque, le créateur (réel, celui-là) de l'extension, Daniel Sieradski, parle de "la chose la plus méta" qu'il ait jamais vue. Après avoir constaté l'erreur de TechCrunch, il les a immédiatement contactés, et l'article a rapidement été mis à jour. Difficile de savoir si cette (fausse) publicité a été bonne pour B.S. Detector, mais Daniel Sieradski indique qu'elle a été téléchargée plus de 25 000 fois depuis sa création, en réponse directe à un post de Mark Zuckerberg, qui écrivait le 19 novembre que la désinformation était techniquement difficile à combattre. Et visiblement, l'entreprise n'a pas trop apprécié qu'un homme seul lui prouve le contraire.

Le 2 décembre, nouvel acte de cette farce des Internets : Facebook bloque le partage de l'extension B.S. Detector, probablement en réaction à l'article de TechCrunch qui identifie le réseau social comme créateur de l'application. Difficile, comme l'explique Daniel Sieradski au Guardian, de trouver une quelconque raison légitime (notamment de sécurité) pour le faire. Plutôt agacé, le créateur de l'application se fend alors d'une prophétie : "Notez bien : d'ici quelques heures, Facebook aura rétabli B.S. Detector en expliquant que c'était accidentel ou automatisé." La même journée, l'application était débloquée. Contacté par TechCrunch, voilà ce que Facebook répondait :

"Nous opérons un ensemble de systèmes qui nous aident à détecter et bloquer les comportement suspects sur notre site. Nous avons temporairement empêché les gens de partager le domaine "bsdetector.tech" après avoir constaté des abus de la part du domaine de niveau supérieur .tech. Nous avons corrigé l'erreur."

Comme quoi, il est bien plus facile de bloquer un détecteur de fausses infos que de s'attaquer aux fausses infos elles-mêmes.

À voir aussi sur konbini :