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À la Fashion Week de New York, des personnes handicapées défilent sur le podium

Publié le

par Anaïs Chatellier

Alors que la Fashion Week de New York s'achève demain, cette année aura été marquée par une tendance récente : faire défiler des modèles "différents".

Corps filiformes d'une maigreur souvent inquiétante, formes peu généreuses, visage fermé et peu accueillant, la mode a toujours véhiculé des standards de beauté bien éloignés de la réalité. Mais depuis quelques temps, il semblerait que certains acteurs s'appliquent à remettre en question le diktat imposé par le milieu, souvent ingrat, de la mode en proposant des modèles moins stéréotypés.

De Tess Munster, la mannequin grande taille qui connaît un large succès à Shaun Ross, le premier homme mannequin albinos en passant par Chantelle Winnie, jeune femme atteinte de vitiligo, maladie de la peau qui provoque l'apparition de taches blanches sur tout le corps, les exemples semblent de plus en plus fréquents. Cette année, l'événement incontournable de la mode n'y a pas échappé et pour la première fois "New York fait défiler les différences", selon Le Monde.

Jamie Brewer, la première modèle trisomique

Connue pour son rôle dans la série American Horror Story, Jamie Brewer est ainsi devenue la première mannequin atteinte du syndrome de Down à défiler pendant la Fashion Week. "Les jeunes filles et même les jeunes femmes [en me voyant] diront : 'si elle peut faire ça, je le peux aussi'", s'est-elle réjouie auprès du média Today, avant d'ajouter : "C'est une vraie source d'inspiration que d'être un modèle pour les jeunes femmes et de les encourager à se montrer telles qu'elles sont".

C'est donc dans sa robe noire et élégante, signée Carie Hammer, qu'elle a défilé tout sourire sur le podium de la Fashion Week. "American Horror Story est sombre, effrayant, envoutant, nous avons donc opté pour quelque chose de noir et Jamie a un très beau corps avec un petit tour de taille et de belles formes", a expliqué la créatrice à Today.

"Il s'agit là d'une révolution du défilé" a confirmé la designer à Mashable. Il faut dire que Carie Hammer n'en est pas à son premier coup d'essai et avait déjà bouleversé les codes de la mode avec sa campagne "Role Models Not Runway Models" – des femmes modèles, pas des modèles de mode – en faisant défiler, entre autres, Danielle Sheypuk, une de ses amies, en fauteuil roulant depuis l'âge de deux ans.

Des modèles amputés ou en fauteuil roulant

Si Carrie Hammer semble être la première créatrice de mode a avoir osé faire défiler sur le podium des femmes handicapées, plusieurs de ses compères en ont pris de la graine. C'est le cas notamment du designer Antonio Urzi, dont les créations ont déjà été portées par Beyoncé et Lady Gaga pour ne citer qu'elles. Lors de la Fashion Week, il a ainsi engagé Jack Eyers, un jeune mannequin et entraîneur sportif anglais âgé de 25 ans, amputé à l'âge de 16 ans, pour défiler avec sa jambe artificielle à découvert. "Tout cela me paraît surréaliste. Je n'arrive pas à croire que tout cela est bien en train d'arriver", a-t-il confié au Daily Mail juste avant le grand soir. Pour le magazine Mirror, il revient alors sur son parcours :

Grandir avec une jambe déformée a été vraiment difficile. [...] À l'école primaire, j'aimais vraiment le sport, mais c'était difficile de participer. Je me rappelle qu'à l'âge de sept ans avoir dit que je voulais être amputé mais je devais attendre la fin de ma croissance, c'était comme si le démon était accroché à moi. Quand on me l'a enfin enlevée, je me suis senti renaître.

C'est donc très fier d'en être arrivé là que le jeune Jack Eyers est monté sous les projecteurs afin de rappeler "qu'avoir un handicap n'est pas un frein".

Mannequins amputés, en fauteuil roulant ou marchant avec des béquilles ont également fait apparition sur le podium du défilé FTL Moda. Ce collectif de stylistes italiens a ainsi travaillé en collaboration avec la Fondazione Vertical qui collecte des fonds afin de financer la recherche sur les lésions de la moelle épinière et l'agence britannique Models of Diversity dont le but est de proposer une plus grande diversité de mannequins dans les médias et sur les podiums, pour créer ce défilé atypique. Un changement de mentalités dans le milieu de la mode semble être en marche, en espérant que la diversité soit désormais une habitude.

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