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Fake news : avant la présidentielle, Facebook s'allie à 8 médias français

Pour lutter contre la désinformation avant une élection cruciale, Facebook va s'appuyer sur le travail des journalistes de huit médias français.

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À l'approche d'un scrutin français qui apparaît de plus en plus crucial pour l'équilibre politique international, la lutte contre la désinformation monte en puissance. Alors que Le Monde dévoilait la semaine dernière son Décodex, son outil de validation des sources d'information françaises (critiqué – et critiquable – pour ses choix, notamment vis-à-vis des médias indépendants à ligne éditoriale de gauche, comme Fakir ou Bastamag), c'est au tour de Facebook d'annoncer son dispositif anti-fake news : un partenariat avec huit médias français, sous la forme d'une nouvelle fonctionnalité offerte aux utilisateurs.

En France, très bientôt, les utilisateurs de Facebook auront donc la possibilité de signaler une information qu'ils pensent fausse, qui sera ensuite intégrée à un portail auquel auront accès les journalistes des médias partenaires, qui se chargeront alors de la vérifier. Si deux médias au moins estiment que le contenu est faux et offrent un lien pour le prouver, alors le contenu sera marqué d'une balise pour l'attester. À chaque fois qu'un autre utilisateur de Facebook voudra partager la "fausse information", il recevra un message d'alerte. Pour le moment, le dispositif est encore au stade de l'expérimentation et le premier bilan devrait tomber dans deux mois, soit quelques jours avant le premier tour de la présidentielle.

Facebook, l'art du dédouanement

Abondamment critiqué aux États-Unis pour son laxisme vis-à-vis des fausses informations partagées sur son réseau, notamment par la galaxie de "sites d'informations" de l'ultra-droite suprémaciste américaine, Facebook prend les devants à l'aube des élections françaises et allemandes. En s'entourant d'une partie de l'establishment de la presse française (l'Agence France-Presse, BFM TV, Le Monde,  France Télévisions, France Médias Monde, L'Express, Libération et 20 Minutes) comme il l'avait fait aux États-Unis avec cinq médias partenaires, le réseau social se lave les mains de toute responsabilité en demandant tout simplement aux journalistes de faire le boulot de ses équipes de modération à leur place. Un paradoxe que Le Monde avait d'ailleurs bien saisi en hésitant à accepter l'offre, comme il l'explique dans son article. Car si le test devrait se prolonger, qu'en serait-il par exemple de la rémunération des journalistes affectés à cette tâche ?

Bref, la lutte contre les fake news se complexifie à mesure que les grands diffuseurs de contenus en ligne s'y mettent chacun à leur façon : outre Facebook, une plateforme nommée CrossCheck devrait également se lancer prochainement, en partenariat avec seize médias hexagonaux, dont certains apparaissant déjà sur la liste de Facebook. L'initiative est soutenue par le réseau social et, évidemment, par Google, qui a aussi de la crédibilité en jeu dans ce phénomène de renouveau de la propagande en ligne. Peu importe le type d'initiative,  l'interrogation reste la même, lancinante : une société dont information est labellisée par quelques autorités autoproclamées (Le Monde avec Decodex, Facebook avec sa liste de "bons médias") est-elle réellement  meilleure pour le pluralisme? Face à l'urgence électorale, ce sont les questions pratiques qui dominent, mais les débats éthiques ne devraient pas tarder à s'inviter à la table de la post-vérité.

Par Thibault Prévost, publié le 06/02/2017