Faire un atelier câlin avec des inconnus ? On a testé le concept

Renouer avec la tendresse, se reconnecter avec l’humain à l’heure où le virtuel prend de plus en plus de place… Telles sont les promesses d’Ateliers Câlin. On a testé le concept et on compte bien ne rien vous cacher.

Community. (© NBC)

On connaît tous le principe des free hugs et leurs câlins gratuits à des inconnus dans la rue. Cette idée de transmettre de la tendresse de cette façon a fait tilt un jour dans la tête d’Éric Da Costa. Fin novembre 2013, il se lance alors dans l’aventure et conçoit Ateliers Câlin. Le but : inciter à échanger et à "oser la douceur, la bienveillance envers des inconnus". Car ce qui est simple pour certains ne l’est pas du tout pour d’autres.

Après avoir travaillé dans la communication, Magalie s’est réorientée et a rejoint l’équipe d’Éric Da Costa en août 2014, pour finalement reprendre le flambeau et animer les ateliers :

"Le principe d’Ateliers Câlin est de réhabiliter la tendresse, au service de la découverte de soi et de l’échange authentique. Puis de permettre à chacun de relâcher ses résistances, de dépasser ses croyances limitantes et d’oser innover."

Si les différents exercices invitent à la connexion et au toucher corporel, l’animatrice insiste tout particulièrement sur une règle : le désir sexuel, les invitations ou la drague n’ont pas leur place ici. "Si vous sentez la chaleur monter, c’est bien, ça prouve que vous êtes humains, mais merci de ne pas le montrer à votre partenaire et de faire en sorte que ça redescende", annonce la jeune femme avec une pointe d’humour.

"Dans la confiance de cette petite communauté fraternelle ainsi créée, nous allons pouvoir oser. Oser proposer un geste tendre, oser recevoir de l’affection. En accueillant tout ce qui est là, dans l’instant, sans pression. Juste être bien. Et on s’étonnera de cette délicieuse simplicité."

Ici, la sincérité a une grande importance : nous sommes libres d’accepter ou non un échange avec une personne, en fonction de ce qui nous semble juste. Il est essentiel de recevoir ses émotions et, surtout, d’oser les exprimer.

Les ateliers sont composés d’autant de femmes que d’hommes, et peuvent accueillir 14 à 34 personnes. Ils ont lieu à Paris (dans les 12e et 18e arrondissements) et débutent à 19 h 30. Quant aux tarifs, ils vont de 20 euros – pour les personnes à faibles revenus – à 28 euros, pour une séance de 3 h 15.

Des participants de tous types

À l’idée d’aller tester un atelier câlin, j’avoue que j’ai eu peur de me retrouver avec des personnes un peu perchées, presque déconnectées de la réalité. Finalement, je n’ai pas vu de profil type : il y avait des hommes âgés, des business women, des garçons un peu extravertis… Mais la moyenne d’âge tournait tout de même aux alentours de 40 ans. Magali a remarqué une évolution :

"Avant, on voyait beaucoup de participants de 50 ans, et au fil du temps, je vois des jeunes de 20-25 ans qui sont souvent plongés dans les réseaux sociaux et qui ne savent plus aborder les gens 'dans la vraie vie'."

Si la manifestation du désir n’est pas acceptée, la majorité des participants sont néanmoins célibataires. On pourrait de fait penser que c’est la solitude qui provoque un manque de tendresse, mais une femme est venue me parler de son expérience et m’a prouvé le contraire : "Moi, j’ai vécu l’expérience de deux façons : lorsque j’étais mariée, et maintenant que je suis divorcée." Cette dame toute frêle aux cheveux courts façon Amélie Poulain continue :

"J’étais proche de mon mari, car on discutait beaucoup. Mais il n’était pas très tactile, et ça me manquait énormément. Alors ici, j’ai retrouvé de l’affection physique et ça m’a fait un bien fou. Ensuite, on s’est séparés, et je ne trouvais aucune distraction pour l’oublier et aller mieux. Je suis revenue ici et, sans parler, les câlins m’ont guérie."

Pour l’animatrice, le contact physique a une place très importante dans un but de bien-être. Il permet d’améliorer le regard que l’on porte sur soi et les autres. On dépasse certaines peurs ou appréhensions, et on développe l’estime de soi.

La câlinothérapie à domicile

Certaines personnes sont prêtes à franchir le cap, mais pas forcément en public. Oser toucher une personne que l’on ne connaît pas, c’est en effet tout de même assez incongru. C’est pourquoi Magali propose aussi de la câlinothérapie à domicile.

Le concept a été repéré en premier lieu au Japon. Là-bas, 50 % des jeunes entre 18 et 34 ans sont célibataires. Beaucoup d’entre eux sont plongés dans l’univers numérique et perdent le sens du contact humain. À Tokyo, il existe ainsi un café, le Soineya Cuddle Café, où pour 7 euros, vous pouvez vous allonger à côté d’une femme durant trois minutes.

Très inspirée par ce concept, Magali réalise de nombreuses formations de développement personnel. Elle se rend ainsi au domicile d’une personne, d’une famille ou d’un couple, et propose une séance de tendresse accompagnée d’un temps de parole. "Que vous soyez un homme ou une femme, dans un espace sans sexualité, ni baiser, ni nudité, vous recevez ma tendresse avec un toucher doux, délicat et enveloppant, afin de prendre soin de vous", décrit la jeune femme.

Les Quatre Filles du docteur March. (© Columbia Pictures)

Il y a plus d’un an, au lendemain de l’attentat du 14 juillet à Nice, celle que l’on appellera "V" a expérimenté une séance de câlinothérapie. Choquée et blessée, cette femme avait besoin de croire et de voir que l’amour existait encore :

"C’était tout ce dont j’avais besoin. Magali m’a apporté son écoute et son sens de l’intégrité. À la fois légère, pleine de douceur et solide, capable de guider et d’encaisser, Magali a su accueillir mes peurs, mes colères, mes angoisses, mon désespoir, et m’aider à les accueillir au lieu de les fuir. Tout cela a ainsi pu sortir de moi, afin de permettre une transformation."

Que ce soit pour la câlinothérapie ou pour les ateliers, Magali réalise toujours un entretien préalable d’une durée de 1 h 30 avec les futurs participants. L’idée est de connaître leurs motivations, leurs objectifs et de voir si les personnes sont équilibrées et bienveillantes.

La connexion se fait peu à peu

À mon arrivée à l’atelier, j’avoue que j’appréhende un peu d’être entourée d’inconnus durant plus de 3 heures… Au début de la séance, nous sommes assis en cercle sur le sol en nous tenant la main. Magali demande que l’on ferme les yeux et que l’on se présente à voix haute, en prononçant le premier mot auquel nous pensons. Les participants égrènent alors "stress, joie, bonheur, bord de mer, spontanéité, plaisir, partage, bienveillance…". Cela met tout de suite dans le bain.

Pour le deuxième exercice, chacun doit prendre de l’espace dans la salle et faire quelque chose, un mouvement ou un bruit, ou les deux. Ne sachant pas quoi faire, j’observe les autres. Un jeune homme court et se jette en boule sur le sol. Un peu flippant. Une femme fait la danse de la pluie – enfin, ce que j’imagine être la danse de la pluie –, avec de grands mouvements vers le ciel et des bâillements… Finalement, je m’étire, j’ai des courbatures.

Magali déclare alors qu’il est temps de nous "connecter" entre nous. Le principe est de se balader dans la pièce au rythme de la musique, de choisir une personne et de lui confier un secret sur sa vie personnelle dans l’oreille. Un homme se présente à moi et me dit : "Salut, j’adore découvrir de nouveaux horizons sexuels." Je réponds que j’aime bien les chats et trace vite ma route.

Une femme me regarde, je la regarde, et on se dit en même temps qu’on apprécie de regarder les étoiles briller dans le ciel. Première connexion. Je croise ensuite le chemin du garçon qui s’était allongé sur le sol : "Parfois, j’aime bien ne rien faire et ne pas parler." Un autre participant me dit, lui, qu’il "adore faire des bisous dans le cou" avec une voix très téléphone rose. Je n’ai pas trop kiffé.

Avant de passer à la prochaine étape, mon regard cherche celui de quelqu’un qui, comme moi, serait câlineur en herbe. Il croise celui d’une femme, la trentaine, qui tente aussi l’expérience pour la première fois. Elle est célibataire et essaie l’atelier après la recommandation d’une amie de confiance. Son premier ressenti ? "C’est un peu bizarre car pas commun, mais je me laisse prendre au jeu", confie-t-elle.

Finir joue contre joue

L’exercice suivant prend la dimension d’un travail de développement personnel. Les hommes se mettent en rond, et une femme doit se placer devant chacun d’entre eux à une distance de quelques pas. Le but est qu’elle avance en fonction du rapport qu’elle a avec les hommes en général. Elle est libre de se déplacer à son rythme, de se connecter avec l’homme par une étreinte à la fin ou non.

Le plus intimidant dans l’histoire, c’est de fixer l’un d’entre eux durant 3 minutes (le temps d’une chanson). On se rend compte que l’on ne fixe jamais personne, mis à part notre amoureux ou amoureuse durant 30 à 40 secondes maximum, donc regarder un inconnu dans les yeux durant 3 minutes, c’est assez perturbant. On doit s’habituer à un visage que l’on ne connaît pas, et personnellement, j’ai eu l’impression que l’autre voyait à travers moi. Glauque.

Dernière étape, et de loin la plus troublante : s’allonger durant 20 minutes avec quelqu’un, et cela à trois reprises différentes. Ici encore, le choix du partenaire est libre. Je demande à un participant s’il l’accepte de partager un câlin avec moi, et celui-ci peut alors accepter ou refuser. Les dix premières minutes sont consacrées à mon envie et les dix dernières, à celle de l’autre.

Mon premier essai se fait avec la trentenaire avec laquelle je me suis sentie à l’aise. Le deuxième, avec un homme d’une quarantaine d’années. Il vient depuis presque un an à l’atelier, parce que cela lui procure un bien-être général et améliore son rapport avec les autres. Je demande des papouilles sur le bras, et c’est ensuite son tour : "Alors, j’ai une demande un peu spéciale donc tu me dis si ça te va ou pas."

30 Rock. (© NBC)

OK, je commence à flipper. Il me demande alors "que l’on se fasse des câlins avec les joues". Quoi, comme des chats ? "Oui, c’est ça". Pendant dix minutes, je fais donc des câlins de joues. À un moment, il a soufflé dans mon oreille − ou ronronner je ne sais pas. C’était étrange, mais sympa et drôle.

Une expérience à tenter si vous êtes à l’aise avec le principe

Personnellement, j’ai trouvé le principe intéressant. Il est indéniable que les gens ont de plus en plus de mal à se parler et que la nouvelle génération est très branchée réseaux sociaux. Beaucoup vont plus facilement oser liker une photo Instagram qu’aborder quelqu’un au cours d’une soirée. L’atelier câlin permet ainsi de renouer contact avec les autres, mais certains viennent tout de même avec l’envie de se trouver un ou une partenaire de vie.

Un point négatif : il est difficile d’oser dire non à une personne avec laquelle on n’a pas envie d’avoir d’interaction. L’atelier semble avoir été conçu dans une démarche bienveillante, mais lors du dernier exercice, certaines personnes n’avaient pas trouvé de partenaire et se retrouvaient donc seules sur le côté, ce qui m’a un peu déstabilisée.

Si vous voulez tenter l’expérience, sachez qu’il existe peu de centres de ce type car il s’agit d’un concept breveté. Pendant un moment disponibles à Marseille, les ateliers ne se déroulent pour l’instant plus qu’à Paris, dans plusieurs lieux des 12e et 18e arrondissements.

Toutes les infos sont à retrouver sur le site d’Ateliers Câlin ou sur Facebook.

https://az616578.vo.msecnd.net/files/2016/03/11/635933119647000098-1524867387_parks-hugs.gif

Par Marjorie Raynaud, publié le 19/10/2017