#FacebookGate : le réseau social s’attaque aux fake news, la fachosphère pleure

Le 6 mai, Facebook a supprimé une série de comptes appartenant à des gérants de pages pro-FN avant d’annoncer, lundi, de nouvelles mesures anti-fake news.

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(© Pixabay/CC)

Samedi 6 mai, plusieurs gérants de pages influentes dans la sphère "patriote" française (comprenez pro-FN) ont eu la surprise de voir leurs pages personnelles désactivées de manière définitive. Parmi elles, celles du fondateur de la page Le Chat Patriote, de Yann Merkado (fondateur de la plate-forme Suavelos) et de Pierre Sautarel (qui se présente sur Twitter comme "co-animateur de Fdesouche.com"). Selon le "compte de soutien à Marine le Pen" @Messsmer, les administrateurs des pages Batailleuse News, Défendons la France et Le Jeu du FN ont aussi été ciblés, les pages en question restant actives mais entièrement gelées, leurs administrateurs ne pouvant plus les gérer. Selon la twittosphère d’extrême droite, "des centaines de comptes" pro-FN auraient également été supprimées.

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Évidemment, sur Twitter, la communauté des "patriotes" autoproclamés a rapidement laissé éclater sa colère : opération de censure de la "dictature socialiste", "manipulation d’État"… À en croire la fachosphère, la France serait devenue l’égale de la Turquie, voire de la Corée du Nord. C’est aller un peu vite en besogne. Pour commencer, Facebook reste une entreprise privée, qui fait donc ce qu’elle veut avec le contenu hébergé sur sa plate-forme. Les pauvres chatons patriotes peuvent se plaindre autant qu’ils veulent, ils ont accepté les Conditions générales d’utilisation (CGU) du service lors de leur inscription, et plus particulièrement la section "Standards de la communauté", qui donne au réseau social la permission de faire sauter n’importe quelle page dès lors qu’il le souhaite, sans aucun recours possible. Se faire le héraut de la liberté d’expression tout en laissant le contrôle total et arbitraire de son contenu à une entreprise privée est donc un tantinet antinomique.

Facebook renforce sa politique de lutte contre la manipulation de l’information

D’autre part, deux raisons expliquent ce gel des administrateurs de la fachosphère : la première est liée à la période de réserve avant le second tour de l’élection présidentielle, qui interdit aux candidats, instituts de sondage, médias et citoyens de diffuser "tout message ayant le caractère de propagande électorale" à partir de minuit, la veille du scrutin, pour éviter toute tentative de déstabilisation de l’électorat de dernière minute. Une consigne pas mal ébranlée par la publication, le 5 mai, des Macron Leaks, soit 9 Go de documents internes au mouvement d’Emmanuel Macron apparus sur 4chan via l’extrême droite américaine, et rapidement relayés par la fachosphère française – avant même que leur authenticité ne soit confirmée, et sans que l’on y trouve finalement grand-chose de réellement excitant. Dans le cas des pages du Chat Patriote et de Suavelos cependant, la période de réserve semble avoir été respectée.

Deuxième raison possible pour expliquer cette initiative : la lutte contre les fake news. On le sait, Facebook subit une pression grandissante de la part des autorités européennes et nationales (notamment en Allemagne) pour lutter plus efficacement contre la diffamation et la diffusion de fausses informations en ligne. Après les menaces répétées des gouvernements, le réseau social semble finalement avoir entamé une politique coercitive, d’autant plus nécessaire aux abords des grandes échéances électorales : le 13 avril, l’entreprise expliquait dans un rapport avoir supprimé plus de 30 000 comptes français qui postaient "du spam, de la désinformation ou d’autres contenus trompeurs", avant de publier, le 27 avril, un nouveau rapport détaillant sa politique de lutte contre la manipulation de l’information à des fins électorales.

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Prochaine étape : les législatives britanniques

Voilà donc probablement la raison de cette série de blocages : le renforcement des algorithmes de modération de Facebook, qui détectent et suppriment désormais les utilisateurs ayant pour habitude, au choix, de relayer des fake news ou du contenu diffamatoire. Ou, tout simplement, qui ont relayé les Macron Leaks – avant ou après le début de la période de réserve –, comme l’explique l’un des "patriotes" sur Twitter. Difficile de le savoir précisément, puisque Facebook n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Que la fachosphère se rassure (comme elle le peut), la France n’est plus, pour le moment, la priorité de Facebook, qui va désormais concentrer ses efforts sur le prochain grand enjeu électoral : les élections législatives britanniques, qui auront lieu le mois prochain. Le réseau social vient en effet d’annoncer la suppression de dizaines de milliers de comptes ainsi que la modification de son algorithme afin de resserrer les mailles de son filet à fake news, pendant qu’une campagne de sensibilisation à la désinformation est diffusée dans les journaux papiers (ce qui est en soi assez ironique). Histoire que le peuple britannique puisse exprimer tant bien que mal le peu de souveraineté qui lui reste en étant un minimum protégé des propagandes (et contre-propagandes) qui souillent le scrutin. Notons que chez nos amis anglais, aucun cri d’orfraie patriote n’a été encore poussé pour le moment.

Par Thibault Prévost, publié le 08/05/2017