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Comment Facebook vous permet de surveiller l'activité nocturne de vos amis

Grâce aux informations recueillies par l'application mobile Messenger et un petit outil, il devient facile de savoir si vos amis passent bien leurs nuits à dormir.

The Social Network Facebook

Vous avez toujours rêvé d'être un agent de la NSA ? Vous voulez jouer un bon tour à vos amis Facebook qui croient encore sincèrement que la surveillance électronique de masse ne les concerne pas ? C'est très simple ! Il vous suffit d'utiliser une petite bouchée de code développée par Søren Louv-Jansen, un ingénieur danois, qui se base sur la version Web de l'application mobile de chat Messenger, à l'adresse Messenger. com. Cela vous permettra, en quelques minutes, de tout savoir de la journée de vos amis et, le cas échéant, de leurs nuits.


Car sur la version Web de Messenger, comme sur la version mobile, les développeurs de Facebook ont eu la bonne idée d'intégrer un témoin d'activité à côté ou en dessous du patronyme de votre contact. C'est pratique, ça permet de savoir si Bidule a quitté Facebook depuis longtemps et s'il est donc en train de travailler pour de vrai ou si, comme la majorité des employés d'open space dans le monde, il était encore en train d'envoyer des emojis la minute passée et devrait recommencer sous peu après avoir fait semblant de bosser pendant quelques minutes.

1-9ra7jJwyQQH0q3GidlfbzgQue l'on trouve cela pratique ou que l'on y voie un gadget, c'est pareil : la fonction laisse une trace indélébile, un timestamp (en français correct, un horodatage), qui permet de dire avec certitude que monsieur Bidule était non seulement connecté au réseau mais actif sur celui-ci (oui, Facebook sait aussi quand vous laissez la page ouverte tout en faisant autre chose).

Le script de Søren Louv-Jansen va vérifier l'activité de vos contacts toutes les dix minutes, collecter ces indicateurs d'activité et les recracher sous forme d'infographie. Le résultat, c'est une cartographie de la journée type de chacune de vos connaissance en ligne – puisque nous dégainons désormais notre portable à chaque instant de liberté pour s'enquérir des derniers ragots de la place du marché virtuelle – et de leur rythmes circadiens, qui correspondent aux périodes d'inactivité en ligne.

L'open bar de la data

Le script du programme étant en open source sur la plateforme de développement GitHub, le journaliste de Libération Gurvan Kristanadjaja a tenté le coup, observé son réseau pendant une semaine et s'est même amusé à "taunter" ses amis avec les données récoltées. Imaginez que vous passiez une nuit pourrie et que le lendemain, votre ami Facebook, journaliste de profession, vienne vous parler en vous disant "alors, pas trop mal dormi ?" : d'un seul coup, la protection des données privées deviendrait un concept un peu plus tangible, non ?

On a beaucoup parlé, cette semaine, de l'introduction des nouveaux boutons "J'aime", utilisés notamment par Facebook pour étoffer un l'éventail de métadonnées récoltées et, à travers elles, la précision de nos portraits-robots stockés dans les data centers du réseau de Mark Zuckerberg. Pour beaucoup d'entre nous, cette fonctionnalité, comme la possibilité d'espionner nos données de connexion, reste sans conséquences.

Il est vrai que nous sommes tous infiniment plus complexes qu'une simple série de décisions prises tout au long de notre vie, reflétant nos opinions, nos goûts, notre bagage culturel, intellectuel et émotionnel et nos relations avec nos cercles d'amis, non ? Bah non. Facebook, c'est l'open bar des data-analystes, rien de moins.

Vous connaître n'est qu'une question de temps

Alors, certes, savoir que vous vous êtes levé à 8 h 17 jeudi matin et couché à 23 h 46 le soir pour faire une nuit de 8 heures et 3 minutes importe peu à ceux qui se chargent de transformer les paquets de données en liasses de billets. Mais tout l'intérêt de l'analyse de données réside dans la durée de l'observation, qui permet d'identifier des structures se répétant dans le temps jusqu'à pouvoir prédire leur apparition et répondre aux besoins qu'elles induisent. En d'autres termes, il ne faut pas une énorme variété de données pour dessiner votre routine, mais simplement du temps.

Pour Soren Louv-Jansen, "la plupart des gens pensent qu'ils sont 'invisibles' tant qu'ils ne postent pas de contenu. mais ils ne le sont pas. La seule façon de leur faire prendre conscience est une démonstration choc."  Et c'est vrai que l'idée d'être observé sans bruit toutes les nuits par un peeping tom est suffisamment malsaine pour sensibiliser aux enjeux de la protection des données personnelles. Un conseil : n'utilisez plus les applis Facebook ni Messenger, préférez-leur le site mobile (et cela économise la batterie, avec ça). Vous y tenez absolument ? Très bien, comme vous voulez. Mais pensez à vous mettre "hors ligne" dans Messenger, au moins.

Sinon, la semaine prochaine, on vous apprendra comment trianguler Tinder pour localiser vos cibles avec une précision établie à 300 mètres. Vous verrez, c'est rassurant.

Par Thibault Prévost, publié le 01/03/2016

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