AccueilÉDITO

Quand des trafiquants d'animaux font leur business sur Facebook

Publié le

par Clotilde Alfsen

Dans le village de Nhi Khe, au Viêt Nam, des trafiquants revendent illégalement des morceaux d'animaux sauvages sur Facebook, en quantité industrielle. 

Le village vietnamien de Nhi Khe est une plaque tournante du trafic de cornes de rhinocéros. (© dhuffstu/Pixabay/CC)

D'après une enquête menée par la Wildlife Justice Commission (WJC), dont les résultats ont été publiés par le Guardian le mois dernier, des trafiquants d'espèces menacées vietnamiens utilisent les réseaux sociaux pour revendre des milliers de parties d'animaux sauvages : cornes de rhinocéros, dents de tigres, défenses d'éléphants...

La WJC est une ONG qui lutte pour la préservation de la biodiversité. Celle-ci est plus menacée que jamais puisque plus de 50 % des animaux vertébrés ont disparu en moins de 40 ans – et on est sur la bonne voie pour atteindre les deux tiers d'ici 2020. En clair, la sixième extinction animale massive est en cours. Et le braconnage n'aide pas.

L'enquête, menée sur 18 mois, montre comment ce trafic est facilité par les réseaux sociaux – notamment Facebook – qui  créent un lien direct entre les contrebandiers et les consommateurs. À 20 kilomètres de Hanoï, Nhi Khe est ainsi devenu un gigantesque hub virtuel du trafic d'animaux. Dans ce village de quelques milliers d'habitants, les ventes se font virtuellement, mais aussi en personne. D'après le Guardian, on peut y trouver tout et n'importe quoi : du bébé tigre mort en pot aux pieds de rhinocéros. La vente illégal de parties d'animaux sauvages dans ce village génère près de 50 millions d'euros par an, qui proviennent de l'activité de seulement 51 trafiquants.

Comment font les trafiquants pour mener leurs affaires sur les réseaux sociaux ? Ils commencent par créer des groupes secrets ou fermés sur Facebook. Chaque nouveau membre et futur consommateur doit donc être accepté dans le groupe avant de pouvoir entrer en contact avec les revendeurs. Les ventes aux enchères sont faites au sein de ces groupes et les paiements sont souvent effectués via WeChat Wallet, une appli de messagerie instantanée qui permet aussi de réaliser des transactions en ligne.

"Les réseaux sociaux constituent une vitrine mondiale", s'indigne Olivia Swaak-Goldman, directrice exécutive de la WJC, citée par le Guardian. Pourtant, il est écrit noir sur blanc dans les "standards de la communauté Facebook" qu'il est interdit "d'organiser des activités criminelles qui entraînent des préjudices physiques à l’encontre de personnes, d’entreprises ou d’animaux". Face au manque d'efficacité de la politique de signalement aux autorités menée par le réseau social, la WJC demande à ce que les comptes de trafiquants soient supprimés de Facebook.

Des chiffres terrifiants

L'ONG a pu constater au cours de son étude les morts d'au moins 907 éléphants et 225 tigres. D'après les enquêteurs, les tigres viendraient de fermes spéciales – car si toutes ces bêtes étaient des animaux sauvages, elles représenteraient 6 % de la population mondiale des tigres... Les membres de la WJC ont aussi été horrifiés de découvrir que 579 cadavres de rhinocéros auraient été revendus sous différentes formes à Nhi Khe, c'est-à-dire presque la moitié des rhinocéros tués l'année dernière en Afrique du Sud. Sans oublier toutes les ventes dont l'enquête n'a pas pu révéler l'existence...

La WJC travaille avec Facebook pour lutter contre ce trafic – à la quatrième place du classement des trafics mondiaux, en termes d'importance, après ceux d'armes, de drogues et d'êtres humains. Mais l'objectif de l'ONG est également d'approcher le gouvernement vietnamien. Au Viêt Nam, les trafiquants se faisant arrêter risquent entre trois et sept ans de prison, ce qui semble bien faible à côté de la perpétuité ou même de la peine de mort dont les Vietnamiens peuvent écoper en cas de possession d'héroïne.

Récemment, le Viêt Nam s'est associé aux États-Unis pour lutter contre ce trafic mondial. Du côté du Royaume-Uni, le Prince William s'est d'ailleurs rendu fin novembre à une conférence internationale pour la préservation de la faune, pour tenter d'attirer le regard du monde sur cette sinistre réalité.

À voir aussi sur konbini :