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Les quatre points qu’il fallait retenir de la conférence Facebook F8

La conférence annuelle des développeurs de Facebook a été l’occasion pour Mark Zuckerberg de mettre Cambridge Analytica derrière lui. Et d’annoncer deux ou trois nouveautés.

(© Facebook)

Semaine après semaine, le ciel s’éclaircit pour Facebook, Mark Zuckerberg et ses fidèles têtes de gondole. Si Cambridge Analytica a encore réussi à s’incruster dans l’actualité médiatique de la semaine, cette fois-ci l’information fera probablement sourire le boss de Facebook, puisque l’entreprise au cœur du scandale de fuite de données qui a mis à mal son réseau social a annoncé qu’elle mettait la clé sous la porte.

Alors que la nouvelle tombe le jour où se termine la conférence annuelle des développeurs de Facebook, la F8, difficile de ne pas y voir un symbole : les annonces faites par Mark Zuckerberg pendant la keynote introductive devaient faire oublier "l’affaire", rassurer deux milliards d’utilisateurs sur la sécurité de leurs données, calmer les partisans américains d’une régulation des activités du réseau social, anticiper les obligations de la future RGPD et de manière générale montrer le visage responsable et chaleureux d’une entreprise qui a retenu les leçons de ses erreurs.

Comment ? En mettant le paquet sur les sigles, avec toujours plus d’IA (intelligence artificielle), d’AR (réalité augmentée) et de VR (réalité virtuelle), des outils aux vertus quasi miraculeuses à en croire les discours des cadres de l’entreprise venus présenter l’un après l’autre les dernières innovations dans leurs domaines.

Alors que les portes se referment sur le centre de convention McEnery de San José avec la promesse faite par Zuckerberg de réparer Facebook d’ici trois ans, voilà ce qu’il fallait retenir de la première convention F8 post-Cambridge Analytica qui dessine, en filigrane, la nouvelle silhouette du réseau social le plus utilisé au monde – car oui, il y a eu d’autres annonces que celle de la future plateforme de rencontres.

  • Oculus Go, le casque de VR pour les gouverner tous ?

Un casque de réalité virtuelle sans fil, sans smartphone dernière génération et sans PC de gaming, pour 219 euros : voilà la promesse faite par Facebook avec le lancement d’Oculus Go, disponible depuis le 1er mai à la vente en ligne et bientôt en magasin.

Alors que les Rift, Vive et autres PSVR sont plus que jamais destinés aux hardcore gamers capables de lâcher plusieurs centaines d’euros dans une carte graphique et qu’à l’autre bout du spectre les Google Cardboard et autres Gear VR se veulent comme une extension des possibilités des smartphones haut de gamme, Oculus Go, de par son prix et ses caractéristiques techniques et malgré quelques évidentes limites, est le candidat le plus sérieux pour devenir le casque de réalité virtuelle de M. Tout-le-Monde, celui qui remplacera la télévision et l’écran d’ordinateur pour regarder des films, naviguer sur Internet et même interagir sur les réseaux sociaux.

En octobre 2017, Zuckerberg annonçait son ambition d’amener "un milliard de gens" vers la réalité virtuelle. À l’époque, une telle annonce avait de quoi faire sourire. Aujourd’hui, entre le lancement d’un tel appareil et des démonstrations bluffantes sur le rendu d’avatars et de lieux virtuels, notamment à partir de photos, on ne sourit plus, on anticipe. Et on flippe un peu, aussi.

  • Réalité augmentée : business, filtres et… sneakers ?

Ce n’est pas un scoop : Facebook investit massivement dans la réalité augmentée (AR) et nous bassine abreuve de nouvelles fonctionnalités à chaque conférence. Cette année, cependant, le réseau social a concentré ses efforts sur Messenger, avec l’intention de transformer l’outil de messagerie en plateforme d’achat futuriste.

Grâce à la puissance de l’AR, vous pourrez bientôt discuter avec un chatbot de chez Nike et faire apparaître une paire de sneakers virtuelles dans votre salon, que vous pourrez ensuite admirer sous tous les angles avant de l’acheter en quelques clics. Et pour madame, Facebook propose le même genre de système en partenariat avec Sephora, l’AR servant dans ce cas à tester directement sur son visage les différents rouges à lèvres (oui, les présentations de Facebook sont encore très genrées).

De son côté, Instagram s’apprête à accueillir à son tour des effets et des filtres en réalité augmentée, basés sur la plateforme AR Studio. Enfin, l’assistant de Messenger, M, se dote d’un outil de traduction instantanée, plutôt impressionnant au vu des démos réalisées lors de la conférence.

  • Facebook : introduction des boutons "upvote" et "downvote" pour les commentaires

Forcément, à côté de l’annonce du lancement d’un service de dating, celle-ci est passée relativement inaperçue (tout comme la création de l’outil de nettoyage de l’historique Clear History, par ailleurs), et pourtant, elle a de quoi modifier en profondeur nos petites habitudes sur le réseau social : le week-end dernier, Facebook a commencé à tester des boutons d’upvote et de downvote des commentaires, majoritairement en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Pour ceux qui n’utilisent pas régulièrement Reddit (vous ne savez pas ce que vous manquez), ça signifie que dans ce nouveau système non seulement les commentaires les plus populaires apparaîtront en priorité sous les posts, mais également que les commentaires les plus détestés – oui, on parle bien d’un bouton "J’aime pas" – disparaîtront dans les limbes de la page, l’idée étant d’offrir à la vox populi un outil pour contrôler le contenu posté sur le réseau.

Une page de l’histoire du trolling se tourne… et une autre s’ouvre : comme sur Reddit, désormais, la bataille pour la visibilité des idées se jouera au nombre de soldats du like.

Mark Zuckerberg (flou) lors du lancement de la F8, le 2 mai dernier. (© Thibault Prévost/Konbini)

  • Vie privée, sécurité : circulez, IA rien à voir

C’est sympa tout ça, mais entre le futur de la VR, les filtres AR, l’IA dans tous les sens et les sites de dating, on en oublierait presque l’essentiel : il y a un mois à peine, Facebook subissait la pire tempête de son histoire et voyait son discret PDG subir des interrogatoires des parlementaires américains, devant la terre entière. Il y aura forcément un avant et un après Cambridge Analytica, et la F8 se voulait comme l’an 0 d’une nouvelle ère fondée sur la protection de la vie privée des utilisateurs.

À ce titre, le discours introductif de Mark Zuckerberg a été plutôt décevant, le PDG de l’entreprise ne révélant qu’une seule mesure concrète de contrôle des données avec l’option Clear History et se contentant, pour le reste, d’en remettre une couche avec les éléments de langage serinés pendant les auditions ("nous devons faire plus pour protéger les gens […] et s’assurer que ça n’arrive plus jamais", "nous devons prendre pleinement conscience de nos responsabilités" et le succulent "nous sommes idéalistes", entre autres).

Lors de la seconde keynote, le 3 mai, Mike Schroepfer, chief technology officer de l’entreprise, a quant à lui détaillé la stratégie du réseau social pour lutter contre le contenu indésirable, qui tient en deux lettres : l’IA, décrite comme le "meilleur outil possible pour protéger la communauté". Concrètement, les outils de modération déployés par Facebook ont permis de repérer et supprimer "2 millions de posts de propagande terroriste" au premier trimestre 2018, et sont capables d’identifier "des millions" de faux comptes chaque jour, avec un niveau d’efficacité de "99 %".

Enfin, les avancées de la technologie de reconnaissance du langage devraient permettre, à terme, de distinguer le contenu offensant et de le supprimer - une technologie aux perspectives intrinsèquement terrifiantes, qui signifiera peut-être un jour la disparition complète du sarcasme et de l’humour noir sur le réseau social.

Finalement, à l’issue de cette F8 cuvée 2018 il nous reste en tête une drôle d’idée : alors que Facebook commence tout juste à réellement prendre conscience de sa responsabilité dans la protection de ses utilisateurs sur un support traditionnel et que le chantier semble démesuré, on ne peut que se demander à quoi vont ressembler la désinformation, la fuite de données personnelles, les discours de haine ou le harcèlement… dans cette réalité virtuelle que le réseau social tient tant à nous faire adopter. On ira, évidemment, parce que l’attrait de la nouveauté est fatalement irrésistible. Mais en 2018, personne au monde ne saurait prédire quels monstres émergeront des profondeurs de l’Oculus Go.

Par Thibault Prévost, publié le 03/05/2018