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Eurotunnel s'offre deux drones militaires pour repérer les migrants

Publié le

par Thibault Prévost

Pour renforcer sa surveillance et lutter contre les intrusions de migrants, la société Eurotunnel vient d'acheter deux drones militaires munis de caméras thermiques.

Cauchemardesque. Aux abords du tunnel sous la Manche, à Coquelles (Pas-de-Calais), le contingent de plusieurs centaines de vigiles en patrouille permanente et le demi-millier de caméras réparties autour des voies, déjà ceintes de barbelés, ne sont apparemment pas assez efficaces pour lutter contre le "péril migratoire".

La société Eurotunnel, qui gère le site, vient de se placer à la pointe des dispositifs de surveillance modernes en présentant deux drones de conception militaire. Équipés de caméras thermiques, ils se relaieront pour surveiller les 650 hectares du site.

Ces deux drones, fabriqués par la société ECA, ont une autonomie de 30 à 120 minutes et peuvent voler par n'importe quelle condition météorologique, dans un rayon de dix kilomètres. Si les appareils pourront patrouiller un peu partout sur le site, en s'élevant jusqu'à 150 mètres d'altitude, ils ne pourront néanmoins pas évoluer au-dessus des voies ferrées, faute d'autorisations, précise Le Monde. Payés grâce aux 20 millions d'euros du budget annuel d'Eurotunnel pour la sécurité, ces drones (dans ce cas, le modèle IT180) coûteraient au moins 50 000 euros l'unité.

"La frontière sera bientôt totalement étanche, type mur de Berlin"

Chez Eurotunnel, l'achat se justifie par une pression migratoire intensifiée par la saison estivale et les conséquences du Brexit, même si "aucune intrusion" n'a été recensée sur le site depuis le mois d'octobre. "Avec l'été, nous estimons que la pression migratoire va augmenter mais aussi, suite au Brexit, car la frontière sera bientôt totalement étanche, du type mur de Berlin, ce qui pourrait pousser les migrants à être encore plus désespérés en tentant de passer coûte que coûte avant la mise en œuvre du Brexit", a précisé le PDG d'Eurotunnel Jacques Gounon en conférence de presse.

Selon M. Gounon, les drones ne voleront pas en permanence mais seront utilisés en "complément" des systèmes actuels, pour repérer et suivre "toute tentative suspecte d'intrusion".  Si le président de la société s'est félicité d'un "saut technologique en termes de surveillance et de gardiennage", l'initiative et le design desdits drones n'ont quand même rien de rassurant.

Si on était pessimistes, on y verrait là les prémices d'un cauchemar dystopique dominé par une surveillance permanente et généralisée, alors que la police française fait déjà mumuse avec ses propres drones, en marge de l'Euro 2016. Zone frontalière, événement sportif d'ampleur... pour le moment, le régime de l'exception semble justifier ces nouvelles pratiques de vidéosurveillance. Jusqu'à ce que l'exception ne devienne la norme ?

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