BERLIN, GERMANY – NOVEMBER 07: Pupils working at their lap-tops during a lesson at the Heinrich-Mann-School in the Neukoelln district of Berlin, Germany on November 07, 2012. (Photo by Thomas Trutschel/Photothek via Getty Images)

Étudiants, les ordis portables sont mauvais pour votre concentration en cours

Un article du New York Times donne la parole à une prof de fac qui a décidé de bannir les ordinateurs de sa classe, en s’appuyant sur plusieurs études scientifiques.

À Berlin, en 2012 déjà. (© Thomas Trutschel/Photothek via Getty Images)

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : il y a une dizaine d’années, lorsque je découvrais avec extase l’ambiance feutrée des amphithéâtres de faculté, l’ordinateur portable n’avait rien de cette divinité omniprésente dans les salles de classe contemporaines, et une majorité d’étudiants tournait encore au combo immémorial cahier-crayon, obligée d’imaginer son propre langage de prise de notes pour pouvoir suivre les interminables monologues des professeurs, en triant simultanément le bon grain de l’ivraie rhétorique (comprenez : repérer les informations importantes pour le partiel à venir sur l’incompréhensible monologue des chargés de TD).

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Un boulot intellectuellement épuisant, que le progrès technologique nous promettait d’oublier pour de bon en transformant les amphis en assemblées de dactylos retranscrivant sans peine les verbatims de leurs cours magistraux. Spoiler alert : nous sommes en 2017, et les ordinateurs portables en classe sont finalement une mauvaise idée.

Le 22 novembre, le New York Times ouvrait ses colonnes à Susan Dynarski, une professeure d’université qui vient d’interdire la présence d’appareils électroniques dans ses cours. "Cela peut sembler extrême, reconnaît-elle d’emblée, car "avec les ordinateurs portables, les étudiants peuvent, d’une certaine façon, absorber plus de connaissances qu’avec un papier et un crayon." Au premier abord, effectivement, difficile de contredire l’affirmation selon laquelle le clavier d’ordinateur augmente le "rendement" de l’étudiant.

Sauf que la rapidité de la prise de notes ne fait pas l’apprentissage, loin de là. Et alors que la science commence à quantifier l’impact des nouvelles technologies sur l’attention en classe, le verdict est brutal : les ordinateurs portables sont contre-productifs.

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Une compréhension plus faible…

La dernière étude en date sur le sujet, utilisée par Susan Dynarski pour légitimer son hypothèse, date de 2014 et nous provient des universités de Princeton et de Californie. Publiée dans la revue Psychological Science, elle se fonde sur une expérience tout ce qu’il y a de plus simple : par groupes de deux, une soixantaine d’étudiants devaient visionner cinq conférences TED de 15 minutes, en prenant des notes avec un ordinateur ou un crayon. Trente minutes après la dernière conférence, les deux étudiants devaient répondre à deux types de questions : des factuelles et des conceptuelles.

Résultat : les étudiants ayant pris des notes à la main répondaient bien mieux aux questions "conceptuelles", qui nécessitaient une compréhension plus globale de la conférence. Pour les chercheurs, ce résultat s’expliquait par le fait que la prise de notes manuelle nécessite de digérer l’information pour la réduire à l’essentiel et la transformer pour la reformuler avec ses propres mots, afin de pouvoir suivre le rythme.

À l’inverse, la prise de notes par ordinateur se résume souvent à la retranscription d’un verbatim, une tâche plus mécanique qui nécessite plus d’entendre ce qui se dit que de réellement écouter.

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… et une distraction pour les voisins de table

Plus étonnant : une autre étude, recensée par la prof technophobe et publiée en 2012 dans la revue Computers & Education, a réussi à prouver que l’utilisation d’un ordinateur en salle de classe n’affectait pas seulement la concentration de son propriétaire mais aussi celle de ses voisins directs. Pour ce faire, les chercheurs ont demandé à un sujet-test d’assister à un cours et d’effectuer sur son ordinateur une tâche sans aucun rapport avec la prise de notes – plus précisément, acheter des places de cinéma, le genre de truc que vous avez tous déjà fait en amphi.

Non seulement le fait de faire complètement autre chose que d’écouter le cours a drastiquement fait chuter les niveaux de compréhension du sujet (sans rire), mais une baisse de compréhension a également été constatée chez les étudiants capables d’observer l’écran de leur camarade – typiquement, les deux ou trois personnes derrière lui. Quand vous faites n’importe quoi sur votre ordinateur en cours, vous pourrissez donc aussi la vie de vos voisins.

Pour terminer cet argumentaire anti-ordinateurs, intéressons-nous à une troisième et dernière étude, datée de février 2017 et menée par la prestigieuse académie militaire de West Point. Contrairement aux deux précédentes, celle-ci ne s’intéresse pas aux comportements individuels mais aux relations entre technologie et carnets de notes : les 726 étudiants de l’étude ont été divisés en trois groupes : le premier avait un accès illimité aux appareils électroniques, le second avait un accès restreint (tablettes uniquement) et le troisième ne pouvait utiliser autre chose qu’un carnet et un crayon. Vous l’aurez deviné, ceux n’utilisant pas d’appareil électronique réussissaient mieux aux examens que les autres.

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Bref, les études sont de plus en plus nombreuses sur le sujet, tout comme celles qui vantent les mérites de l’écriture cursive sur les capacités cognitives… Alors pour une fois, remettons en question le dogme technologique, et retournons à nos cahiers d’écolier.

Par Thibault Prévost, publié le 29/11/2017

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