AccueilÉDITO

Cette étude sur les Vélib' en dit beaucoup sur les Parisiens

Publié le

par Théo Chapuis

Quartiers riches privilégiés, heures de départ et retour au boulot, rapport au périphérique... Un site créé par quatre étudiants prend les Vélib' pour prétexte afin de dresser un portrait des Parisiens.

Un usager du service Vélib' photographié en plein effort. (© S. Faric/Commons)

À quelle heure être sûr qu'il reste des Vélib' ? Quelle est l'heure de pointe ? Où sont-ils en meilleur état ? Si vous habitez Paris ou bien l'une des 38 communes de France disposant d'un service de vélos en libre-service, vous vous êtes sans doute posé au moins l'une de ces questions.

Ça tombe bien ! Quatre étudiants à l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae) de Malakoff (92) ont fouillé dans les données rendues publiques par l'exploitant de Vélib', JC Decaux, sur les mois de février et mars 2016, les ont croisées avec certaines informations de l'Insee et ont créé le site Data Vélib, pour mieux comprendre "ce que les données Vélib disent des quartiers et des habitudes des Parisiens", comme nous l'explique l'un de ses quatre papas Simon Bunel – qui nous assure utiliser le service de deux-roues "presque tous les jours".

Data Vélib propose cinq entrées différentes, la plupart du temps à l'aide d'une grande carte de la capitale segmentée par quartiers : départ et retour des vélos, dégradations, disponibilité par heure et "effet périph". Pour faire plus qu'empiler les chiffres, Simon et ses collègues se sont permis une analyse de leurs données.

Pas tous égaux devant les dégradations

Il prend l'exemple de la carte des dégradations, sociologiquement l'une des plus intéressantes d'après lui : sur Data Vélib, on y constate 0 % de vélos dégradés dans le 16e arrondissement quand, dans le Nord-Est parisien, ce taux évolue entre 10 et 20 %. "Cela montre une polarisation très claire entre Sud-Ouest et Nord-Est parisiens", explique-t-il.

Il avance deux hypothèses : "Ça décrit soit un comportement des habitants du quartier, soit une façon dont est géré le parc de vélos [...] Même si on ne prend pas partie sur la question, ça peut laisser à penser que certaines stations sont mieux entretenues, que le service privilégie certains quartiers plus riches".

La carte des dégradations de Data Velib montre que l'ouest parisien, traditionnellement plus riche, est relativement épargné par la destruction des deux-roues du service de libre-service (© Data Velib)

Le pic du week-end à 2 heures du mat'

D'autre part, les données départ/retour des Vélib', plus classiques dans un exercice de données, donnent des indices sur les populations qui résident à Paris. Elles indiquent que les premiers usagers du service de vélos en libre-service "n'habitent pas dans le cœur, mais dans les zones résidentielles situées en pourtour de Paris". Leur destination : en majorité les arrondissements du centre de Paris, où ils ont leur lieu de travail. "On constate également un pic de l'usage Vélib' à 2 heures du matin en week-end, coïncidant avec la fin du métro, prouvant une vraie traduction des comportements", ajoute l'étudiant de 24 ans.

D'après Simon Bunel, ceux qui habitent là font sans doute partie d'une population majoritairement jeune, pas encore aussi bien installée que la génération précédente, qui loge dans l'hypercentre parisien... Mais pour le vérifier, il reconnaît qu'il faudrait croiser ces données avec celles de l'Insee indiquant les statistiques d'âge et de revenu moyens par quartier, "ainsi, les gens pourraient comparer leur vie de quartier par rapport à celle des autres".

Les Parisiens ont-ils si peur de franchir le périph' ?

Le quatuor de statisticiens en herbe se pose également la question d'un éventuel "effet périph'" : pour cela, ils ont observé les stations couplées, situées à la fois d'un côté et de l'autre du boulevard périphérique parisien et seulement distantes de quelques dizaines de mètres parfois. Les étudiants ont découvert qu'au matin, les stations intra muros se vidaient pendant que les extra muros se remplissaient, source de deux interprétations distinctes. Peut-être que beaucoup d'usagers des vélos en libre-service travaillent tout juste à l'extérieur de la capitale ; peut-être aussi l'idée de traverser le périph' est-elle aussi répugnante qu'on le dit pour un Parisien :

"Dans le sud de Paris, certaines entreprises sont agglutinées juste derrière le périphérique et cela explique que des usagers de Vélib' s'y rendent. Mais on constate aussi que les gens ne vont pas chercher un vélo 200 mètres plus loin s'il est de l'autre côté du périph' : cette ceinture crée une rupture dans le comportement des gens face aux Vélib'."

L'emprunt de Vélib' d'un côté à l'autre du périphérique se compte presque en miroir (© Data Velib)

Avec cette compilation et exploitation de données brutes, Simon Bunel et ses collègues espèrent plus qu'une bonne note. Même s'ils n'ont pas été contactés par JC Decaux, ils ont développé une plateforme qui traduit les comportements parisiens à partir des données de l'exploitant du service de vélos. Mais plus encore, Data Vélib "est également relié à des questions politiques, le Vélib' devenant un proxy sociologique, soit un type de données simple à analyser mais qui traduit une tendance réelle", indique-t-il.

Pour visiter Data Vélib et répondre aux questions que vous vous posez sur votre quartier, c'est par ici.

À voir aussi sur konbini :