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Selon une étude, il ne faut pas faire confiance aux études

Publié le

par Thibault Prévost

Une expérience a tenté de reproduire les résultats de 100 études psychologiques parues dans de prestigieuses revues. 64% d'entre elles ont raté le test.

Trop d'études nuit aux études

L'un des immenses avantages de la science, c'est qu'un échec est souvent aussi enrichissant qu'une réussite, car il permet de remettre en question des résultats et, par conséquent, de les affiner. Aujourd'hui, c'est probablement ce que doivent se dire des centaines de chercheurs à travers le monde après la publication d'une étude, parue ce week-end, qui se concentrait sur... la publication de résultats d'études psychologiques.

L'expérience à grande échelle, menée simultanément pendant cinq ans par 270 chercheurs sur cinq continents, a tenté de reproduire les résultats de 100 études de deux grandes catégories de recherche (psychologie sociale et sciences cognitives) publiées en 2008 dans les plus prestigieuses revues scientifiques mondiales. L'initiative, lancée par des chercheurs américains, avait pour mission de répondre définitivement aux critiques récurrentes concernant la fiabilité des études parues dans les revues telles que Nature ou Science et affirmer que non, regardez, n'importe qui peut reproduire les expériences à la maison (ou presque) et obtenir les mêmes données.

Manque de chance, les résultats – divulgués dans Science – ont totalement prouvé l'inverse : 50% des découvertes en sciences cognitives et 75% des découvertes en psychologie sociale de 2008 n'ont pu être répliquées par d'autres chercheurs, jetant un voile de doute sur toute la recherche en psychologie.

La recherche, temple de la remise en question... et de l'autopromotion

Cité par le Guardian, Alan Kraut, de l'Association pour la Psychologie, tient néanmoins à défendre son domaine en expliquant que la difficulté a reproduire des résultats illustre les risques pris par les chercheurs – une attitude qui contribue au progrès scientifique : "La seule découverte qui sera reproductible à 100% sera certainement évidente et sans intérêt : oui, il est impossible d'apprendre à lire à des sujets morts, par exemple".

Pour Brian Nosek, responsable de l'étude à l'université de Virginie également interrogé par le journal anglais, ces résultats sont certes décevants mais offrent enfin l'occasion de résoudre le vieux problème liés à la publication scientifique. "Le scepticisme est au cœur de la science et nous devons nous y plier. Si la preuve est trop belle, il faut la remettre en cause. Nous devons être nos critiques les plus acharnés", a-t-il déclaré au journal. Une bonne occasion, en somme, de réformer en profondeur le système de publication.

Car si les raisons qui peuvent expliquer ces résultats sont nombreuses (la taille de l'échantillon, les conditions expérimentales variables ou un léger changement dans le protocole de mesure peuvent jouer) et n'impliquent pas que les résultats précédents sont faux, cette découverte révèle surtout le côté obscur de la recherche scientifique universitaire, qui presse les chercheurs à viser la quantité plutôt que la qualité pour gagner en visibilité, en réputation et, par conséquent, en crédits. Malheureusement, les agendas de la connaissance et du profit n'ont pas la réputation d'être compatibles.

Marcus Munafo, psychologue à l'université de Bristol et co-auteur en 2013 d'une étude dénonçant ces mécanismes, résume ces logiques: "Si je veux être promu ou obtenir une bourse, je dois écrire beaucoup de papiers. Mais écrire beaucoup de papiers et réaliser beaucoup de petites expériences ne donnent pas de résultats solides. Aujourd'hui, les qualités requises pour être un bon universitaire ne s'alignent pas nécessairement avec celles requises pour être un bon scientifique." Une réalité soupçonnée depuis longtemps par une partie de la communauté scientifique dont personne, jusqu'à présent, n'avait pris la peine de prouver l'existence. Ironiquement, c'est désormais chose faite, et de manière irréfutable...

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