Ça va pas être facile pour tout le monde…

Aux États-Unis, les proprios mettent désormais les loyers aux enchères

Dans un contexte d'explosion des loyers dans les grandes villes américaines, certains bailleurs privilégient maintenant le système des loyers aux enchères.

Ça va pas être facile pour tout le monde…

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"Qui dit mieux ?" bientôt, dans les grandes villes américaines gangrenées par la spéculation immobilière, la recherche de logement aura peut-être des allures de foire d'empoigne en ligne, chacun émettant sa proposition de montant de loyer dans la cacophonie la plus totale. Depuis une semaine, rapporte Quartz, les propriétaires américains ont trouvé une nouvelle idée pour rentabiliser leurs appartements : proposer aux locataires potentiels le montant du loyer aux enchères.

L'idée, si elle peut sembler cynique, reproduit simplement un mécanisme déjà à l'œuvre dans le marché immobilier : dans des villes comme New York, San Francisco ou Los Angeles, il est devenu si difficile de trouver un logement en location – promoteurs comme particuliers préférant désormais acheter pour échapper à la flambée des prix – que les locataire potentiels (surtout les plus fortunés) proposent de payer 3, 6 ou 12 mois de loyer d'avance, histoire d'être sûrs d'avoir l'appartement. Une tendance évidemment rentable pour les bailleurs, qui peuvent tranquillement laisser les locataires augmenter les prix de location.

En moyenne, 5 % d'augmentation des loyers

La semaine dernière, la première start-up assez maligne pour déceler le manque d'infrastructures dédiées à la pratique a lancé Rentberry, une salle d'enchères en ligne destinée à la location, déjà disponible à NYC, Chicago, Boston, Austin et LA. Cette plateforme, argue Quartz, a au moins le mérite d'offrir une certaine transparence à un système jusque-là opaque, informel et discret. Et si les propriétaires ne choisissent pas toujours le locataire proposant la plus grosse enchère, explique le PDG Alex Lubinsky, le site fait grimper les prix moyens des locations de 5 % environ.

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Cependant, même dans un marché aussi libéral que celui des États-Unis, la pratique risque d'avoir quelques soucis avec la législation. Ainsi, le syndicat des propriétaires de San Francisco a fait savoir que l'enchère de loyer contrevenait à la loi anti-discrimination obligeant les propriétaires à accepter "le premier candidat qualifié et répondant aux critères de la location". Un tel système pourrait-il, alors, s'exporter dans des villes comme Londres ou Paris?

Dans la capitale français, où le loyer a encore augmenté entre 2014 et 2015 (+1,9 %), un studio coûte désormais 702 euros en moyenne chaque mois. Et face à la raréfaction du parc locatif, certains sont probablement prêts à payer plus pour être sûrs d'avoir l'appartement. Néanmoins, malgré quelques exceptions sur eBay, l'heure ne semble pas encore être venue pour les locations d'appartements aux enchères, d'autant qu'on voit mal comment le système pourrait être compatible avec la récente loi d'encadrement des loyers, en vigueur depuis le 1er août 2015 et déjà allègrement bafouée par les propriétaires parisiens. Méfiance, tout de même.

Par Thibault Prévost, publié le 19/05/2016