Syrie : des opposants taguent leur contestation face à l'État Islamique

Dans la ville de Syrie occupée par l'État Islamique, le graffiti est utilisé à des fins politiques par de nombreux activistes. Plusieurs vidéos publiées sur YouTube en sont la preuve. 

Depuis plus d'un an, Raqqa est occupée par terroristes de l’État Islamique. Les islamistes y font régner leurs lois (des plus absurdes aux plus terribles comme le notait Le POQ dans un reportage du 20 octobre), marquent leur territoire – de fanions en signes distinctifs – et s'introduisent même dans le quotidien de la population locale. Mais cette implantation est depuis peu troublée par l'apparition de tags contestataires sur les murs de la ville.

Comme le note le Courrier International, dans son édition de septembre 2014, embrassant l'exemple du Hezbollah libanais, l'organisation islamique fait de la gestion du quotidien une priorité. Car si les territoires se gagnent arme à la main, la stabilité d'un État se mesure à son maillage institutionnel et à l'efficacité des services qu'il propose. C'est pourquoi Daesh est particulièrement dangereux pour David Kilcullen – expert stratégique interrogé par le magazine : parce que "ses dirigeants ont compris l'importance d'une administration efficace".

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Le tag au service de la contestation politique

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Pourtant, malgré la force d'inertie indéniable que représente un squelette administratif en place, il y a toujours une opposition vive à Raqqa. Comme le soulignait BFM sur son site internet lundi, celle-ci s'est concrétisée dans le lancement du groupe  Facebook "Raqqa est égorgée en silence". Il totalise aujourd'hui près de 32 000 "j'aime", et fait valoir une autre voix.

Abou Warid al-Raqqawi en est membre et faisait même partie de ceux qui l'ont lancée. Comme il l'explique à France 24, la structure regroupe 17 activistes installés dans la ville et ses alentours. Outre une activité sur la Toile, les militants se sont lancés dans une campagne de tags. Ces graffitis, affirme al-Raqqawi, constituent un hommage à un ami défunt ainsi qu'un cri de révolte face au régime islamique :

Nous avons fait ces tags en hommage à notre ami Moataz Billeh, un ancien membre de notre réseau qui a été exécuté par l’organisation en mai dernier, à peine un mois après le lancement de notre campagne.

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Sur cette vidéo, l'artiste écrit "À bas Daesch" 

Nous avons évidemment pris beaucoup de précautions pour faire ces vidéos. Nous nous sommes assurés que les hommes de l’EI n’étaient pas présents sur les lieux où on voulait se rendre, mais je ne peux pas expliquer comment pour des questions de sécurité. Par ailleurs, la personne que l’on voit sur la vidéo est cagoulée, et on n’entend pas sa voix non plus.

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"Ni Daesh ni Bachar"

Les opposants au régime risquent leur vie avec ces vidéos, vues près de 2000 fois chacune . Elles sont également la preuve qu'à Raqqa, l'encéphalogramme politique n'est pas encore complètement à plat.

Par Tomas Statius, publié le 23/10/2014

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