Man on an smartphone controlled electric skateboard in London, England, United Kingdom. (photo by Mike Kemp/In Pictures via Getty Images)

J’ai tenté de percer les mystères du skate électrique

Incursion dans la communauté des e-skaters et test sur deux boards.

© Konbini

En France et dans les grandes villes du monde occidental, les nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI) ont le vent en poupe. Il faut désormais composer avec des hordes de trottinettes, scooters et vélos électriques (qu’ils soient privés ou en free-floating) et, dans une moindre mesure, avec les solowheels, hoverboards, gyropodes et rollers Segway.

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Fondus dans le paysage urbain, ces moyens de transport susmentionnés ne suscitent plus autant de curiosité qu’à leurs débuts. Plus personne n’écarquille les yeux en voyant un cadre dynamique insouciant sur son solowheel ou deux touristes enlacés, navigant à 2 à l’heure sur une trottinette électrique, pourtant conçue pour une personne.

Reste le cas du skate électrique, encore auréolé de mystères. Les rares que l’on croise attirent les regards qui semblent vouloir dire : "C’est quoi ce truc ?" On se demande comment ça marche, si c’est dangereux, si c’est fun, si ça ressemble au skate traditionnel. Et au bout du bout de cette chaîne de questions, on se demande si cet objet énigmatique pourrait nous servir au quotidien, devenir un fidèle compagnon des trajets travail-maison, maison-travail, maison-bars, etc.

J’ai donc mené mon enquête en deux temps. D’abord en allant rencontrer la (petite) communauté des e-skaters parisiens. Puis en testant sur plusieurs journées deux skates fournis gracieusement par deux marques que tout oppose : l’une chinoise et low cost, Meepo, et l’autre, Boosted, américaine et haut de gamme.

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Leur seul point commun : quatre roues, des moteurs électriques et une petite télécommande sans fil que l’on tient dans la main pour diriger l’engin.

La communauté

Je savais les cyclistes branchés solidarité. Les rollers capables de paralyser la circulation. Les skaters prompts à s’arroger les grandes places. Mais jamais, ô grand jamais, on ne m’avait parlé de la communauté des e-skaters parisienne, qui existe bel et bien, et se réunit tous les mardis soirs devant l’Hôtel de Ville.

Et si cette communauté est si méconnue, c’est pour une raison très simple : son nombre réduit d’adeptes, entre dix et trente selon les saisons et occasions, qui se retrouvent pour une "rando" d’environ deux heures le long des quais, navigant tantôt vers l’est, tantôt vers l’ouest.

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Le groupe est composé quasi exclusivement d’hommes – du moins le jour où je les ai rencontrés. Par chance, ils tolèrent l’incrust' des journalistes à vélo. Par ailleurs, toutes les marques de boards sont acceptées.

Début de la rando © Konbini

S’il est question de marques, c’est parce que cette rando est organisée par l’une d’entre elles, la Rolls Royce des skates électriques, l’australien Evolve. Vous aurez du mal à trouver plus cher, avec une gamme de prix allant de 1 000 à 2 000 euros – à part le Français Evo Spirit, qui se positionne en partie sur ce créneau-là.

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C’est ce que coûte la qualité, le service après-vente et la possibilité unique de transformer sa board urbaine en tout-terrain avec des grosses roues de mountain board – autrement dit, des roues gonflables. Rien à voir avec ma Meepo chinoise à 400 euros, dont nous parlerons ensuite.

Sans attendre, avant le départ, je me jette sur William, l’un des doyens français du skate électrique en France et revendeur exclusif des Evolve dans tout l’Hexagone. C’est lui l’organisateur de ces randos hebdomadaires. Je démarre la conversation par cette question brûlante : "Mais qui, en ce bas monde, s’adonne au skate électrique et pourquoi ?"

Réponse archi simple : ce sont les amateurs et nostalgiques des sports de glisse (snow et surf) qui veulent un peu de sensations fortes en ville. Et concernant Evolve, il s’agit surtout des quarantenaires, pouvoir d’achat oblige.

Grosse surprise : cela fait déjà quatre années que la communauté se réunit, alors qu’on aurait pu penser que c’était tout frais, tout neuf. Contrairement aux trottinettes qui ont débarqué à peu près en même temps, les rangs des skates électriques n’ont pas vraiment grossi ces dernières années.

La raison ? Le skate électrique, comme dit plus haut, est fait pour procurer des sensations fortes. Et si l’on n’a pas un minimum d’équilibre au départ ou que l’on est un peu flippé des bagnoles qui dépassent, la chose peut faire vraiment peur.

Preuve que le skate électrique reste une énigme pour beaucoup : du début à la fin de la rando, les mâchoires des passants n’en finissent plus de se décrocher. Alors oui, l’effet produit par la petite troupe joviale y est pour quelque chose. Mais l’incrédulité provient surtout du fait que le grand public n’a pas encore intégré l’existence des skates électriques.

Pour l’histoire, les premiers skates électriques auraient été conçus en Chine, autour de 2006-2008, et pesaient au départ 45 kg ! Des entrepreneurs comme Jeff Anning, fondateur d’Evolve, ont ensuite pris le relais, en allégeant et en perfectionnant le matériel, avec une success story commerciale à la clé.

© Konbini

En revanche, s’il y a une communauté qui les connaît bien, ce sont les skaters traditionnels. En chemin, nous nous ferons insulter par l’un d’entre eux. Aussi étonnant que cela puisse paraître, des tensions existent bel et bien entre les riders. Mais je ne veux pas jeter de l’huile sur le feu et j’ose croire que ce type de mésaventures est exceptionnel.

Concrètement, à quoi ressemble un skate électrique ? C’est une planche à quatre roues qui fonctionne avec un ou deux moteurs, placé(s) à l’intérieur ou à l’extérieur des roues arrière. Les skates les plus rapides peuvent atteindre une vitesse de pointe de 40 km/heure (là, ça devient vraiment dangereux).

On freine et on avance en appuyant sur les petits boutons d’une télécommande sans fil, que l’on conserve tout le temps avec soi. Pour tourner, c’est comme sur un skate normal, on l’incline avec le poids du corps. Enfin, les skates possèdent une batterie dont l’autonomie est très variable : grosso modo, de 10 à 25 km.

À part cette insulte isolée, la rando se passe sans incidents. Nous (enfin eux, moi je suis à vélo et je galère à les suivre) circulons uniquement sur des pistes cyclables. La cohabitation avec les cyclistes, trottinettes et automobiles (aux intersections) se fait dans la douceur.

Dans le groupe, c’est ambiance "glisse bon enfant" et personne n’aura de problème matériel durant les 16 km de rando. À la fin, tradition oblige, les irréductibles iront boire des bières.

Parmi les membres du groupe, je suis impressionné par l’un des ambassadeurs de la marque Evolve, que l’on voit faire un dérapage dans la vidéo ci-dessous, et qui fait le clown pour motiver la bande de valeureux riders.

Ce jour-là, il fait particulièrement attention à ne pas tomber et porte exceptionnellement des protections. La semaine d’après, il participera aux championnats du monde 2018 en Californie.

Par Pierre Schneidermann, publié le 02/10/2018

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