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Entretien avec les fondateurs du Mondial du Tatouage

Publié le

par Naomi Clément

Après le succès de l'édition 2013, le Mondial du Tatouage est de retour du 7 au 9 mars prochain à la Grande Halle de la Villette de Paris. Pendant trois jours, ce bâtiment de 20 000 m² accueillera les 312 artistes sélectionnés par les soins de Tin-tin et Piero, co-fondateurs de l'événement. L'occasion pour nous de discuter avec ces deux figures emblématiques du tatouage français. Entre un coca, un poulet basquaise et une invitation à se baigner dans un jacuzzi, ils nous parlent de leur cher métier.

Tin-tin et Piero, tatoueurs et co-fondateurs du Mondial du Tatouage © Julien Lachausse et Krousky Peutebatre

Konbini | Vous revenez cette année avec une nouvelle édition du Mondial du Tatouage, qui est passée du 104 à la Grande Halle de la Villette. On peut parler de succès ?
Tin-tin | Effectivement. L’année dernière, 15 000 personnes se sont déplacées au 104, et cette année on pense facilement atteindre les 20 000 avec le bouche à oreille et le succès de la précédente édition. Avec la Grande Halle de la Villette, on a multiplié la surface de l'événement par 4. Mais ce n’est pas parce qu’on a 4 fois plus de place qu’on a 4 fois plus de tatoueurs.

| Parlez-moi des tatoueurs que vous avez choisis.
T | Un bon tiers des artistes qui étaient présents l’année dernière seront renouvelés, ce qui est assez logique car on avait tout de même la crème de la crème ! Mais il y a aussi de nouveaux noms qui émergent, d’Europe de l’Est notamment, comme Bartek Koz (Pologne), Ed Perdomo (Suède), Phatt German (Royaume-Uni)… Beaucoup de superbes tatoueurs que personne ne connaît vraiment ici, mais qui ont un niveau incroyable.

| Les hommes semblent toujours majoritaires par rapport aux femmes dans le milieu du tatouage. Combien avez de femmes-tatoueuses présentes pour ce Mondial 2014 ?
T | On a un bon 20% de tatoueuses, mais ce chiffre est valable partout, pas seulement pour notre événement. C’est comme ça, il y a moins de tatoueuses que de tatoueurs, mais elles se multiplient de plus en plus.
En revanche, dans les personnes qui se tatouent, je dirais qu’il y a autant de filles que de garçons.

Mondial du Tatouage 2013 © Claude Bencimon

| Le chanteur Tété, qui présente d'ailleurs l'émission "Tattoo by Tété", sera le président du jury. Comment est née cette collaboration ?
T | On a rencontré Tété au Mondial l’année dernière, il faisait la queue dehors comme tout le monde. Son émission qu’il a lancée sur le Net connaît un vif succès, il y présente le tatouage d’une façon presque candide et fait découvrir la pratique avec une nouvelle vision. Il ne rentre pas dans tous ces codes qui existent déjà, avec toutes les sempiternelles images des pin-up burlesques à la con que tout le monde utilise incessamment. Du coup, tout naturellement, à force de repas, de verres de vin et de soirées à parler musique et tatouages, on lui a proposé d’être le président du jury cette année. Et il a accepté avec joie. C’est un très bel ambassadeur.

"Le prix d’un concert à la Boule Noire"

| Revenons un peu en arrière. Tin-Tin, vous avez organisé les deux premières éditions du Mondial du Tatouage, en 1999 et en 2000. Et après ça, plus rien pendant treize ans. Pourquoi ?
T | Disons que ce n’est pas vraiment mon métier d’organiser des événements, et sans Piero je n’aurais jamais été capable de reprendre les rênes. C’est lui qui m’a convaincu de le refaire.

Piero | On ne va pas se jeter des fleurs l’un à l’autre, mais Tin-tin, si t’as pas le plateau de tatoueurs qui va avec c’est pareil, tu peux rien faire ! Tin-tin sait réunir tous ces grands tatoueurs que l'on a pour cet événement. Mon rôle à moi consiste à créer les équipes qui façonnent la convention. J’organisais pas mal de concerts avant donc j’avais déjà des connections.

On monte un gros show, et si on devait faire appel à des boîtes pour faire tout ce qu’on fait là, ça nous coûterait tellement cher qu’on devrait monter les places à 100€ ! Là, on créé une énorme convention pour le prix d’un concert à la Boule Noire.

L'affiche du Mondial du Tatouage 2014 © Turf One

| On vous dit tout de même que c’est trop cher…
T | En France, le prix d’une convention est de 15€ l’entrée. Soit la moitié du Mondial. Sauf que ces conventions sont organisées dans un gymnase avec zéro frais, pas comme nous. On espère qu’on va gagner un petit peu d’argent, même si ce n’est pas notre but premier.

| C’est quoi votre but premier ?
P | Bon, je vais fumer une clope moi hein… (rires)
T | Faire un chouette truc, déjà. Et surtout promouvoir notre art, notre métier. On est content de faire plaisir aux tatoueurs aussi, parce que c’est un événement incontournable dans leur carrière. Comme dit Piero, on réussit à faire quelque chose d’élitiste et de populaire à la fois. Élitiste dans le sens où les artistes présents sont très talentueux, et ce n’est pas tout le monde qui a un stand lors de cet événement ; et puis beaucoup de connexions s'y font, entre professionnels. Le monde du tatouage est en total ébullition.

"La symbolique de l’éternel"

| À ce sujet, j'observe que de plus en plus de personnes se font tatouer en fonction des artistes-tatoueurs, et non plus tellement en fonction de la symbolique même que peut représenter un tatouage...
T | Mais qui a décrété qu’il devait y avoir une symbolique dans un tatouage ?

| C’était tout de même ça, pendant un temps ! Le tatoué cherchait beaucoup à se faire inscrire sur la peau une idée qui signifiait quelque chose à ses yeux.
T | Je crois surtout qu’il y a une symbolique inhérente au tatouage. Le fait de se faire tatouer un coup par tel artiste, un coup par tel autre, constitue déjà la valeur de quelqu’un qui cherche à collectionner l’art sur sa peau. C’est une symbolique évolutive en fonction des personnes : il y en a qui se tatouent par haine, d’autres par amour, mais beaucoup le font uniquement dans cette optique de parure, comme on se maquille ou comme on s’habille. Le fait de se faire tatouer est à lui seul déjà très fort, puisqu’il est indélébile. C’est la symbolique de l’éternel.

Mondial du Tatouage 2013 © Claude Bencimon

Un CAP tatouage

| Que pensez-vous du combat de certains pour que le tatouage soit reconnu comme un art à part entière ?
T | On se bat tous corps et âmes afin que notre profession soit reconnue comme un art à part entière, et j’en suis très content ! Après il y en a qui sont intéressés par la popularité qu’a le tatouage ces derniers temps, et qui le récupèrent pour se faire du fric.

K | C’est-à-dire ?
T | C’est-à-dire que certains veulent que les tatoueurs passent un CAP, comme si on pouvait passer un CAP d’acteur ou de musicien. C’est ridicule ! Avec ça, tous les mômes qui sortiront de 3ème et qui se retrouveront dans une impasse professionnelle vont vouloir devenir tatoueur ! Résultat : chaque année, on aura des milliers de jeunes qui sortiront de ce CAP tatouage, mais cela apportera juste de l'argent à ceux qui ont fait l'école. Les jeunes, eux, ne trouveront pas de travail pour autant.

| Comment on fait pour devenir tatoueur alors ?
T | Tu deviens tatoueur par la sélection naturelle et en devenant apprenti, à l'ancienne, chez un tatoueur. Le statut d'apprenti reste encore aujourd'hui à travailler, parce que les apprentis sont souvent déclarés comme des femmes de ménage à mi-temps, qui restent là comme des copains à qui on apprend sur le tas. Mais c'est comme ça que ça doit se faire. Par le sélection naturelle de l'offre et de la demande et le talent.

Aujourd'hui j'en vois plein qui disent "C'est impossible de devenir tatoueur", mais c'est faux, le nombre de tatoueurs a été multiplié par 100 en quelques décennies ! Quand j'ai commencé, il y avait 40 tatoueurs en France, il y en a plus de 4000 en ce moment. C'est tellement plus facile aujourd'hui. À l'époque il fallait être un lascar, savoir jouer des coudes pour s'imposer auprès de ceux déjà établis. Aujourd'hui on n'a plus vraiment besoin de faire ça, et c'est tant mieux.

Mondial du Tatouage 2014
Du 7 au 9 mars 2014 à la Grande Halle de La Villette (Paris)
Vendredi et samedi de midi à minuit
Dimanche de 11 heures à 19 heures
Plus d'informations sur le site officiel

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