Les enfants de Roumanie se déclarent plus heureux que ceux de Norvège

Après les études sur le bonheur menées sur des adultes, voici la première à poser des questions aux enfants. Surprise : les conditions de vie matérielles n'influent en rien sur les résultats. C'est parfois même l'inverse...

Deux petites filles roumaines (Crédits image : Jake Stimpson)

Deux petites filles roumaines (Crédits image : Jake Stimpson)

C'est bien connu, les enfants sont merveilleux. Mais vous n'imaginez pas encore à quel point. Une enquête menée entre 2013 et 2014 auprès de 53 000 enfants de 10 à 12 ans habitant 15 pays différents révèle que d'un point de vue global, les bouts d'chou sont heureux – et c'est eux qui le disent. "Les enfants ont tendance à être plus optimistes dans la vie", explique Elisabeth Backe-Hansen, qui a dirigé cette enquête, à Quartz. Le magazine note que si ce n'est pas surprenant, c'est en tout cas rassurant.

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Cette étude s'est notamment intéressée à la liberté d'accès matériel dont disposent les bambins, et s'est basée sur neuf objets qui peuvent nous paraître, à nous Européens, assez quotidiens : des vêtements décents, un ordinateur, un accès à Internet, un téléphone portable, leur propre chambre, des livres, une voiture familiale, un lecteur de musique et une télévision.

Comme on peut s'y attendre, parmi les 15 pays, les différences de niveaux de vie sont gigantesques. Les enfants qui ont répondu au sondage sont des citoyens d'États très divers : la Roumanie, la Colombie, Israël, l'Algérie, la Turquie, la Norvège, l'Espagne, l'Estonie, l'Allemagne, l'Éthiopie, l'Afrique du Sud, le Népal, la Pologne, l'Angleterre et la Corée du Sud. Les enfants se déclarant les plus heureux vivent en Roumanie, première place du podium. Puis viennent les Colombiens et les Israéliens. Le reste du classement est visible dans le graphique ci-après.

Alors qu'ils n'ont pas pu conduire leur étude dans le monde entier, les auteurs de l'étude expliquent avoir choisi ces quinze pays pour de nombreuses raisons. D'abord leurs écarts dans le calcul de l'Indice de Développement Humain (IDH), mais aussi leurs différences religieuses et culturelles : par exemple, la Norvège est l'archétype d'une social-démocratie, tandis que la Turquie et Israël sont deux pays de la rive orientale de la Méditerranée.

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Mais revenons à nos neuf objets. Si l'étude affirme que les mouflets norvégiens ont à peu près accès à chacun d'entre eux, du téléphone portable aux livres en passant par la télévision et le monospace familial, les petits Éthiopiens n'ont accès qu'à moins de trois des biens de cette liste préliminaire en moyenne. Pour autant, le sondage révèle qu'il n'y a pas de corrélation entre l'accès aux biens matériels et le bonheur des gamins.

On le voit dans le graphique ci-dessous.

En rose, la satisfaction globale des enfants ; en bleu, le nombre d'objets qui leur manquent en moyenne, parmi les neuf listés par l'étude. Ce graphique montre bien que le confort matériel ne fait pas le bonheur – pas celui des enfants en tout cas (Crédits image : Quartz)

(Crédits image : Quartz)

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En rose, la satisfaction globale des enfants ; en bleu, le nombre d'objets qui leur manquent en moyenne, parmi les neuf listés par l'étude. Ce graphique montre bien que le confort matériel ne fait pas le bonheur – pas celui des enfants en tout cas. Lorsqu'on compare ces données avec celles récoltées auprès des adultes de ces pays, on se rend compte que les enfants, décidément, ne voient pas la vie comme leurs parents.

L'étude est encore loin d'avoir fourni tous ses secrets : Jonathan Bradshaw de l'université d'York, l'un des responsables de ce sondage, est bien en peine de trouver un sens derrière tout cela :

Pourquoi les Roumains qui ont entre 10 et 12 ans vont si bien en comparaison des enfants des autres pays est encore un peu mystérieux [...] D'autres études sur des jeunes de 13 à 15 ans en Roumanie ne montrent pas de résultats aussi positifs. Alors peut-être que plus les Roumains grandissent et moins ils sont heureux.

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Les enfants des pays riches préoccupés par leur apparence

En ce qui concerne la Corée du Sud, c'est l'inverse : bon dernier du classement des pays où les enfants sont les plus heureux – alors même qu'il s'agit d'un des pays les plus riches du sondage – les petits Coréens semblent retrouver la joie... en grandissant. Autre effet pervers des pays développés : l'étude démontre que les enfants des États les plus riches étaient ceux qui développaient le plus de problèmes avec leur apparence, leur corps et leur confiance en eux. Oui, avant même l'adolescence. Ce qui en dit probablement long sur la culture du paraître, omniprésente dans les représentations culturelles des pays riches.

Par ailleurs, on note que les enfants des pays européens et de Corée du Sud montraient bien moins de satisfaction que leurs homologues Éthiopiens, Colombiens, ou Népalais envers l'école et l'éducation. Slate rappelle que selon une étude plus ancienne, le niveau de vie avait déjà été écarté des raisons du bonheur ressenti par les êtres humains : c'est au Sierra Leone, au Togo et au Laos, trois États relativement pauvres, que les citoyens se déclaraient les plus heureux.

Cette étude a encore bien des analyses à livrer, et on espère que la Fondation Jacobs, qui la finance, aura les moyens d'étendre son sondage au reste des pays de la planète. On parie que les enfants de France donneront une belle leçon d'optimisme à leurs grognons aînés.

Par Théo Chapuis, publié le 18/05/2015

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