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À l'ENA, les femmes sont toujours aussi peu représentées

Publié le

par Théo Mercadier

Après une trop courte embellie, l'École nationale d'administration, nid de la future élite française, redevient de plus en plus inégalitaire.

La parité hommes/femmes dans la fonction publique française, ce n'est pas pour tout de suite. Elles sont de moins en moins nombreuses à réussir les concours d'entrée de l'ENA chaque année, rapporte le journal Le Monde dans une enquête appuyée par des chiffres fournis par l'École nationale d'administration. En 2016, les femmes ne représentent qu'un tiers des effectifs de la nouvelle promotion, majoritairement composée d'hommes.

Pourtant, les signes positifs en faveur d'une plus grande parité s'étaient multipliés au cours de ces dernières années. En 2012, la nomination de Nathalie Loiseau à la direction avait semblé marquer la volonté de l'établissement de faire des progrès dans ce sens. La nouvelle directrice affiche sa volonté de mettre fin à la "discrimination positive en faveur des hommes". Un signal fort, appuyé à l'époque par la publication d'un rapport montrant que, si les femmes réussissaient mieux les épreuves écrites, elles étaient plus rudement sanctionnées que les hommes lors des oraux. Résultat de la nouvelle politique de la direction : en 2013, un nouveau record de parité est établi avec 45 % de femmes au sein de la nouvelle promotion, soit une parité presque parfaite. Mais cette dynamique positive ne s'est malheureusement pas inscrite dans la durée, comme on peut le constater aujourd'hui.

Un combat beaucoup plus large, celui du sexisme en politique

Parmi les éléments possiblement responsables de cette situation inégalitaire, un chiffre parle plus que les autres : les femmes sont de moins en moins nombreuses à se présenter au concours d'entrée. "Elles pensent peut-être qu’il leur est plus difficile qu’aux hommes de faire carrière dans la fonction publique – difficulté que j’ai constatée durant mes travaux. Et que le secteur privé leur sera plus favorable", confie au Monde Luc Rouban, chercheur au CNRSCe qui en dit long sur la place réservée à la femme dans les instances dirigeantes de notre pays, l'ENA n'étant donc plus directement responsable des inégalités dans ses classes. 

Car la lutte contre le sexisme en politique est un combat beaucoup plus large, et loin d'être gagné d'avance. Du "mais qui va garder les enfants ?" attribué à Laurent Fabius à l'encontre de Ségolène Royal, aux caquètements de poule à l'Assemblée en passant par les agressions sexuelles de Denis Baupin ou le "claquement de culotte" de Michel Sapin, on ne compte plus les épisodes machos qui parsèment la vie politique française. Pas étonnant que les femmes rechignent de plus en plus à s'y aventurer. 

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