featuredImage

En images : dans le temple du skate à Los Angeles

Pour la sortie de 90's de Jonah Hill, on en a profité pour passer une journée à Venice Beach.

Venice Beach

Venice Beach, quartier Ouest de Los Angeles, aka la "Venise de l'Amérique" (Crédit Image : Louis Lepron)

À l'occasion de la sortie de 90's, focus sur le temple médiatique du skate en Californie, Venice Beach. Si le film de Jonah Hill prend place à Los Angeles, c'est avant tout parce que la Cité des anges est aux origines d'une culture qui aura fait naître les Z-Boys. Pour ce faire, on a passé une journée sur place.

Ce jour là, il y a une certaine anxiété qui flotte dans l'air lorsqu'on atteint les premiers bâtiments de Venice Beach, quartier situé en bord d'océan à l’ouest de la monstrueuse Los Angeles. Sans doute la peur d'être déçu d'un lieu symbolique connu pour avoir participé à la construction d’une culture faite de planches de résine ou de bois, et incarner une Californie rêvée, fantasmée, idéalisée.

Si l'impression d'étouffement – à cause de la chaleur – et de flux tendu – dû au nombre de touristes agglutinés devant les petits commerces leur vendant des souvenirs fabriqués en Chine – marque mon arrivée, je capte vite un sentiment d'insouciance.

Avant d'atteindre le sable, je m'arrête à un parking surplombé par un mur présentant une immense peinture en noir et blanc composée de voitures des années 50. En titre, on peut lire "A Touch of Venice". En sous-titre, comme une précision qui sent bon la nostalgie : "Like a dream I remember from an easier time".

Venice Beach

(Crédit Image : Louis Lepron)

À moins d'une centaine de mètres, des routes de béton égratignées à force de passages de trucks font face à l'océan Pacifique. Le lieu a une histoire. À l'été 1975, les alentours du quartier pourri de la "Venise d’Amérique" sont le berceau du skate moderne, la plaque tournante d’une nouvelle manière de rider.

En pleine sécheresse californienne, une culture émerge : elle s'aide de piscines vides et de nouvelles roues en uréthane apparues au début de la décennie, permettant d’augmenter la vitesse et d'avoir un meilleur contrôle de la planche. Elle naît de la conjoncture hasardeuse d'un temps particulier, de surfeurs voulant échapper à leur destin et d'un magasin innovant, le Zephyr Shop, tenu par un certain Skip Engblom.

Avec le poolriding et la fabrique de ses images désormais iconiques – on pense notamment aux photographies de Hugh Holland –, cette période va créer ses stars, les Z-Boys : Stacy Peralta, Jay Adams (disparu en août 2014), ou encore Tony Alva et Jim Muir. Les Seigneurs de Dogtown, c’était eux.

40 ans après, les références culturelles liées à Venice Beach ont évolué. Elles ont pour nom GTA, American History X ou Tony Hawk Pro Skater 2, les hallucinantes performances de Rodney Mullen et ont rendu incontournable le lien entre rêve américain et skate. 40 ans après, Venice Beach a enfin eu droit à son temple, un skatepark ouvert en 2009 pour la modique somme de deux millions de dollars.

F1000003

(Crédit Image : Louis Lepron)

Encerclés constamment par une vingtaine de touristes et autant de palmiers bienveillants, des skaters squattent ses courbes. Écouteurs plongés dans le T-shirt, jean tombant et cartographie des reliefs dans la tête, Justin Burbage, Hadden McKenna, Chris Russell répondent présents lorsque j'arrive sur place.

Les héritiers de Dogtown

La première session dont je suis témoin se fait sous un soleil brûlant. Il est 14 heures et quelques badauds regardent des irréductibles affronter, planches sous les pieds, une chaleur persécutante. Ça n'empêche pas les skaters de glisser sur le béton. Et le bruit des roues de donner la rythmique des tricks, entre sons sourds et envolées silencieuses.

Si le skate avait son tube en Californie, il serait une compilation incessante de couplets bruyants, de refrains angéliques et de ponts cernés d'acclamations gutturales, pour mieux affirmer soit le succès de la manoeuvre soit l'échec d'une tentative mal négociée.

F1030025

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1030024

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1030023

(Crédit Image : Louis Lepron)

2

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1030018

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1030019

(Crédit Image : Louis Lepron)

Coucher de soleil et skate

Quelques heures après, je repasse. Les lumières commencent à tomber et il y a foule autour du bowl. La majorité des planchistes, en contre-jour, profitent de la beauté du coucher du soleil pour mieux contempler trois skaters qui chauffent encore leurs roues.

F1010023

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1010003

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1010013

(Crédit Image : Louis Lepron)

ok

(Crédit Image : Louis Lepron)

Ils enchaînent rapidement les figures. Paradoxalement, les skaters paraissent lents. Comme si la beauté du coin, marquant la rétine d’une situation trop belle pour être vraie, ordonnait à notre cerveau de ralentir la course aux images, de consolider les kilos de mémoire qu’on est en train de grappiller au temps.

Avec mon appareil photo presque aussi vieux que les Z-Boys, je tente de capturer ces instant. Les corps bondissent, sautillent et s’amusent sur un terrain de jeu désormais doré. Et c’est Haden McKenna qui fait le show.

(Crédit Image : Louis Lepron)

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1010012

(Crédit Image : Louis Lepron)

F1010021

(Crédit Image : Louis Lepron)

La fin de la journée est proche. Un dernier skater s’élance. Il prend de la vitesse, s’aidant de ses mollets et utilisant une pente comme rampe de lancement. Son objectif : "attraper" la rambarde sur laquelle une armée de touristes collent leurs coudes. À l’endroit visé, personne. Il s'envole, tourne sa planche à 45 degrés et la pose. Un bruit métallique retentit.

Les spectateurs lâchent en chœur une exclamation. Il a réussi. Mais pas totalement. Il doit s’en sortir, revenir sur le béton avec la planche sous les pieds. Premier problème, elle reste collée à la barre circulaire. Le mec prend une décision intuitive : se projeter en arrière. Deuxième problème, sa jambe droite a du mal, en l'air, à calculer les angles et l'équilibre. Elle vient se fracasser sur le sol, appuyant lourdement la cheville.

Un cri de douleur s’échappe. Les autres skaters, s’arrêtent, tournant leur regard vers la scène, prenant conscience de la gravité de la situation. Les pompiers arrivent. La journée est terminée.

Par Louis Lepron, publié le 24/04/2019