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Face à la crise, les "frigos solidaires" fleurissent dans les rues argentines

Publié le

par Jeanne Pouget

Dans un contexte de forte inflation et de vagues de licenciements, les Argentins mettent des frigos dans la rue afin d'éviter aux victimes de la crise de fouiller dans les poubelles ou de faire la manche pour se nourrir. 

L'un des premiers "frigos sociaux", dans la région de Tucuman. (Capture écran Diaro Registrado)

Si le principe du frigo solidaire ou antigaspillage avait déjà fait son apparition en Allemagne, en Espagne et même en Inde, il se développe en Argentine où un tiers de la population, soit 13,8 millions de personnes, serait confronté à la pauvreté selon un récent rapport de l’Université catholique argentine (UCA) cité par Libération. Le pays compterait désormais une cinquantaine de réfrigérateurs dans les rues de ses villes, de Córdoba à Salta en passant par Buenos Aires, remplis grâce à l'aide d'ONG et de restaurateurs qui offrent gracieusement leurs invendus.

"Il n'y a pas que les SDF qui fouillent les poubelles"

Luis Pondal, restaurateur de la région de Tucuman, dans le Nord de l'Argentine est l'un des pionniers de cette initiative. Il explique son indignation à voir autant de gens dans le besoin au sein d'un pays où il existe paradoxalement une réelle abondance. Selon lui, la pauvreté touche tout le monde aujourd’hui en Argentine, et les difficultés pour se nourrir sont devenues un véritable fléau social :

"Il n'y a pas que les SDF qui fouillent les poubelles à la recherche d'un bout de pain ou de légumes mais aussi des gens biens habillés qui ont l'air d'avoir un travail. Manger est devenu trop cher en Argentine", explique-t-il à l'AFP.

Pour Gabriel Schneider, l'un des responsables de l'ONG Red Solidaria (réseau solidaire) cité par le Huffington Post, le concept du réfrigérateur solidaire est aussi lié au tabou de la pauvreté grandissante et qui frappe à toutes les portes.

 "L'idée est que l'on ne voit pas que ces gens font la manche. Ils arrivent et se servent sans que personne ne leur donne [la nourriture]. C'est un concept plus solidaire et plus digne."

Cette initiative de solidarité laisse donc un goût amer. Celui d'un système D né de l'entraide des citoyens d'un pays dont le système social laisse derrière lui des millions de personnes dans une grande situation de précarité.

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