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Élise Lucet et France 2 poursuivis en justice pour avoir qualifié l’Azerbaïdjan de "dictature"

Publié le

par Astrid Van Laer

Mardi 5 septembre, France 2 et la journaliste Élise Lucet ont été convoqués au tribunal de Nanterre après une plainte de la république d’Azerbaïdjan. Le pays reproche l’usage du mot "dictature" pour le désigner dans un reportage diffusé en 2015, dans l’émission Cash Investigation – un terme qu’il estime diffamatoire.

Mardi 5 septembre s’est ouvert au tribunal de Nanterre un procès un peu particulier : l’Azerbaïdjan attaque en diffamation France 2 à propos de Mon président est en voyage d’affaires, un reportage diffusé par la chaîne du service public en septembre 2015. L’enquête concernait les droits de l’homme dans ce pays – qui, on le rappelle, a été placé en 162e position du classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse en 2017.

Élise Lucet, journaliste et présentatrice de l’émission, est également poursuivie pour avoir affirmé que l’Azerbaïdjan était "l’une des [dictatures les] plus féroces du monde", aux côtés de son confrère Laurent Richard, qui avait pour sa part comparé Ilham Aliev, le chef de l’État azéri, à un "despote". Comme le rapporte Le Monde, l’avocat de l’accusation, maître Olivier Pardo, dénonce une présentation du pays "partiale", "sans nuance" et un programme télévisé "à la recherche du sensationnel".

Soutien de la profession

En sa qualité de personne morale, l’Azerbaïdjan réclame donc un euro symbolique de dommages et intérêts. Cependant, le caractère inédit de cette situation, dans laquelle un pays étranger attaque des journalistes français, donne à l’affaire toute son importance. À quelques heures de l’ouverture du procès, Élise Lucet était l’invitée de l’émission de France Inter L’instant M. Elle s’y est montrée très détendue et confiante, déclarant : "J’ai totalement confiance en la justice de mon pays, on n’est pas en Azerbaïdjan ici", ajoutant au passage avoir reçu de très nombreux soutiens, parmi lesquels le Prix Albert Londres.

Elle y a requalifié l’Azerbaïdjan de "dictature", expliquant qu’il s’agissait d’une expression pensée, justifiée et assumée par la rédaction de l’émission puisqu’elle considère qu’en une heure et demie d’enquête, il est prouvé que l’Azerbaïdjan remplit les quatre critères nécessaires selon elle pour être ainsi qualifié : "Quand il y a un clan au pouvoir, quand il n’y a pas d’opposition politique libre, quand il n’y a pas de presse libre et quand les scrutins sont entachés d’irrégularités", poursuivant :

"Imaginez que la Corée du Nord se mette à attaquer tous les journalistes qui disent que la Corée du Nord est une dictature : il y a du boulot là, le tribunal de Nanterre va avoir énormément de travail."

À lire -> En pleine enquête, des journalistes de France 2 suivis par les services secrets chinois

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