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El Khomri, Cambadélis, Valls : ces ténors socialistes qui galèrent dans leur circonscription

Publié le

par Théo Mercadier

Alors que le PS s’apprête à perdre la plupart de ses sièges à l’Assemblée nationale, certains de ses grands noms se font malmener dans leur propre fief.

Ténor : "Personne qui tient un rôle de premier plan, qui est l’animateur d’un parti, d’un mouvement." Niveau animation de parti, on a vu mieux. Beaucoup de grands noms emblématiques du Parti socialiste (PS) sont malmenés dans leur circonscription, plombés par le bilan du quinquennat Hollande, l’échec cuisant à la présidentielle de Benoît Hamon et la montée de la nouvelle offre politique que représentent la France insoumise (FI) et la République en marche (LRM).

Manuel Valls, qui a été Premier ministre ; Myriam El Khomri, qui a porté la loi sur le travail emblématique du dernier mandat présidentiel ; Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS. Ils représentent à eux trois la difficulté du PS à s’imposer dans ces législatives qui s’annoncent d’ores et déjà comme une raclée monumentale : d’après un récent sondage Ipsos pour Le Monde, le parti ne décrocherait pas plus de 35 sièges à l’Assemblée nationale – alors qu’en 2012 le PS comptait 280 députés.

Jean-Christophe Cambadélis

Autant commencer par le chef du parti. Depuis 1997, il a constamment été réélu à la tête de sa circonscription (il y avait déjà été député de 1988 à 1993) : la "16e circo' de Paris", c’est son fief. Et pourtant, il se retrouve aujourd’hui dans une position plus qu’inconfortable, et le mot est faible, pris en étau par deux jeunes trentenaires de la FI et de LRM. Les mouvements face au parti d’antan, la jeune relève face au vieux ténor : la partie n’est pas simple pour l’élu de 65 ans, cible de toutes les attaques.

La concurrence a faim, et ne se gêne pas pour organiser d’ores et déjà une finale LRM/FI, court-circuitant d’emblée Cambadélis. Mounir Mahjoubi (LRM, secrétaire d’État au numérique), et Sarah Legrain (FI) disent vouloir appliquer la stratégie du "casse-noix" : théorisée par Jean-Luc Mélenchon, elle vise à écraser le PS entre la France insoumise sur sa gauche et la République en marche sur sa droite, ne lui laissant que des miettes. De plus, le candidat socialiste n’a pas les chiffres pour lui : au premier tour de la présidentielle, dans ladite circonscription,Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête avec 30,5 % des suffrages exprimés, suivi de près par un Emmanuel Macron à 29,9 %. En quatrième position derrière François Fillon, Benoît Hamon n’avait totalisé que 13,2 % des voix, un score qui reste tout de même nettement au-dessus de sa moyenne nationale (6 %).

Alors forcément, quand on lui demande comment se passe sa campagne, "Camba" s’énerve. Il a d’ailleurs laissé exploser sa frustration sur le micro d’une pauvre journaliste de LCP qui n’avait rien demandé. On vous laisse déguster :

Manuel Valls

Il se présente sans étiquette et ne roule pas vraiment pour le PS, mais comme les socialistes ont décidé de la jouer cool en n’investissant pas de candidat face à lui et que la procédure d’exclusion qui le vise est au point mort, c’est tout comme. Grand seigneur, Emmanuel Macron a lui aussi fait le choix de ne pas présenter de candidat LRM dans la 1ère circonscription de l’Essonne, lui offrant ainsi un bol d’air bienvenu. Sur le papier, Manuel Valls aurait donc dû s’offrir une victoire confortable. Mais son principal adversaire, c’est probablement lui-même. Car pour beaucoup d’administrés, le "tout sauf Valls" est devenu un slogan de campagne à lui tout seul. L’ancien Premier ministre est d’ailleurs talonné par la candidate FI, Farida Amrani. D’après un récent sondage, ils finiraient au coude à coude au second tour : l’incertitude est totale.

La seule perspective de salut pour celui qui, sans rien demander à personne, a décidé d’inscrire "Majorité présidentielle" sur son affiche de campagne, réside dans la foule de petits concurrents qui lui font face – ce qui, mécaniquement, éclate le vote de l’opposition en mille morceaux. Tenez-vous bien : ils sont 22, dont des têtes qu’on n’aurait pas forcément imaginé croiser dans ces législatives. Dieudonné a ainsi choisi d’être le suppléant de Nolan Lapie. L’humoriste condamné plusieurs fois pour antisémitisme et celui qui avait collé une baffe à ce cher Manuel pendant la campagne des primaires du PS sont quand même crédités de 3 % des intentions de vote. Petit rayon de soleil dans cette circonscription de l’enfer : Francis Lalanne, chanteur de son état et suppléant de Jacques Borie, candidat du mouvement "100 %".

Myriam El Khomri

Encore une qui fait apparaître la mention "majorité présidentielle" sur son affiche de campagne, tout en conservant le logo du PS, dont elle a reçu l’investiture. "Il y a un objectif tactique qui est que de coutume, l’étiquette majorité présidentielle a un effet d’entraînement, explique à Sud Ouest le politologue Olivier Rouquan. Il y a une logique qui s’impose à certains électeurs." De là à parler d’opportunisme, il n’y a qu’un pas. Toujours est-il que, comme pour Manuel Valls, la République en marche a décidé de ne pas présenter de candidat face à l’ancienne ministre du Travail. Qu’à cela ne tienne, un autre candidat a décidé de se présenter au nom de la "majorité présidentielle" dans cette circonscription. Il s’agit de Pierre-Yves Bournazel, investi par les Républicains. Le PS et LR, unanimes dans leur soutien à Emmanuel Macron : l’image peut faire sourire.

Sur sa gauche, Myriam El Khomri croise une adversaire bien connue. Avec sa pétition monstre (1,3 million de signatures) #LoiTravailNonMerci, Caroline De Haas fut l’une des figures de proue de la contestation de la réforme emblématique du passage de Myriam El Khomri au ministère du Travail et cible de la vindicte populaire pendant de longs mois de manifestations. Candidate dans la 18e circonscription de Paris, elle compte bien s’appuyer sur le fort rejet de cette loi pour imposer ses idées de gauche radicale et faire battre l’ancienne ministre. Un objectif partagé par le candidat FI, Paul Vannier, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’ayant pas hésité à investir un candidat dans la circonscription, au risque de torpiller la candidature de Caroline De Haas, qui partage pourtant le gros de ses idées. Ici encore, c’est probablement dans la fracturation de la concurrence que la ténor socialiste trouvera son salut.

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