Égypte : condamnée à un an de prison pour un clip qui "incite à la débauche"

Dimanche, une Égyptienne a été condamnée à un an de prison ferme pour avoir dansé de façon suggestive dans un clip balancé sur YouTube.

Une robe noire moulante, un décolleté plongeant sur une poitrine généreuse et un petit déhanché devant la caméra... et c'est tout. Ces quelques ingrédients ont suffi à la justice égyptienne pour condamner la danseuse Reda al-Fouly à un an de prison ferme dimanche 28 juin.

Le 25 mai dernier, elle était arrêtée par les autorités du pays gouverné par le maréchal al-Sissi pour un clip vidéo diffusé sur YouTube intitulé "Sib Idi" (qui se traduirait en "Laisse ma main") : elle était accusée "d'inciter à la débauche" et de "perturber la morale".

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Reda n'est pas seule à partager la condamnation : si elle a été condamnée par un tribunal correctionnel du Caire en raison de son apparition dans cette vidéo amateur, le caméraman de "Sib Idi" écope de la même peine – et les deux peuvent faire appel de la décision de la cour.

Reste le cas de Wael Elsedeki, l'homme qui chante et danse aux côtés de Reda dans la vidéo (et qui serait son compagnon selon l'Independent britannique) : apparemment en fuite en Tunisie, il a lui aussi été condamné à la même peine de prison par contumace. Des jugements qui paraissent bien sévères pour les faits incriminés : la jeune femme ne dévoile jamais davantage que ses jambes nues.

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Libération rappelle qu'en avril dernier, c'était une célèbre danseuse ventre, Safinaz, qui écopait d'une condamnation de six mois de prison pour s'être vêtue aux couleurs du drapeau national lors d'une performance. Selon Afrik.com, les autorités de l'Égypte ont adopté en mai 2014 une loi criminalisant la profanation du drapeau ou le refus de se lever pour l’hymne national.

La culture en danger ?

En phase de transition depuis 2011 et son printemps arabe qui mena à la destitution du dictateur Hosni Moubarak, les acteurs de la culture et de l'entertainment d'Égypte avancent frileusement à cause de décisions de justice sévères qui tombent comme des couperets. Fin mars 2015, Nova racontait l'histoire d'une chanson écrite par une chanteuse dissimulée sous le pseudonyme de "Luka Blue".

Son texte, plutôt inédit, faisait l'apologie du haschich dans un pays où il est autorisé comme un secret de polichinelle. Le titre "Hashrab Hashish" a été écouté près de trois millions de fois. Contactée à l'époque par Konbini, elle n'avait pas donné suite à nos questions et n'a jamais révélé son identité. Un petit aperçu de l'état de peur dans lequel sont maintenus les artistes qui souhaiteraient échapper à la morale dictée par l'État.

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"Ma grand-mère m’a dit : "les filles doivent porter des robes". Ma mère m’a dit : "les filles ne doivent pas jouer avec la boue". Ma tante, qui porte le voile, m’a dit : "chante ce que tu veux mais tu iras en enfer". Mais mon père ne m’a rien dit, alors je fais ce qui est autorisé : je fume du haschich...

Les gens ne pensent qu’au mariage et à la décoration, le service en porcelaine, l’or et le linge de maison. Et gare à toi si tu découches un soir ou si tu rentres tard. Et gare à toi si le portier te voit, tu ne pourras plus te marier." (Traduction : Nova)

Par Théo Chapuis, publié le 29/06/2015

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