En Égypte, une journaliste participe à l'arrestation de 33 homosexuels

Une journaliste égyptienne a orchestré l'arrestation d'une trentaine d'hommes homosexuels dans un hammam, "ce nid de perversion collectif".

Ce dimanche 7 décembre, 33 homosexuels ont été arrêtés dans un hammam public au Caire réservé aux hommes. Poursuivis pour "perversion" et "débauche", les accusés ont été brutalement amenés au commissariat par la police sans même qu'on leur laisse la possibilité de se rhabiller. À l'origine de cette arrestation : une journaliste et son émission de télévision dont le trailer annonce la couleur :

Pour la première fois dans l'histoire des médias égyptiens et arabes, nous avons aidé la police a démanteler le plus grand repaire d'homosexuels au coeur du Caire. 

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Mona Iraqi, la journaliste derrière l'arrestation

Ce "repaire d'homosexuels", c'est Mona Iraqi, présentatrice de la chaîne télévisée égyptienne Alqahira wal Nas, qui l'a découvert et en a fait le sujet de son émission "El Mostakhbi", (Ce que l'on nous cache). Alors que son reportage doit être diffusé le 1er décembre, Journée Mondiale contre le Sida, la journaliste repousse sa diffusion, rapporte Courrier International. Elle veut ajouter un peu de piment à son histoire en ajoutant les images de l'arrestation par la police de ces homosexuels.

Plusieurs témoins racontent alors que quelques minutes avant l'arrivée de la police, Mona Iraqi a essayé de rentrer dans le hammam avant de se faire expulser par le propriétaire, tandis qu'un de ses confrères masculins a pu s'infiltrer dans cette "orgie complète" selon ses dires. En attendant, la journaliste passe un coup de fil : la police débarque peu de temps après sous l'oeil avisé de Mona Iraqi, Iphone en main, et de son cameraman.

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Mona Iraqi en train de filmer l'arrestation des hommes dans le hammam Bab el-Bahr.

Mona Iraqi en train de filmer l'arrestation des hommes dans le hammam Bab el-Bahr.

Il aura alors fallu peu de temps pour qu'elle se vante sur les réseaux sociaux de son "scoop" en publiant des images de la rafle (par la suite retirées). "Lors de la prochaine émission, nous vous révélerons les détails à propos des nids de perversion collectifs au cœur de la capitale... ainsi que toute l'histoire de ces nids à sida" annonce-t-elle sur sa page Facebook fièrement. Avant d'ajouter :

Aujourd'hui est une belle journée. Notre émission a pu dissoudre un lieu de perversion entre hommes et les capturer en flagrant délit... Mon dieu, la réussite est belle et atteindre ses buts est encore mieux...

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La journaliste, clairement homophobe, n'en est pas à son premier coup d'essai, rappelle Courrier International. Par exemple, après avoir réalisé un reportage sur un baltagi (un voyou), celle-ci l'avait dénoncé à la police. Étrange conception du métier de journaliste. Mais le plus grave dans l'histoire semble bien être la vision qu'ont certaines personnes des homosexuels en Égypte. Car si une journaliste est capable d'associer "homosexualité", "perversion" et "Sida" à la télévision, elle n'est certainement pas la seule à faire ces amalgames...

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 L'Égypte, de plus en plus sévère avec les homosexuels

Selon Reuters, c'est la plus grande mesure répressive contre les homosexuels depuis 2001 et l'affaire du "Queen Boat". À l'époque, 52 hommes avaient été arrêtés pour "débauche invétérée", "comportement obscène" et "mépris de la religion" parce qu'ils se trouvaient à bord d'une boite de nuit gay flottante appelée Queen Boat. Exhibés comme des "pervers", les procès avaient duré plusieurs mois, jusqu'à ce qu'une vingtaine d'accusés reçoivent une peine de trois ans de prison.

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Si cette affaire a eu lieu il y a plus de dix ans, il semblerait que depuis que la mise en place du régime d'Al-Sissi, les autorités aient pris de nouveau pour cible la communauté gay d'Égypte. Il y a tout juste un mois, huit hommes ont été condamnés pour avoir participé à un faux mariage gay organisé sur un bateau à l’occasion d’un anniversaire. Diffusée sur les réseaux sociaux et visionnée plusieurs milliers de fois, la vidéo leur a valu une condamnation à trois ans de prison ferme pour "diffusion d’images indécentes".

Par Anaïs Chatellier, publié le 10/12/2014

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