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Égypte : des méthodes archaïques pour détecter l'homosexualité

Publié le

par Anaïs Chatellier

Une enquête réalisée par Buzzfeed nous dévoile les méthodes archaïques qu'utilisent les médecins égyptiens pour détecter l'homosexualité des suspects. 

L'Égypte est loin d'être un pays exemplaire en matière de respect des homosexuels. On vous parlait récemment de l'arrestation d'une trentaine d'homosexuels orchestrée par la journaliste Mona Iraqi. Considéré comme un "nid de perversion collectif", le hamman réservé aux hommes avait été encerclé par la police afin de mettre un terme à cette "orgie complète".

Un des jeunes hommes incarcérés lors de cette rafle s'est par la suite immolé par le feu le 15 février. S'il a survécu à cette tentative de suicide, les raisons qui l'ont poussé à un tel geste semblent assez évidentes entre pression familiale et stigmatisation sociale. Il faut dire que le régime d'Al-Sissi semble avoir pris pour cible la communauté gay d’Égypte. En effet, plus de 150 homosexuels auraient été arrêtés depuis le début de sa présidence selon une enquête réalisée par Buzzfeed et relayée par Libération qui nous révèle les atroces méthodes que les médecins utilisent afin d'identifier les homosexuels en prison.

Image de l'arrestation orchestrée par la journaliste Mona Iraqi.

Des méthodes de détection de l'homosexualité d'un autre siècle

Au Caire, le docteur Maged Louis fait partie de ces professionnels à qui on fait appel pour déterminer si oui ou non, la personne incarcérée est homosexuelle. Ainsi, pour déterminer l'orientation sexuelle d'un détenu, il s'agit ni plus ni moins d'examiner la taille de l'anus de la personne concernée alors en position de prière pour passer les examens.

"La taille du trou va changer. L'anus sera anormal et ressemblera à un vagin", explique très sérieusement ce directeur adjoint de l’autorité médico-légale liée au ministère de la Justice, avant d'ajouter : "Dans l'anus d'un homme normal on ne peut pas mettre plus d'une articulation du petit doigt". Et pour appuyer ses propos, celui-ci n'hésite pas à affirmer que ces diagnostics sont scientifiques.

Il s'appuierait ainsi sur les recherches d'un des pionniers dans l'examination anale en Égypte, le docteur Aymen Fouda, son prédécesseur au poste de directeur adjoint. Celui-ci expliquait en 2003 lors d'une interview que ces examens étaient inspirés de techniques venues d'Europe et plus précisément de la France. Il s'agit des écrits d'Auguste Ambroise Tardieu, médecin légiste français du 19ème siècle clairement homophobe, qui dans son ouvrage publié en 1857, Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, énonçait six caractéristiques de la "pédérastie habituelle".

Alors même que les méthodes de Tardieu faisaient déjà controverse à l'époque, les utiliser au XXIème siècle paraît absurde et aberrant. D'autant plus que Fouda semble avoir poursuivi les recherches du médecin français pour créer de "nouvelles méthodes avancées" impliquant l'utilisation d'électricité. En insérant des aiguilles hypodermiques dans les muscles "non anesthésiés" de l'anus, Fouda prétend démontrer que ceux des homosexuels conduisent l'électricité à un taux différent, rapporte Buzzfeed. Le résultat de l'enquête est donc pour le moins inquiétant.

Des prévenus laissent éclater leur soulagement après leur acquittement dans une affaire de "débauche", le 12 janvier 2015, dans un tribunal du Caire. (Crédits Image : Hassan Mohamed/AFP)

Les examens anaux, des "actes de torture"

Pourtant, de nombreuses associations de défense des droits de l'homme dénoncent depuis longtemps ces méthodes archaïques. "Les examens anaux réalisés de force à la demande d'un État ont été reconnus comme actes de torture par le Comité des Nations Unies contre la torture", rappelle Human Rights Watch. D'autant plus que ces tests sont loin d'être fiables et jouent davantage sur l'intimidation pour faire avouer à la personne sa sexualité.

"Les médecins légistes reconnaissent que la forme de l'anus ne constitue pas une preuve déterminante ni suffisante d'homosexualité" déclarait l'avocat engagé Nizar Saghieh, lors du scandale au Liban des "examens de la honte" exercés dans certaines casernes afin de vérifier la sexualité des personnes suspectées d'homosexualité. Et la liste des pays où ces examens anaux sont routine est longue. Selon Buzzfeed, pas mois de 80 pays criminalisent encore la sodomie.

En Égypte en tout cas, ces examens anaux ne semblent pas poser problème à grand monde puisque même certains avocats, qui soutiennent pourtant les droits LGBT, ne paraissent pas remettre en question leur légitimité. Il paraît même que dans certains cas, ce sont eux qui font la démarche auprès de la police pour qu'un examen soit réalisé sur leur client dans l'espoir que cela pourra l'innocenter...

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