Effacer la mémoire serait bientôt possible

Sorti il y a près de 10 ans, le film Eternal Sunshine Of The Spotless Mind proposait un monde dans lequel effacer certains de ses souvenirs était une réalité. Selon la revue scientifique britannique Nature Neuroscience, cela pourrait bientôt être le cas dans la vie réelle et non plus exclusif au pitch du film de Michel Gondry.

Selon des chercheurs Néerlandais de l'université de Nimègue , il serait possible de court-circuiter des souvenirs négatifs spécifiques chez certains patients atteints de dépression. Cités dans la revue scientifique Nature, leur découverte pourrait être un pas en avant considérable dans le traitement de certains stress post-traumatiques.

Électrochocs

Malgré leur réputation négative, ce sont des électrochocs ultra-ciblés qui permettraient de faire disparaître - ou du moins d'atténuer de manière très sensible - des souvenirs douloureux. Les électrochocs sont utilisés comme recours efficaces à la dépression sévère, en combinaison avec une anesthésie et des relaxants musculaires.

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La marche à suivre repose sur la consolidation de la mémoire. Cette théorie implique que chaque fois qu'on fait appel à un souvenir, celui-ci soit extrait de notre stockage mental pour être utilisé, puis réécrit à nouveau. Cela s'explique simplement par l'altération de la mémoire ou simplement son effacement progressif.

Joel dans Eternal Sunshine Of The Spotless Mind essaie d'oublier Clémentine en effaçant sa mémoire.

Un test auprès de 42 patients

Marijn Kroes et son équipe ont conduit leurs expériences sur 42 patients atteints de grave dépression. Ils ont présenté via un diaporama deux histoires violentes à leurs sujets. Un accident de voiture pour commencer puis une agression physique. L'équipe de chercheurs a ensuite demandé aux patients de se rappeler l'une des deux histoires en rejouant certaines scènes observées dans le diaporama. Immédiatement après, alors que la mémoire réactivée est supposée être vulnérable, les sujets atteints de dépression ont reçu la thérapie par électrochocs.

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Un jour plus tard, lors d'une épreuve de mémoire à choix multiples, les patients ont eu significativement plus de mal à se souvenir des détails de l'histoire qu'ils avaient choisie la veille, répondant souvent par hasard car ils ne s'en souvenaient pas... Néanmoins, la mémoire de l'histoire qu'ils n'avaient pas décidée de mimer la veille est restée intacte.

"Meilleur que l'art"

Largement commentée par d'enthousiastes scientifiques du monde entier, cette avancée scientifique serait "meilleure que l'art" selon Karim Nader, chercheur en neurosciences l'Université McGill de Montréal, Canada. De son côté, Daniela Schiller, docteur en neurosciences à l'hôpital du Mont Sinaï à New York a déclaré : "Cela donne de convaincantes et évidentes preuves que les souvenirs dans le cerveau humain subissent la reconsolidation, et qu'une fenêtre d'action existe afin de traiter de mauvais souvenirs". La reconsolidation de la mémoire fait partie de ses sujets d'étude.

Passé l'excitation générée par cette découverte, il s'agit de s'assurer de son efficacité à chaque fois. Et déjà, Marijn Kroes rappelle que la thérapie par électrochocs ne peut pas s'appliquer à tous les patients. Pourtant, selon lui, l'idée pourrait être étendue à des souvenirs qui sont la cause de syndromes de stress post-traumatiques, ou bien de la toxicomanie, ou encore des troubles obsessionnels compulsifs. Il reste optimiste quant à la découverte de son équipe : "La capacité à modifier de façon permanente ces types de mémoires pourrait conduire à de nouveaux et meilleurs traitements", témoigne-t-il pour Nature.

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Par Théo Chapuis, publié le 27/12/2013

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