Culture du viol : l’écrivaine Catherine Millet persiste et signe sur France Inter

À la suite de la tribune du collectif de 100 femmes publiée par Le Monde ce 9 janvier, qui revendiquent pour les hommes "une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle", l’écrivaine Catherine Millet fait le tour des médias et était invitée ce vendredi 12 janvier sur France Inter. Elle a de nouveau suscité l’indignation sur Internet à cause de ses propos participant de la culture du viol.

Signataire de la tribune publiée par Le Monde ce 9 janvier, Catherine Millet était invitée sur le plateau de Quotidien ce jeudi 11 janvier, et sur France Inter ce vendredi matin. La critique d’art, connue pour son récit autobiographique La Vie sexuelle de Catherine M. sorti en 2001, y a confirmé auprès du chroniqueur, Ali Baddou, son avis sur les "frotteurs du métro", et enjoint aux femmes qu'ils agressent sexuellement d’être de bonnes victimes. Ses propos ont de nouveau choqué beaucoup d’internautes.

Et pour cause : Catherine Millet a commencé par normaliser l’absence de consentement, et donc les agressions sexuelles. L’autrice a ainsi expliqué que la tribune était née de l'indignation des signataires causée par le projet de loi adopté en Suède, demandant qu'"avant tout rapport sexuel, il y ait un consentement explicite des deux parties". Elle s’est indignée, en mettant en garde contre une "société totalitaire" :

"Non, mais vous voyez, on va signer un contrat maintenant devant un notaire avant d’aller baiser ?"

Catherine Millet a considéré qu’il y a souvent "une zone de flou" dans les relations sexuelles, opposant une fille indécise et un pauvre "garçon qui hésite et qui se donne du courage en osant un mot un peu brutal ou un geste un peu osé".

Elle a d’ailleurs cité l’affaire Frédéric Haziza, un journaliste de LCP accusé d’agressions sexuelles qui a été suspendu le 21 novembre dernier, avant d’être finalement réintégré début janvier. "Il a eu un geste déplacé une fois, un mot grossier", l’a-t-elle excusé :

"Le cas de Frédéric Haziza est assez exemplaire. […] Il m’a envoyé un texto en disant : 'J’ai lu votre tribune les larmes aux yeux.'"

Banalisation du viol et culpabilisation des victimes

"Ces féministes qui veulent entretenir les autres dans le rôle de la proie fragile, elles ne leur rendent pas service", a-t-elle justifié. Elle a ajouté qu'elle n'avait jamais voulu punir les "frotteurs du métro", étant contre la loi en faisant un délit. Avant de regretter de ne plus en être victime :

"Ça m’est arrivé. Bon, maintenant, malheureusement je suis un peu trop âgée pour que ça m’arrive comme ça m’arrivait quand j’étais plus jeune. Mais quand ça m’arrivait, ou je me retournais et je disais au type très fort pour lui faire honte devant tout le monde : 'Arrêtez de me tripoter', ou bien je sortais, et puis j’oubliais. Dans la minute, j’oubliais."

Dans cette même logique d’absolution des agresseurs sexuels et de culpabilisation des victimes, Catherine Millet a assuré que c’était aux femmes de changer de comportement pour ne plus subir ces agressions :

"Il faut apprendre aux femmes à être fortes, à avoir le courage, devant un frotteur du métro, de se retourner et de lui dire : 'Mon vieux, arrête, tu me déranges.' Et puis, de sortir de ce petit épisode la conscience tranquille.

C’est pas elle qui a fauté, c’est ce type qui s’est mal conduit, et elle, elle oublie, et elle passe à autre chose. Il faut dire aux femmes : 'Si ça vous arrive, vous passez à autre chose et vous vous traumatisez pas après pour le reste de votre vie.'"

Ali Baddou est ensuite revenu sur les propos tenus par l’autrice sur France Culture mi-décembre, où elle avait déclaré : "C’est mon grand problème, je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol, on s’en sort." Catherine Millet a répliqué que ces propos s’appuyaient sur des témoignages que des femmes lui avaient livrés, et qu’elle n’avait pas changé d’avis.

Ses propos ont été largement dénoncés, notamment sur Twitter, accusés de perpétuer la culture du viol, définie par Libération comme "un environnement qui tend à banaliser, excuser, minimiser le viol et les violences sexuelles par des mots ou des sous-entendus, dans la vie de tous les jours, les médias, la culture, voire la politique".

La militante féministe Caroline de Haas est par exemple revenue sur le profil des femmes victimes de viol, loin du cliché de la victime jeune et sexy évoqué par Catherine Millet. La journaliste Asma Maad a quant à elle dénoncé l’injonction à être une sorte de "bonne victime", à porter la responsabilité de l’agression sexuelle qu’on nous inflige.

De nombreuses personnes ont également questionné le choix des rédactions de médiatiser ce genre de discours, mettant en garde contre les dangers de leur diffusion.

À lire -> En réponse à la tribune du Monde, Osez le féminisme ! invite à ne pas "diviser les femmes entre elles"

Par Mélissa Perraudeau, publié le 12/01/2018