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À Dubaï, le premier robot-flic entre en service

La police de Dubaï va s’équiper d’un collègue robotisé, dévoilé en mars dernier, qui entrera en fonction fin mai. Même si l’IA est encore trop juste…

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© PAL Robotics

Comme quoi, parfois, la SF échoue à sensibiliser aux risques éthiques et moraux que pose la course effrénée au progrès technologique : malgré les avertissements plus ou moins subtils adressés par RoboCop, Judge Dredd, Chappie, THX 1138, Clones ou I, Robot, la police de Dubaï s’apprête à mettre en service son premier robot policier. Présentée en mars dernier, la machine anthropomorphe (quelle idée…) est la première vague d’une révolution des services d’ordre, puisque selon Abdullah Bin Sultan, directeur du Future Shaping Center de la police de Dubaï, les robots représenteront "25 % des services de police" de la ville "en 2030". D’ici à la même date, la ville compte également transformer 50 % de ses bâtiments de police afin qu’ils soient autosuffisants.

Et à quoi ressemble le futur "bleu-bite" de la police dubaïote ? Le prototype dévoilé en mars est basé sur le modèle humanoïde REEM de la société espagnole PAL Robotics, qui embarque dans sa boîte crânienne l’intelligence artificielle d’IBM Watson. Lors de sa présentation au salon de l’innovation dubaïote GITEX, la bête n’avait guère fait mieux que de se balader dans les travées en proposant ses services aux gens, et c’est à peu près ce à quoi l’on peut s’attendre avec ce "robot flic". Équipé d’un écran tactile au niveau du torse et monté sur roulettes, le robot pourra permettre aux passants qui le croisent de signaler des délits et infractions ou de payer des amendes. Hors de question, pour le moment, de choper des flag', de courser des voleurs à la tire ou même d’éborgner des manifestants à coup de flash-ball - ces versions-là viendront plus tard, à n’en pas douter -, même si le robot est déjà capable de scanner votre visage à 30 mètres de distance. Enfin, la bête fera office d’agent à distance, les unités de police humaines pouvant accéder à tout moment à ses caméras et l’utiliser pour discuter avec les civils.

Au-delà de l’aspect gadget de la chose, qui oublie l’une des règles fondamentales de la robotique contemporaine (ne pas concevoir de robot à moitié anthropomorphe, ça fait complètement flipper les gens), l’initiative de la police de Dubaï a de quoi faire sérieusement lever le sourcil lorsque l’on connaît l’état actuel d’avancement de l’intelligence artificielle. Numerama nous rappelle au passage que si les Russes ont réussi à faire tirer un robot à balles réelles (de la pure provoc' gratuite comme le Kremlin sait si bien le faire), cela ne signifie en aucun cas que les machines sont assez sophistiquées pour comprendre et assumer les enjeux éthiques liés au maintien de l’ordre. Il faudra donc attendre encore quelques années, au pire, pour avoir le plaisir d’insulter des CRS robotisés avant qu’ils ne nous cassent la gueule avec froideur et méthode.

Par Thibault Prévost, publié le 23/05/2017