La "drunkorexie", ou l’idée dangereuse de sauter des repas afin de boire plus d’alcool, en limitant les calories

La "drunkorexie", ces troubles alimentaires qui reflètent des maux de notre société contemporaine.

© Pixabay.

Selon une étude du magazine britannique The Independent, nombreuses seraient les jeunes filles à sauter un repas pour réduire leur apport calorique alimentaire afin d’économiser ces mêmes calories pour l’alcool. Ce comportement est plus communément connu sous le nom de "drunkorexie", son nom vient de l’anglais "drunk" qui veut dire ivre. Cependant, comme ce phénomène n’est pas reconnu comme étant une maladie à part entière, la définition de la "drunkorexie" reste encore floue. Le terme et la pratique associée ne sont pourtant pas nouveaux. Ce phénomène était déjà présent, notamment sur les campus américains, il y a quelques années.

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Effectivement, la "drunkorexie" n’est pas reconnue cliniquement comme un trouble alimentaire à part entière, même si celui-ci s’apparente de très près aux troubles anorexiques. Notons que la "drunkorexie" touche majoritairement les jeunes femmes, bien que les hommes soient eux aussi concernés. Par manque de temps, manque d’argent ou encore à cause de la peur d’accumuler trop de calories en une seule soirée, la "drunkorexie" touche une forte majorité d’étudiants.

L’alcool a depuis toujours été pointé du doigt quant à ses apports caloriques conséquents. Effectivement, notons qu’en moyenne une pinte de bière contient 197 calories, soit l’équivalent d’une part de pizza, tandis qu’un verre de vin contient presque autant de calories qu’une glace, selon Drinkaware. D’après Rhiannon Lambert, une nutritionniste et spécialiste des troubles alimentaires très réputée à Londres, ce comportement est systémique au culte du corps. Et souvent, ce type de comportement conduit à une forme de régime "yo-yo", tel que nous le rapporte The Independent.

Un constat alarmant

Un constat relativement alarmant car adopter un tel comportement est non seulement très mauvais pour la santé, mas c’est aussi bien connu : ne pas manger avant de boire de l’alcool ne fait qu’augmenter l’état d’ébriété. Pour la journaliste et blogueuse Ellie McKinnell, la "drunkorexie" est le fruit de pressions exercées sur les jeunes femmes en ce qui concerne leur consommation d’alcool, en corrélation avec leur image corporelle. Elle vient préciser à The Independent :

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"Que ce soit lors d’un repas, d’un voyage, dans un pub ou en pleine soirée, vous devez boire. Tous les alcools contiennent énormément de calories vides, et pourtant nous sommes également censées êtres minces. Les autres jeunes filles et moi-même savons très bien combien de shots de vodka il nous faut pour être soûles en ingurgitant le moins possible de calories et ainsi, avoir moins de ballonnements – pas de mélanges et pas de vin."

Sans pour autant en abuser, boire de l’alcool peut être un plaisir gustatif, participer à une ambiance festive et désinhiber les plus timides. Mais associer cela à une absence d’alimentation peut être très dangereux.

La "drunkorexie", des troubles alimentaires qui peuvent avoir de graves répercutions sur la santé mentale et physique

En plus de sauter des repas avant de boire de l’alcool, les symptômes de la "drunkorexie" peuvent également inclure des crises de boulimie. Des aliments sont ingurgités puis sont ensuite rejetés car les personnes concernées souhaitent se débarrasser de ces calories supplémentaires. Rhiannon Lambert souligne l’extrême danger d’une telle combinaison, aussi bien pour la santé mentale que physique. Elle vient ajouter :

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"Ces situations devraient impliquer des soins hospitaliers et une équipe de professionnels de la santé pour soutenir les malades. La combinaison de la purge et de l’abus d’alcool est très grave, et peut causer des dommages sur le corps à long terme. J’encourage toutes les personnes ayant ces troubles de restriction et de frénésie alimentaire à rechercher un professionnel de la santé car cela peut causer de sérieux dommages mentaux et physiques."

Le docteur Sarah Jarvis, conseillère médicale chez Drinkaware explique :

"Boire à jeun, c’est toujours mauvais, surtout s’il s’agit d’un comportement répétitif. Se priver de manger pour boire plus peut causer une intoxication aiguë à l’alcool, ce qui peut engendrer confusion, vomissements et évanouissements. Avoir un tel comportement de façon régulière pourrait vous exposer à des maladies chroniques et cardiaques à long terme. Vous risquez également de manquer de vitamines et de minéraux essentiels si vous réduisez votre apport alimentaire, car l’alcool n’a pas de valeur nutritionnelle.

Bien qu’il soit bon de connaître le nombre de calories dans votre boisson préférée, ne laissez pas ça devenir une obsession, ce qui signifie qu’il ne faut pas pour autant sauter des repas pour ensuite boire plus. De toute évidence, il est bien plus sain de réduire l’alcool plutôt que la nourriture."

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Si la "drunkorexie" n’est pas considérée comme étant une maladie à part entière, elle est présente au sein de notre société, et ce, surtout chez les jeunes. Il est donc primordial de veiller de très près à ces nouveaux maux, causés par notre société contemporaine.

Par Manon Baeza, publié le 20/10/2017

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