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Khaleel al-Dakhi, l'avocat qui libère les femmes enlevées par Daech

Publié le

par Anaïs Chatellier

Depuis un an, Khaleel al-Dakhi s'est mis en tête de tout faire pour sauver les femmes yézidies détenues par Daech. Un documentaire raconte son combat. 

En août dernier, une centaine d'hommes sont tués par les djihadistes de Daech en l'espace d'une semaine pendant le siège de Mont Sinjar, au nord-ouest de l'Irak. Si les femmes sont épargnées, un destin tout aussi tragique les attend. De la petite fille à la grand-mère, plus de 3 000 femmes yézidies – communauté kurdophone de religion monothéiste – sont alors séquestrées par les djihadistes qui ont pris pour cible cette minorité non musulmane, carrément accusée d'adoration du diable.

Connus pour leur cruauté, les terroristes de Daech n'hésitent pas à torturer, violer, marier de force ou vendre en esclavage ces femmes. Or, dans un contexte de multiplication d'actes de résistance dans tout le "califat" et face à l'inaction du gouvernement pour sauver ces femmes, un homme a décidé de venir en aide aux captives du "plus grand enlèvement de femmes de ce siècle", selon le Telegraph qui raconte l'histoire de Khaleel al-Dakhi, avocat, qui a permis à 530 d'entre elles de s'échapper de l'emprise de leurs bourreaux.

Relayé en France par Madame Figaro, l'article revient ainsi sur cet homme qui a accepté de témoigner à visage découvert devant les caméras de la PBS et de ses "indics" qui risquent leur vie pour que les citoyens de Sinjar retrouvent leurs sœurs, leurs mères, leurs femmes et leurs filles.

Un plan de sauvetage risqué et compliqué

En septembre dernier, Khaleel al-Dakhi met en place un plan d'évasion. En commençant par recenser le nombre de femmes enlevées et en interrogeant leur famille, il se rend alors compte de l'ampleur du rapt. Avec plus de 3 000 prisonnières, la mission de sauvetage s'annonce difficile, d'autant plus qu'il est impossible de géolocaliser le lieu de leur détention.

La tâche s'annonce plus facile lorsque les premières femmes réussissent à s'échapper du territoire occupé par Daech, sans aide extérieure. "À l'époque, l'EIIL était plus axé sur les armes et ne payait pas autant d'attention aux filles, c'est pourquoi elles ont réussi à s'échapper sans que personne ne les aide", rapporte Khaleel au Telegraph. En mesure de décrire les conditions de vie qu'elles subissent et les repaires des djihadistes, ces femmes libres sont alors une mine d'informations pour espérer sauver les autres.

Portrait de Khaleel Al Dakhi (Crédit image : Channel 4 Dispatches)

Il s'entoure ainsi d'informateurs qui ont infiltré Daech pour recueillir des informations. Khaleel assure avoir une centaine de contacts à l'intérieur du territoire prêts à l'aider. Des hommes qui prennent d'énormes risques en introduisant des téléphones pour communiquer et surtout en amenant clandestinement les femmes loin de leurs ravisseurs, parcourant parfois des kilomètres à pieds pendant deux jours, sans s'arrêter. Trois de ses hommes de confiance ont d'ailleurs déjà péri et l'avocat est bien conscient du danger qui le guette, comme il le confie au Telegraph.

Bien sûr, ma vie est en danger, mais je dois sauver ces filles et ces femmes. Je tente de me protéger car beaucoup de personnes emprisonnées par l'EIIL [Daech, ndlr] m'attendent pour que je les sauve. Quand je sauve une personne de l'emprise de l'EIIL, c'est pour moi une victoire contre les terroristes.  

Encore 2 500 femmes détenues en captivité par Daech

"Ils battent les femmes, font des viols collectifs, les contraignent à se marier. Certaines femmes se sont faites enlever leurs enfants, d'autres sont offertes en cadeau aux hommes. Si elles tentent de résister, elles sont mises en prison, ou au soleil pendant de longues périodes de temps ou tout simplement tuées. Elles sont fouettées si on voit leurs yeux et lapidées si on les accuse d'adultère", explique l'avocat au Telegraph.

Il assure rester en contact avec ces femmes une fois libérées et tenter de leur obtenir un traitement gynécologique et psychologique après leur captivité.

Une femme capturée par Daech près de la frontière où elle sera enfin libre (Crédit Image : Channel 4 Dispatches)

S'il partage ces témoignages, c'est aussi pour que la communauté internationale se rende compte du traumatisme que ces femmes ont subi. A ce sujet, il confie au Telegraph :

Les femmes qui envisagent de quitter leur pays et d'intégrer volontairement Daech devraient parler aux femmes échappées de Sinjar à propos du quotidien qu'elles subissent sous le régime de ces terroristes.

Alors que 2500 femmes de Sinjar souffrent encore le martyr sous le joug de Daech, Khaleel reste confiant. Selon lui, ils sont toujours davantage à espionner les terroristes et à lui procurer des informations cruciales pour organiser la libération des Yézidies. 

Le documentaire Escaping ISIS consacré à l' histoire de Khaleel al-Dakhi était diffusé le 14 juillet sur la chaine PBS. S'il reste disponible gratuitement sur le site internet de la chaîne publique américaine, il n'est pas possible de le visionner en France... pour le moment. On vous tient au courant.

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