Par Jeanne Pouget

Le film canadien RiverBlue, lauréat du Festival international du documentaire indépendant d'Hollywood, met en lumière la pollution à grande échelle engendrée par l'industrie de la mode, qui détruit notre planète à petit feu. 

En ce dernier jour de Fashion Week parisienne, prenons le temps de regarder de l'autre côté du miroir de la mode. Le documentaire RiverBlue, primé au festival d'Hollywood et dont la première mondiale a eu lieu le week-end dernier à Vancouver (Canada), vous propose de regarder vos fringues sous un autre angle.

En suivant Mark Angelo, spécialiste de l'eau à la renommée internationale, à travers l'Inde, la Chine ou l'Indonésie, le spectateur prend conscience de la pollution à grande échelle engendrée par les produits toxiques (notamment les teintures) rejetés dans les cours d'eau par les usines des principales marques de vêtements mondiales. La nature et les populations sont irréversiblement sacrifiées sur l'autel d'une demande de vêtements à bas coûts – en particuliers les jeans – dont la demande de cesse de croître.

Un voyage de l'autre côté de la mode et de la consommation de masse qui permet de réfléchir à deux fois avant de vous acheter un énième jean (inutile) parce que "c'est pas cher".

Derrière un jean pas cher, une catastrophe environnementale annoncée (©RiverBlue)

Derrière un jean pas cher, une catastrophe environnementale annoncée (©RiverBlue)

L'envers du décor des fabriques de jeans du tiers monde (©RiverBlue)

L'envers du décor des fabriques de jeans du tiers monde (© RiverBlue)

Les prochaines guerres ne concerneront pas le pétrole, mais l'eau

"Les guerres du futur ne seront pas menées pour du pétrole, mais pour l'eau" prévient Kumi Naidoo, directeur exécutif international de l'ONG Greenpeace. Une prophétie qui pourrait se concrétiser plus vite que prévu au regard de la pollution majeure et irréversible des cours d'eau engendrée par les fabriques de vêtements des grandes marques internationales dans les pays du Sud.

Selon l'Institut danois de la mode, cette industrie est la deuxième plus polluante du monde après celle du pétrole. En effet, 25 % des produits chimiques produits mondialement sont utilisés dans les textiles, ce qui place cette industrie au deuxième rang des pollueurs d'eau après l'agriculture.

Il s'agit d'un écocide de l'eau en bonne et due forme. Et rien n'arrête ce processus néfaste, car les produits chimiques déversés dans les cours d'eau atterrissent ensuite dans les rivières et les fleuves qui, eux-mêmes, se jettent dans les mers et les océans. Un cercle infernal qui détruit toute forme de vie sur son passage en condamnant l'accès à l'eau potable des populations locales et en contaminant durablement toute la chaîne alimentaire.

Les guerres de l'eau remplaceront les guerres du pétrole (©RiverBlue)

Les guerres de l'eau remplaceront les guerres du pétrole. (©RiverBlue)

Des populations évoluent dans des environnements durablement contaminés par la fast fashion industry (©RiverBlue)

Des populations évoluent dans des environnements durablement contaminés par la "fast-fashion industry". (©RiverBlue)

Les principales marques de l'industrie de la mode utilisent 105 000 milliards de litres d'eau potable par an

"Chaque centimètre de vêtement que vous achetez a un coût", s'attache à expliquer le documentaire. Une course effrénée aux prix bas, alimentée par une demande toujours plus grande des consommateurs pour une poignée de grande marques internationales comme Gap, H&M, Nike, Forever 21, Gucci (entre autres), qui figurent parmi les acteurs principaux de cette catastrophe annoncée, en contribuant chaque jour à contaminer la planète.

En 2012, Greenpeace publiait un rapport intitulé "Les dessous toxiques de la mode"une enquête sur les substances toxiques qu'utilisent les grandes marques de la "fast-fashion industry" et incriminait d'autres marques encore. Des entreprises qui réalisent des marges financières gigantesques, notamment grâce à leurs usines à bas coûts situées dans le tiers-monde, et dont l'absence ou la dérogation aux normes environnementales permet de rejeter impunément des produits toxiques dans la nature.

"Les consommateurs ne se sont pas réveillés un beau matin en se disant 'Tiens j'ai envie d'acheter cinq jeans pour la moitié du prix d'un'. Ce concept a été littéralement implanté dans la tête des gens par la fast-fashion industry", analyse une intervenante du film RiverBlue. S'en rendre compte, c'est déjà parcourir une partie du chemin, avant de réaliser une bonne fois pour toutes qu'acheter en masse des vêtements pas chers revient à contribuer indéniablement à la souffrance et à la mort d'autres gens sur cette planète.

Le film documentaire RiverBlue, réalisé par David McIlvride et Roger Williams a été projeté en avant-première mondiale le dimanche 2 octobre au Vancity Theatre de Vancouver. Pour en savoir plus sur les prochaines projections, rendez-vous sur le site officiel de RiverBlue, et la page Facebook du film

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