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Docu : deux réalisateurs vont financer le revenu universel de 20 Américains pendant deux ans

Publié le

par Théo Mercadier

L’occasion de mener une expérience humaine et d’étudier les effets potentiels du revenu universel chez les "Américains de tous les jours".

Mille dollars (890 euros) par mois : c’est la somme que recevra une vingtaine de personnes triées sur le volet parmi 4 000 candidats potentiels. Pendant deux ans, une team de journalistes disséminés sur l’ensemble du territoire américain observera l’évolution des habitudes et projets de vie des bénéficiaires. Avec leur projet Bootstrap – a Basic Income Movie, les réalisateurs Deia Schlosberg et Conrad Shaw comptent bien décloisonner le débat sur le revenu universel en prévision de l’élection présidentielle de 2020. Pour eux, seule une prise de conscience globale de la société américaine permettra à l’idée du revenu universel de sortir des couloirs feutrés de la Silicon Valley ou de Washington DC, où elle a bonne presse. Quoi de mieux qu’un documentaire ambitieux pour exposer au grand jour les tenants et aboutissants d’une telle mesure ? 

"Pour présenter l’idée aux Américains, il faut parler à leur cœur, explique Conrad Shaw au site Fast Company, une étude académique pondue pour la Silicon Valley ne suffit pas. Avec la dernière élection, nous avons découvert que le cœur du pays est prêt pour quelque chose de nouveau. Il faut leur donner l’occasion de s’exprimer sur le sujet, pour que cela devienne un mouvement transpartisan qui récolte l’adhésion de tout le monde." Et c’est fort possible : dans l’histoire, l’idée du revenu universel a été soutenue par des sommités de gauche comme de droite, de Martin Luther King à l’économiste Milton Friedman, considéré comme un précurseur de la pensée néolibérale.

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Pour faire connaître et comprendre ce concept, cher à Benoît Hamon, les réalisateurs vont donc suivre les évolutions provoquées par l’introduction du revenu universel dans la vie d’Américains de toutes origines sociales. Libérés de la peur de finir à la rue, de ne pas pouvoir se nourrir ou payer leurs factures, il y a de fortes chances que ceux-ci consacrent leur temps à des activités personnellement enrichissantes : se mettre au sport, peindre, lancer une asso solidaire, passer du temps avec ses enfants. Les réalisateurs préviennent d’emblée : si les cobayes dérivent complètement et périclitent en dépensant les 1 000 dollars en bières et donuts, ils le montreront. "Ce n’est pas une étude sociologique pure et dure, confie Conrad Shaw, l’objectif est de communiquer l’idée."

Reste le problème du financement de l’expérience : 1 000 dollars x 20 personnes x 24 mois = 480 000 dollars (427 000 euros). Pas donné. Les deux réalisateurs comptent donc sur la générosité des internautes et ont lancé une campagne de financement online, actuellement créditée de 50 000 dollars (45 500 euros), ce qui leur suffit pour commencer l’expérience avec deux personnes. Car ils refusent catégoriquement d’aller poser leur caméra dans les rares endroits où le revenu universel est expérimenté, et où les cobayes sont quotidiennement saoulés par des foules de journalistes. L’authenticité et l’humain, voilà les maîtres mots qui guideront Deia Schlosberg et Conrad Shaw au cours de ces deux années de tournage. Rendez-vous en 2020 pour voir le résultat !

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