De Marseille à Venice Beach, le docu Back to the Bowl retrace l’histoire du mythique bowl du Prado

Narré par des légendes vivantes telles que Tony Alva, John Cardiel ou Tony Hawk, Back to the Bowl relate la façon dont le skatepark de la cité radieuse est devenu l’un des spots les plus incontournables de la culture skate.

Du 2 au 4 septembre 2016, l’élite internationale de la scène skateboard prenait d’assaut la plage du Prado, sur le littoral sud de Marseille. Venus des quatre coins du monde, ces passionnés de béton lisse étaient réunis pour la première édition du Red Bull Bowl Rippers, qui célébrait alors l’un des plus importants anniversaires de la culture skate : les 25 ans du bowl du Prado.

Conçu en 1991 par l’architecte Jean-Pierre Collinet, ce skatepark aux courbes infinies où se côtoient chaque jour jeunes anonymes et immenses stars, a vu défiler quelques-uns des moments les plus marquants de l’histoire du skateboard (à l’instar de ce superbe backside 360 exécuté avec une planche cassée par John Cardiel en 2000).

Désireux de lui rendre hommage, Red Bull TV dévoile ce lundi 15 mai Back to the Bowl : un documentaire de 36 minutes, réalisé par Julian Nodolwsky et écrit par Raphaël Malkin, qui nous propose d’opérer un véritable voyage à travers le temps et l’espace. L’idée ? Comprendre les origines du bowl du Prado et les raisons pour lesquelles ce dernier est aujourd’hui un spot aussi inspirant que mythique.

Avant le bowl du Prado, le bowl de Valmente

Le documentaire nous propulse tout d’abord dans les années 1980. À cette époque, les Street Bombs, un crew de surfeurs marseillais, font une découverte majeure : le bassin du roi d’Espagne, un réservoir de béton qui se dresse au beau milieu d’un parc verdoyant. Il a des angles droits et une drôle de forme, mais il devient instantanément un lieu de rendez-vous pour les jeunes skateurs de Marseille. "C’est un bassin pour les canards qui date du début du XXe siècle, avec des formes extrêmement particulières : la forme d’un dauphin", précise dans le documentaire Jean-Pierre Collinet.

Vue sur le Bowl du Prado. (© Back to the Bowl)

Vue de haut du bowl du Prado. (© Back to the Bowl)

Mais bientôt, ce petit bassin ne suffit plus. Les Marseillais veulent un bowl, un vrai, à l’image de ces piscines californiennes qu’ils dévorent des yeux dans leurs magazines préférés. C’est ainsi que Jean-Pierre Collinet, qui est alors étudiant en architecture, donne naissance au bowl de Valmante. Détruit en 2016, ce skatepark bâti au pied d’une barre d’immeuble fut le tout premier bowl de la jeunesse marseillaise. "Dans la conception du bowl de Valmente, j’ai mis tout ce qui m’imprégnait : les piscines californiennes des années 1930, tous les skateparks que j’ai vus dans les magazines… Tout a été compilé dans ma tête, j’ai fait un mix, et le bowl de Valmente était la concrétisation de ce que je voulais exprimer, relate Jean-Pierre Collinet. Notre rêve californien était là."

Les piscines californiennes : l’inspiration première

Pour mieux comprendre l’origine du bowl du Prado, qui ne sera construit qu’en 1991, Back to the Bowl nous entraîne ensuite à quelque 9 700 kilomètres de Marseille, où tout a commencé il y a un peu plus de quarante ans : Venice Beach. "Car si le surf est né à Hawaii, le skate est né en Californie", rappelle la voix off du film. C’est en effet ici que, dans les années 1970, les Z-Boys, dont l’histoire a notamment été contée dans Les Seigneurs de Dogtown (2004), ont donné naissance au skateboard, et par extension, aux skateparks.

"En 1976, la Californie ne se mouille pas, poursuit la voix grave de Back to the Bowl. C’est la sécheresse, terrible. La terre se craquelle et les piscines se vident. Et des jeunes gens, aux cheveux longs et aux chaussettes jusqu’aux genoux, en profitent. Regroupés en bandes, ils investissent ces piscines aux fonds poussiéreux avec leurs skates étroits. En premier, il y a ceux que l’on appelle les Z-Boys : Tony Alva, Jay Adams, Stacy Peralta. Suivis quelques années plus tard de la Bones Brigade : Lance Mountain, Steve Caballero et Tony Hawk. Ils sont les parrains du skateboard d’aujourd’hui."

À 52 ans, Lance Mountain continue de chercher les courbes des piscines californiennes. (© Back to the Bowl)

À 52 ans, Lance Mountain continue d’explorer les piscines californiennes. (© Back to the Bowl)

Des piscines de Los Angeles au bowl de Marseille

"Mais les piscines n’étaient pas accessibles à tous, explique Lance Mountain, membre fondateur des Bones Brigade. Pour combler ce manque, les skateparks ont commencé à ouvrir dans les années 1970, et les pros ont unanimement conseillé d’y placer des piscines. Ces répliques de piscines sont devenues de plus en plus répandues. Et ça a changé la manière dont les gens ont skaté."

C’est ainsi que, peu à peu, le skate finit par s’échapper des piscines et des jardins foisonnants de Beverly Hills pour s’exporter au cœur des villes du monde entier, dont Marseille. "Quand je pense au bowl de Marseille, à sa forme, à son architecture, à ses transitions, que ce soit le spine, le hip, les bowls… il surpasse ce qu’on a en Californie", affirme Christian Hosoi, légende vivante du skate californien. Et le grand Tony Alva de conclure : "Ces jeunes qui sont nés et ont grandi à Marseille, ils skatent comme les jeunes de Dogtown ! Et pourtant, ils n’ont jamais pensé à être comme eux. Instinctivement, ils sont devenus une partie de ce mouvement."

Le jeune Ivan Federico, l'un des meilleurs skateurs de sa génération. (© Back to the Bowl)

Le jeune Ivan Federico, l’un des meilleurs skateurs de sa génération, s’apprête à dompter le bowl du Prado. (© Back to the Bowl)

Le documentaire Back to the Bowl de Julian Nodolwsky est disponible sur Red Bull TV

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Par Naomi Clément, publié le 15/05/2017